Armen Lubin, ou Chahan Chahnour, de son vrai nom Chahnour Kerestedjian, né en 1903 à Üsküdar (district de Constantinople) et disparu en 1974 à Saint-Raphaël, est l’un des plus grands écrivains arméniens de la diaspora.
Son livre en arménien « Nahantche Arantz Yerki » (Retraite sans chanson), paru à Paris en 1929 et réimprimé à plusieurs reprises -dont récemment en arménien à Erevan- est un chef-d’œuvre décrivant de façon cruelle mais réaliste, l’assimilation des Arméniens en France et plus généralement en diaspora.
L’assimilation. Un terme qui glace l’esprit car il ressemble à une disparition lente et progressive d’un peuple, d’une nation. Emportant avec elle l’histoire, la culture et le patrimoine des peuples dont les enfants sont soumis à ce phénomène assimilateur.
Afin de contourner ce fléau qui nous frappe également nous, Arméniens, à la riche et ancienne cuture, nous préférons fermer nos yeux et évoquer le phénomène d’intégration. « Une intégration réussie pour les Arméniens », phrase qui conforte et qui est reprise tant par les élus pour vanter les qualités des Arméniens, que des responsables associatifs de la communauté arménienne qui refusent -en dépit de la réalité- à voir une assimilation chez les Arméniens.
Il y a quelques jours seulement, à Valence, j’ai rencontré des jeunes dont les noms de famille étaient arméniens. Mais à la question de savoir s’ils sont Arméniens, la majeure partie me répondit « mon grand père était Arménien, réfugié en France après le génocide. » A la question « Et vous, vous n’êtes pas Arméniens ? » ils répondirent « non, nous sommes Français, on ne parle pas l’arménien, on ne connait rien de la culture arménienne et on ne s’est jamais rendu en Arménie »…Résultat d’une assimilation…
Combien sont-ils ces Arméniens assimilés au sein de la communauté arménienne de France évaluée à 700 000 membres ? Probablement une part importante de cet ensemble qui est loin d’être homogène et uni.
« Si des 700 000 Arméniens de France, ils n’étaient qu’un peu plus de 20 000 sur toute la France à manifester lors des jours cruels et sombres de l’Artsakh, s’ils ne sont pas plus de 15 000 chaque année au total à défiler pour le 24 avril, combien alors dans ces 700 000 membres, se sentent Arméniens ou vivent leur arménité ? » me questionnait justement un membre de mon association culturelle « Arménia ». Je n’ai malheureusement pas donné ma réponse, tant la question me dérangeait par son constat réel.
Aujourd’hui ce sont surtout les leaders de la communauté arménienne, soit quelques centaines de membres ou tout au plus un peu plus d’un millier, lui donnent un dynamisme…et donnent l’apparence de représenter ce bloc monolithique de 700 000 membres qui est pourtant un corps inerte.
Dans ce tableau apocalyptique, tout n’est pas perdu. Il reste encore l’espoir de redynamiser cette communauté qui se ressource régulièrement en Arménie.
L’arrivée en France depuis les années 1990 de plusieurs dizaines de milliers de citoyens d’Arménie pourrait également être propice au dynamisme de la communauté arménienne de France.
Mais un travail important reste à faire afin d’arrêter le phénomène du constat de Chahan Chahnour, il y a un siècle…Mais le temps est le meilleur ami de l’assimilation.
Krikor Amirzayan
