Quoi de plus normal ? Quoi de plus normal que pour fêter les forces armées de la République d’Arménie, des militaires de pays alliés aient été invités, le 4 février, dans les salons de l’Hôtel Le Maroi, à deux pas des Champs-Elysées. L’Equateur, l’Allemagne, l’Argentine, la Tunisie, l’Inde, l’Irak, le Canada, les Etats-Unis entre autres, avaient de fait envoyé leur représentant en uniforme. On aurait aimé pouvoir en dire autant du côté des responsables politiques français qui n’ont pas daigné honorer de leur présence cette soirée. Auraient-ils estimé avoir rempli leur « quota arménien » après le dîner du CCAF, une semaine plus tôt, où élus, ministres et même le Premier d’entre eux, ont brillé par leur présence ? Allez savoir ! Force est de reconnaître que les habituels » people » n’ont pas passé, non plus, ne serait-ce qu’une tête dans ce rassemblement très arménien dans lequel des représentants associatifs dont la direction du CCAF, les églises, et quelques personnalités étaient présents.


Vers 19h30, la soirée a démarré avec la chorale de l’école Tebrotzasser dirigée par Haïg Sarkissian en interprétant l’hymne national arménien, suivi de celui de la France.

Puis, Arman Khachatryan, ambassadeur d’Arménie en France, a pris la parole

« C’est un honneur tout particulier pour moi de vous accueillir ce soir à l’occasion du trente-quatrième anniversaire de la Journée de l’Armée de la République d’Arménie, célébrée le 28 janvier.
Permettez-moi, avant toute chose, d’adresser mes félicitations les plus sincères à nos soldats, à nos officiers, à l’ensemble du personnel des forces armées arméniennes, ainsi qu’à leurs familles. Leur engagement, souvent silencieux et toujours exigeant, est au cœur de la sécurité et de la souveraineté de notre État.
Je souhaite également rendre hommage à la mémoire de celles et de ceux qui ont fait le sacrifice suprême pour cette noble cause. À cet égard, je rappelle que le 27 janvier est consacré, en Arménie, à la Journée du souvenir des personnes tombées pour la défense de la Patrie.
Depuis sa création en 1992, l’Armée arménienne n’a jamais été une institution abstraite. Elle est née dans des circonstances tragiques, dans un environnement de menaces existentielles, et s’est progressivement affirmée comme l’un des piliers fondamentaux de l’État arménien, de sa résilience et de sa continuité historique.
En paraphrasant une célèbre formule de Raymond Aron, on peut dire que le diplomate et le soldat incarnent les deux symboles de l’action extérieure de l’État. Ils servent l’État, mais dans deux registres différents : l’un vise à éviter la guerre, l’autre doit être prêt à y faire face. Cette réflexion demeure d’une actualité frappante. Elle nous rappelle que la diplomatie ne peut être crédible que si elle repose sur une capacité de défense réelle, et que la force militaire n’a de sens que lorsqu’elle s’inscrit dans une vision politique et juridique claire.
Or, nous traversons aujourd’hui une période de profond désordre international. Les normes sont contestées, les équilibres fragilisés, et l’usage de la force tend trop souvent à se substituer au droit. Dans le contexte de brutalisation du monde, le droit international n’est pas un luxe moral, mais une nécessité stratégique. Pour l’Arménie, le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’inviolabilité des frontières est non négociable, car il constitue le fondement de la stabilité internationale.
C’est dans cette perspective que l’Arménie a engagé une réforme profonde et structurelle de ses forces armées. Celle-ci a pour objectif de bâtir une armée moderne, professionnelle et responsable, dotée de capacités de dissuasion crédibles, tout en étant pleinement intégrée dans un cadre démocratique, avec un contrôle civil effectif et une culture stratégique renouvelée.
Mesdames et Messieurs,
Dans cette démarche, le rôle de nos partenaires est essentiel. Je voudrais, à cet égard, évoquer les relations étroites entre l’Arménie et la France, ancrées dans une longue histoire de solidarité et d’amitié, et qui ont aujourd’hui franchi un seuil décisif pour acquérir une dimension pleinement stratégique.
