Le constat est général. La presse va mal. Et la presse écrite plus encore. En cause : la concurrence du gratuit, l’augmentation des coûts de fabrication, l’érosion des recettes publicitaires, ou encore l’explosion des frais de justice. Après les multiples procédures intentées par les milieux négationnistes, NAM devra ainsi affronter, en septembre prochain, un nouveau procès coûteux, pour avoir dénoncé les malversations entourant les indemnités versées aux descendants des victimes du génocide dans le cadre du dossier AXA.
Rares sont les titres en mesure de relever seuls de tels défis. Et de garder leur indépendance. Or, en ces temps de bouleversements et de fragilisation tous azimut, le monde arménien n’a sans doute jamais eu autant besoin d’une presse professionnelle, libre et crédible, à l’instar des grands news magazine internationaux. Une gageure rendue difficile par l’étroitesse du public visé : le micromarché des Français d’origine arménienne et des amis de l’Arménie.
Et pourtant, depuis plus de trente ans, NAM paraît mois après mois, sans jamais transiger ni sur la qualité de son contenu -exigence suprême- ni sur sa liberté d’expression – valeur cardinale. Et sans avoir à rougir de la comparaison avec ses confrères de la presse hexagonale.
Pourvu de moyens sans commune mesure avec les leurs, le magazine s’est néanmoins taillé une place plus qu’honorable dans le paysage médiatique français, au point de s’attirer le respect et la reconnaissance de la profession. NAM est ainsi depuis plus de 20 ans le titre de référence pour les actualités arméniennes du moteur de recherche de Google, bien avant les grandes agences de presse d’Erevan. Et il s’est naturellement imposé comme l’interlocuteur journalistique privilégié des pouvoirs publics et de la classe politique française, toutes tendances confondues. L’ensemble des échéances électorales en attestent – dont les dernières municipales-, année après année. Dans le même esprit d’ouverture et de pluralisme, sa rédaction réunit un large éventail de sensibilités, qui s’expriment notamment dans les « tribunes » du magazine et du site, lesquelles n’ont pas de « libres » que le nom.
Relais de l’actualité culturelle, ce média s’est également forgé un rôle de prescripteur, avec ses « Trophées » décernés par l’un des plus prestigieux jurys littéraires sur le sol national. Au chapitre de ses réussites, NAM revendique aussi une place de leader au sein de la communauté, avec ses milliers d’abonnées à son édition papier et une moyenne de plus de 300 000 visiteurs uniques (mais non payants) par mois sur son site internet armenews.com. Une position qui vaut à son directeur de publication de jouer le rôle que l’on connaît au sein des instances représentatives arméniennes.
Trente-trois ans après son lancement, le bilan des Nouvelles d’Arménie Magazine apparaît donc globalement positif. Et pourtant, cette aventure de presse souffre depuis ses débuts d’un cruel manque de financement, malgré le partenariat noué avec l’UGAB au début des années 2000, qu’il convient de remercier chaleureusement pour son soutien constant. Cette implication -qui n’a jamais eu la moindre incidence sur la ligne éditoriale du journal – pas plus que les contributions ponctuelles de quelques mécènes, n’a cependant pas permis de résorber le déficit structurel de NAM, essentiellement lié au caractère clairsemé de son public. S’il s’adressait à 60 millions de Français, comme Match, Le Figaro ou Le Monde, ce mensuel et son site feraient sans doute jeu égal avec eux en termes d’audiences et de recettes. Mais, visant une population cent fois moins nombreuse, ses résultats financiers en pâtissent, inévitablement.
Cette situation n’a toutefois rien d’insoluble. La preuve : NAM continue de paraître. Mais sa pérennité suppose cependant un engagement accru de son lectorat, appelé à passer du statut de consommateur moyen d’un journal lambda, à celui de défenseur de son existence. Cela vaut pour NAM, comme pour l’ensemble de ses confrères dans la communauté. C’est à ce prix, celui d’un rapport militant à la presse arménienne, que celle-ci pourra tout simplement survivre.
Comme cela est arrivé à quatre ou cinq reprises au cours de ces 33 dernières années, Nouvelles d’Arménie se voit donc une nouvelle fois contraint, en cette période dangereuse, de faire appel au soutien et la générosité de ses lecteurs et sympathisants.
Objectif : poursuivre sa mission, se développer et continuer à jouer un rôle moteur pour la défense de ses valeurs universelles de base : le devoir d’informer, les combats pour la démocratie, la liberté et la dignité humaine. Et plus spécifiquement encore : la déclinaison de ces principes au niveau arménien, avec la protection de l’Etat, du peuple et de la cause éponyme.
Ara Toranian
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