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Le mariage entre politique et économique ouvre de nouvelles ambitions à l’Arménie, par Albert GRIGORYAN

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©armenews.com

En décidant d’intégrer le Commerce international au sein du ministère des Affaires étrangères, le gouvernement arménien ne procède pas à une simple réorganisation administrative. Il envoie un signal fort : pour la première fois dans l’histoire de l’Arménie, la sphère économique devient aussi importante que la sphère politique.

Pendant longtemps, le développement politique arménien a été dominé par les impératifs de sécurité et de liberté. Les conséquences du conflit du Haut-Karabakh, les tensions régionales et les défis géopolitiques ont naturellement placé la défense des intérêts nationaux du pays au premier rang des priorités. Cette réalité demeure. Mais comme le monde a changé, les vecteurs de puissances et les intérêts aussi.

Au XXIe siècle, la puissance et l’influence ne se mesurent plus uniquement à la taille d’un territoire, à sa démographie, à ses richesses naturelles ou à ses capacités militaires. Elles reposent également sur l’innovation, les nouvelles technologies, les réseaux trans et internationaux, la gestion des flux, les investissements, les infrastructures stratégiques et la capacité à connecter les économies en interdépendance globale. La compétition mondiale se joue désormais autant dans les centres de données, les corridors logistiques et les pôles technologiques que dans les enceintes diplomatiques et militaires.

Dans ce contexte, l’intégration du Commerce international au sein du ministère des Affaires étrangères ouvre une opportunité historique pour l’Arménie : faire de sa diplomatie un levier de croissance, d’investissement et d’influence. Autrement dit, mettre le secteur économique au même niveau que le secteur politique.

Faire de la diplomatie un moteur de prospérité

L’Arménie dispose d’atouts considérables : une population qualifiée, un secteur technologique en pleine expansion, une diaspora influente et une position géographique au croisement de plusieurs zones économiques majeures. L’enjeu n’est plus de démontrer ce potentiel, mais de le transformer en prospérité durable. C’est précisément là que la diplomatie économique prend tout son sens.

Chaque ambassade devrait devenir un poste avancé du développement national. Attirer les investisseurs, accompagner les entreprises arméniennes à l’international, promouvoir les exportations et mobiliser les réseaux de la diaspora devraient désormais faire partie intégrante des missions du réseau diplomatique.

L’objectif est simple : faire en sorte que chaque représentation arménienne à l’étranger contribue directement à la création de richesse, d’emplois et d’opportunités pour le pays.

Se diversifier pour renforcer la souveraineté

Cette nouvelle ambition économique ne remet pas en cause les partenariats existants. La Russie et l’Union économique eurasiatique demeurent des partenaires importants pour l’Arménie. C’est liens historiques, économiques et sociaux constituent un atout qu’il convient de préserver.

Parallèlement, le pays a intérêt à approfondir ses relations avec l’Union européenne, les États-Unis, la Chine, l’Inde, l’Iran, les pays du Golfe et l’Asie centrale. L’objectif n’est pas de choisir entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, mais de multiplier les partenariats, les marchés et les sources d’investissement afin de renforcer sa liberté d’action. Dans un monde multipolaire et ouvert, la diversification économique est devenue un facteur de souveraineté et d’influence. Bref, l’Arménie doit rompre avec son statut de cul-de-sac russe pour retrouver celui de carrefour global.

Faire de la connectivité un instrument d’influence et de paix

Longtemps perçu comme une contrainte, le positionnement géographique du pays pourrait demain s’affirmer comme une plateforme régionale d’échanges pour les marchandises, l’énergie, les capitaux, les technologies et les données. Ces nouvelles perspectives ne créent pas seulement de la croissance ; elles renforcent également la confiance nationale, les interdépendances et favorisent la stabilité. Dans notre monde contemporain, les États capables de relier les marchés et de faciliter les échanges exercent souvent davantage d’influence que ceux qui s’appuient exclusivement sur leur taille ou leur démographie.

Une nouvelle doctrine pour l’Arménie du XXIe siècle

Ainsi l’intégration du Commerce international au sein du ministère des Affaires étrangères pourrait ainsi marquer l’émergence d’une nouvelle doctrine fondée sur trois piliers : la sécurité, la prospérité et la connectivité. Placer l’économique à égalité avec le politique, c’est opter pour une diplomatie transactionnelle et sortir du vieil adage : l’ennemi de mon ennemi est mon ami et l’ami de mon ennemi est mon ennemi. Ce choix reflète l’évolution des rapports de puissance : le territoire n’est plus source de puissance, car la notion d’espace l’emporte sur le primat de la terre.

L’enjeu dépasse donc le seul commerce. Plus qu’une réforme administrative, cette évolution traduit une nouvelle vision pour l’avenir du pays. Il s’agit de faire de la diplomatie un instrument de souveraineté et de prospérité économique au service du peuple confiant dans l’avenir au nom d’une Arménie durable, en paix avec les autres et surtout avec elle-même…

Albert GRIGORYAN

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