Ces dernières années, le peuple arménien a traversé de graves défis sécuritaires et humanitaires. Dans cette période extrêmement difficile, l’Arménie et le peuple arménien ont ressenti de manière constante l’amitié, la solidarité exceptionnelle et le soutien résolu de la France.
Je souhaite souligner la qualité et la profondeur de la coopération de défense entre l’Arménie et la France. Elle repose sur une confiance , sur des valeurs partagées, ainsi que sur une compréhension lucide des enjeux de sécurité contemporains. Cette coopération contribue non seulement au renforcement des capacités défensives de l’Arménie, mais également à l’ancrage de notre pays dans une architecture de sécurité fondée sur le droit et la responsabilité. Je tiens, à cet égard, à exprimer notre profonde gratitude au Président de la République française, Monsieur Emmanuel Macron, pour le soutien constant de la France à l’Arménie, ainsi qu’au ministère des Armées pour son engagement déterminant en faveur du renforcement de notre coopération de défense.
Dans le même esprit, l’Arménie apprécie hautement le soutien de la France aux efforts qu’elle déploie en faveur de l’instauration d’une paix durable dans le Caucase du Sud. Notre objectif est clair : parvenir à une paix fondée sur le droit, la légitimité et la reconnaissance mutuelle de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.
Le 8 août 2025, à Washington, sous les auspices du Président des États-Unis, le Premier ministre de la République d’Arménie et le Président de la République d’Azerbaïdjan ont adopté une Déclaration conjointe marquant la fin de trois décennies de conflit et ouvrant la voie nouvelle vers une coexistence pacifique. En leur présence, les ministres des Affaires étrangères de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan ont paraphé l’Accord sur l’établissement de la paix et des relations interétatiques.
Les dirigeants ont également approuvé le lancement de la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » (TRIPP), une initiative régionale ambitieuse de connectivité, inspirée du projet arménien du « Carrefour de la paix ». Dans le prolongement de ces développements, le 14 janvier dernier, l’Arménie et les États-Unis ont annoncé le cadre de mise en œuvre de la TRIPP.
Certes, des questions humanitaires urgentes demeurent, notamment la libération des prisonniers arméniens toujours détenus à Bakou. La récente libération de quatre d’entre eux constitue une évolution positive qui devrait se poursuivre.
Pourtant, l’Arménie demeure pleinement déterminée à faire de cette paix une réalité durable, fondée sur le dialogue, le respect mutuel et l’institutionnalisation progressive de la paix.
Mesdames et Messieurs,
Pour conclure, je souhaite saluer chaleureusement les représentants de la communauté arménienne de France et les remercier pour leur engagement en faveur de la souveraineté et de la sécurité de l’Arménie, ainsi que pour leur rôle essentiel dans la transmission de la mémoire et la préservation de notre héritage culturel.
En cette Journée de l’Armée, nous ne glorifions pas la guerre ; nous réaffirmons une conviction simple : la paix durable exige préparation, lucidité et solidarité. L’Arménie restera pleinement engagée dans le renforcement de sa défense et de sa sécurité, dans la modernisation de son armée, ainsi que dans le dialogue et la coopération au service d’une paix durable.
Je vous remercie pour votre présence, pour votre soutien et pour votre amitié envers l’Arménie et le peuple arménien.
Vive l’Armée arménienne.
Vive l’amitié franco-arménienne. »
C’est ensuite, le colonel Artur Aznavuryan, Attaché de Défense à l’Ambassade de la République d’Arménie en France, qui en anglais,

« Nous sommes ici aujourd’hui pour célébrer le 34e anniversaire de la création des Forces armées arméniennes et je tiens à vous remercier d’avoir accepté notre invitation et de vous joindre à nous pour cette occasion.
La liberté et la paix ne sont pas des cadeaux. Pour les obtenir, chaque nation doit traverser de nombreuses épreuves, subir des pertes humaines, faire face à des tensions politiques, économiques et sociales, etc.
Dès sa création, l’armée arménienne a été contrainte de défendre la liberté du peuple arménien et la souveraineté de la nouvelle République indépendante d’Arménie. De nombreux martyrs ont sacrifié leur vie. À la veille de la journée de l’armée, nous commémorons et rendons hommage à ceux qui sont tombés courageusement en défendant la terre et le peuple arméniens au cours des guerres de tous les temps.
