Votre publicité ici

(Pendant 7 jours)

Commerce, investissements, tourisme : que changerait l’ouverture de la frontière arméno-turque, selon un expert turc ?

par

©armenews.com

Plus de quatre ans après le lancement des négociations sur la normalisation des relations entre l’Arménie et la Turquie, non seulement la frontière entre les deux pays reste fermée, mais il demeure également particulièrement difficile de rejoindre la Turquie par l’itinéraire terrestre le plus court. Entre Akhalkalaki, en Géorgie, et le poste-frontière turc d’Aktaş, la chaussée est presque entièrement dégradée, si bien qu’il faut plusieurs heures pour parcourir quelques dizaines de kilomètres.

Dans ce contexte, alors que la frontière terrestre reste fermée et que l’itinéraire le plus direct est en mauvais état, Ankara a levé en mai les restrictions au commerce bilatéral avec l’Arménie. Jusqu’à présent, les échanges entre les deux pays passaient essentiellement par des intermédiaires. Désormais, ils peuvent être réalisés directement grâce à des formalités douanières bilatérales.

Quels effets cette décision a-t-elle produits ?

Selon les données du Comité statistique d’Arménie, les importations en provenance de Turquie ont atteint en mai un niveau supérieur à celui enregistré à la même période les années précédentes. Depuis le début de l’année, l’Arménie a importé pour près de 200 millions de dollars de marchandises turques.

Les exportations arméniennes vers la Turquie connaissent également une progression. Si les statistiques officielles arméniennes font état de moins de 500 000 dollars d’exportations, les données turques évaluent les importations en provenance d’Arménie à près de 4 millions de dollars depuis le début de l’année. Ce montant reste très modeste au regard des exportations totales de l’Arménie, mais il n’est pas nul, contrairement aux échanges commerciaux avec l’Azerbaïdjan.

Les statistiques définitives seront publiées ultérieurement. En attendant, les spécialistes s’interrogent sur les nouvelles perspectives de coopération économique entre les deux pays.

Que gagneraient les deux pays avec l’ouverture de la frontière ?

« Les produits turcs sont déjà présents sur le marché arménien ; ils arrivent via la Géorgie avec un coût supplémentaire. Les produits arméniens peuvent également rejoindre la Turquie par cette même route. Mais ce qui manque aujourd’hui, c’est un véritable partenariat entre les entreprises des deux pays. Je pense que l’ouverture de la frontière donnera une nouvelle dimension à nos relations, renforcera la diversification et la compétitivité de l’économie arménienne et sera également bénéfique pour l’économie turque », explique Güven Sak, économiste turc et directeur du centre de recherche TEPAV.

Déjà en 2010, Güven Sak avait animé à Erevan, aux côtés de l’ancien Premier ministre arménien Tigran Sargsyan, une conférence consacrée aux relations arméno-turques. Selon lui, plusieurs secteurs présentent un fort potentiel de coopération : le tourisme, la logistique et les technologies de l’information. « La coopération entre les agences de voyages pourrait rendre l’Anatolie orientale beaucoup plus attractive sur le plan touristique. Le projet TRIPP vise à relier l’Asie à l’Europe ; il existe donc un réel besoin de coopération dans les infrastructures logistiques. Nous suivons également avec intérêt le secteur des technologies de l’information : l’Arménie y possède un véritable potentiel et nous souhaitons voir les entreprises arméniennes et turques travailler ensemble », souligne-t-il.

L’économiste précise que seules quelques centaines de touristes américains visitent chaque année les provinces orientales de la Turquie, alors qu’ils sont plusieurs dizaines de milliers à se rendre en Arménie. Les agences de voyages arméniennes pourraient donc leur proposer des circuits incluant également la Turquie. « Les Arméniens viennent déjà en Turquie, mais le plus important est d’établir une liaison directe », ajoute-t-il.

Un afflux de capitaux turcs en Arménie ?

Bien que l’Arménie n’impose pratiquement aucune restriction aux importations de produits turcs et que des marchandises turques d’une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars soient entrées dans le pays chaque année sous les gouvernements successifs, le débat sur l’ouverture de la frontière s’accompagne de nombreuses inquiétudes en Arménie. Certains redoutent qu’un afflux de capitaux turcs ne finisse par dominer l’économie nationale.

En revanche, les difficultés économiques que traverse actuellement la Turquie sont rarement évoquées dans ce débat. La dépréciation spectaculaire de la livre turque ces dernières années a profondément modifié les équilibres économiques et les prix de nombreux biens et services.

Les analystes turcs eux-mêmes divergent sur cette question. Certains estiment que les entreprises turques entreront rapidement sur le marché arménien et y créeront même des start-up. Pour Güven Sak, ces craintes rappellent celles exprimées dans les années 1990 lors de l’union douanière entre la Turquie et l’Union européenne. « Cet accord a considérablement renforcé la compétitivité de l’économie turque et je pense qu’il en ira de même pour l’Arménie. Certains secteurs offrent davantage de potentiel aux entreprises et à la main-d’œuvre arméniennes ; d’autres sont plus favorables aux entreprises turques. L’essentiel est qu’une coopération s’installe. Elle profitera aux deux pays », affirme-t-il.

En juin, plus d’une cinquantaine d’entrepreneurs arméniens se sont rendus à Kars pour participer à un forum économique. Une rencontre similaire est prévue à Erevan en septembre.

Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Kars, qui accueillait ce forum, a indiqué la semaine dernière qu’une entreprise de Kars avait déjà proposé de réaliser des travaux d’isolation thermique de bâtiments dans la capitale arménienne.

Reprinted with permission from RFE/RL Copyright(c)2007 Radio Free Europe / Radio Liberty, Inc.1201 Connecticut Ave, t N.W. Washington DC 200

 

Nos lecteurs ont lu aussi

Marco Rubio : Paix et prospérité se renforcent mutuellement la TRIPP n’est pas qu’un simple projet d’infrastructure

09/08/2026 | 12:26:17

Coopération entre l’Arménie et le Kazakhstan dans les secteurs des hautes technologies, de l’IA et du numérique

09/08/2026 | 11:30:32

Le chef de la diplomatie turque Hakan Fidan : l’Arménie et l’Azerbaïdjan progressent vers un accord de paix permanent

09/08/2026 | 11:22:06

À Hrazdan, l’Arménie entre dans la cour des grands de l’intelligence artificielle

09/08/2026 | 08:50:53

Nikol Pachinian s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump à l’occasion du premier anniversaire des accords de paix à Washington entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan le 8 août 2025

09/08/2026 | 08:31:46

« À Bakou, nous avons opposé une réponse digne aux affirmations mensongères sur le passé et le présent de notre peuple » — l’ancien président du Parlement de l’Artsakh depuis les geôles de Bakou

09/08/2026 | 08:31:23

Ankara estime que l’Egypte rejoindra l’accord de défense avec Ryad et Islamabad

09/08/2026 | 08:30:52
Article complet reservé aux abonnés

Le Conseil œcuménique des Églises exprime son inquiétude face à la situation autour de l’Église arménienne

09/08/2026 | 08:30:49

Décryptage – Nikol Pachinian accuse Loukachenko, tandis que l’Arménie subit des pertes, par Hakob Badalyan

09/08/2026 | 08:30:42
Article complet reservé aux abonnés

Pashinian rejette une nouvelle fois les appels de la Russie en faveur d’un référendum sur l’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne

09/08/2026 | 08:30:17