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L’histoire arménienne est trop jalonnée de massacres pour que l’on puisse se permettre de négliger la moindre chance de paix. Ce n’est toutefois pas jouer les va-t’en guerre que de questionner les arrière-pensées d’un pouvoir arménien en quête de succès politiques. Ni d’en appeler à la plus grande prudence quant aux engagements de la partie turco-azerbaïdjanaise, qui n’a jamais respecté sa signature. Le cas le plus flagrant étant l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020, par lequel elle s’obligeait, entre autres, à « garantir la sécurité de la circulation des citoyens, des véhicules et des marchandises dans les deux sens le long du couloir de Latchine, ainsi que l’échange de prisonniers de guerre, d’otages et d’autres détenus ». Pas besoin de grandes démonstrations pour savoir ce qu’il est advenu de cet accord au Haut-Karabakh. Quant aux prisonniers de guerre, non seulement l’Azerbaïdjan ne les a pas tous libérés – contrairement à l’Arménie qui a tenu parole –, mais il détient de nouveaux otages, aujourd’hui exhibés dans une parodie de justice.
La prudence envers le document annoncé s’impose d’autant plus, qu’en l’état actuel des informations disponibles, cette paix ne reposera pas sur le droit, mais sur la loi du plus fort, dans une configuration militaire asymétrique. Bakou ayant obtenu le renoncement mutuel à tous les recours juridiques passés et futurs, y compris ceux relatifs au nettoyage ethnique de la population arménienne d’Artsakh. Pire encore, loin de prévoir des garanties objectives sur son application, comme des Casques bleus et autres forces d’interposition, l’accord stipulerait le retrait des observateurs de l’Union européenne. Un aréopage d’autant plus dangereux, sans doute, que ses membres sont armés de jumelles…
Question : si les intentions proclamées du régime Aliev revêtaient la moindre once de sincérité, pourquoi une telle insistance de sa part pour la suppression de ce groupe de témoins ?
Personne n’est dupe, pas plus que des pressions azerbaïdjanaises relatives à la Constitution de l’Arménie, qui serait également réécrite, Nikol Pachinian ayant aussi cédé sur ce point fondamental de la souveraineté de « l’Arménie réelle » qui n’a effectivement plus rien d’une « Arménie rêvée »… A fortiori quand elle prétend faire la paix, sans y associer la libération des otages…
Last but not least, ces reculs tous azimuts s’accompagnent d’un discours aux accents révisionnistes sur le génocide arménien, dans le contexte d’une volonté revendiquée de rapprochement du régime de Pachinian avec la Turquie d’Erdogan. Un choix qui fait fi des leçons de l’Histoire, tourne le dos à cent ans de combat pour la justice et la vérité et nous fragilise. Car s’il est possible que pour atteindre le « Royaume de Dieu », il faille « laisser les morts enterrer les morts », comme l’a préconisé Jésus, il n’est pas avéré que sur la planète Terre cette prescription puisse protéger de la prédation, qui se nourrit du déni, de l’oubli et de l’impunité.
On le voit, ces pseudo-accords visent non seulement à ratifier l’occupation et le dépeuplement de l’Artsakh, mais également à humilier l’État Arménien, à désarmer moralement son peuple appelé à se plier à une servitude volontaire, sous les auspices du « réalisme ».
On appréciera dès lors à leurs justes valeurs les applaudissements d’un certain nombre d’Etats à ce projet de traité, en forme de pantalonnade, pour ne pas dire de capitulation. Sachant que ce qu’ils acclament renvoie moins à une paix des braves qu’à la reddition d’un peuple en détresse, qu’ils n’ont pas pu, su ou voulu prévenir.
Cette triste situation divise, bien sûr, la diaspora. Les polémiques éclatent ici ou là, y compris dans nos colonnes, avec leur lot de controverses et de paradoxes. Notamment lorsque certains adeptes de cette nouvelle « pactisation » avec Bakou revendiquent (en toute modestie) une filiation avec telle ou telle figure de la Résistance. Ou encore qu’ils contestent les critiques à l’égard de ces indignités, au motif que leurs auteurs seraient confortablement installés en diaspora. Comme si la plupart des partisans du pouvoir en place ne l’étaient pas tout autant. Ou comme si l’alignement sur l’axe Ankara-Bakou garantissait mieux la sécurité de l’Arménie que la mise en œuvre de stratégies politiques fondées entre autres sur le recours au droit international et l’arrêt de l’exacerbation des contradictions avec la Russie, seule puissance régionale non turque avec l’Iran dans le Sud-Caucase. Une orientation stratégique périlleuse que, aux dernières nouvelles, le Premier ministre arménien serait toutefois en train de reconsidérer – enfin ! -, dans le sillage de l’exemple américain, après sept ans de provocations contre-productives.
Caricature pour caricature : La remise en cause des choix du gouvernement actuel doit-elle être forcément amalgamée, de façon quelque peu binaire, à un soutien à l’ancien régime, comme on peut le lire parfois ? Personne ne se grandirait à abaisser le débat à un tel niveau. En ces temps incertains, la diaspora doit concilier la richesse de son pluralisme avec la nécessité de son unité.
Ara Toranian