Chers invités,
Les forces armées de la République d’Arménie ont connu un parcours difficile pour se former et s’établir, surmontant des hauts et des bas, des succès et des échecs, et elles sont aujourd’hui à un nouveau tournant.
Depuis 2022, face à divers défis, la République d’Arménie a adopté une feuille de route pour la transformation en profondeur des forces armées et des réformes systémiques. Elle repose sur une stratégie globale visant à professionnaliser l’armée, à améliorer et à restaurer ses capacités, à accroître l’efficacité de la gestion, à développer le potentiel humain et à renforcer la protection sociale des militaires.
Grâce au travail déjà accompli, un certain nombre de changements législatifs et institutionnels ont été mis en œuvre, visant à rendre le service militaire plus attrayant et plus rentable, à renforcer le lien entre la réserve, l’arrière et l’armée, à reconstituer le personnel professionnel de l’armée, à améliorer la qualité de l’éducation militaire, à équiper les forces armées d’armes modernes et à mettre en œuvre d’autres programmes dans divers domaines des forces armées.
L’une des principales réalisations est la modification législative visant à fixer la durée du service militaire obligatoire à 18 mois au lieu de 24, un objectif inscrit dans le concept de réforme des forces armées.
Parallèlement, le programme « Défenseur de la patrie » a été introduit et est mis en œuvre de manière efficace. Il permet aux conscrits de passer d’un service contractuel de 3 à 5 ans à leur demande, avec la possibilité de le prolonger par la suite. Ce programme est devenu une réalisation importante dans le renforcement des effectifs professionnels de l’armée et l’augmentation de la capacité de défense des forces armées.
Une autre réforme importante est le programme de service militaire obligatoire sur une base volontaire pour les femmes âgées de 18 à 27 ans, qui ont également la possibilité de poursuivre leur service dans le cadre du programme « Défenseur de la patrie ».
Un autre domaine clé des réformes est l’éducation militaire, car elle revêt une importance stratégique pour l’armée et constitue la pierre angulaire de l’avenir des forces armées, afin de disposer d’un corps d’officiers compétents, éduqués et dotés d’une grande moralité.
En mettant l’accent sur la diversification des marchés d’approvisionnement en armement et en réapprovisionnant les forces armées en armes et équipements militaires modernes, une impulsion constante a également été donnée au développement de l’industrie locale de la défense. Aujourd’hui, les forces armées sont déjà équipées d’armes produites localement, qui sont exclusivement le fruit de la réflexion et du potentiel technologique arméniens.
Des mesures productives sont également prises dans le domaine de la coopération militaro-politique. Les relations internationales se sont développées, la coopération avec les États partenaires s’est approfondie, contribuant à la stabilisation de l’environnement sécuritaire autour de l’Arménie.
Avec d’autres États amis, j’ai l’honneur de souligner tout particulièrement la coopération qui se développe de manière constante et efficace avec la France dans presque tous les domaines de la transformation des forces armées arméniennes. La coopération dans le domaine militaire et de l’industrie de la défense est devenue l’un des éléments importants du partenariat stratégique global entre l’Arménie et la France.
Chers collègues.
L’objectif de la transformation des forces armées arméniennes est de disposer d’une armée moderne, professionnelle et disciplinée, dotée d’une capacité de défense efficace, une armée où le service militaire est un choix conscient, où le militaire est protégé dans les sphères juridique, sociale et morale, où le service et l’uniforme militaire sont valorisés par la société.
L’ambition est de disposer de forces armées qui non seulement remplissent efficacement leur mission de défense, mais qui s’adaptent également aux exigences de leur temps, sont ouvertes aux innovations et s’améliorent constamment pour le bien de la souveraineté et de la sécurité de l’Arménie.
Gloire aux martyrs !
Vive la République d’Arménie !
Vive la République française ! ’
La cérémonie s’est achevée sur l’hymne des forces armées par la chorale de Haïg Sarkissian. Les convives ont ensuite été invités à profiter du cocktail.
Reportage photos Lydia Kasparian

















