Une société contrôlée par les États-Unis, qui doit gérer un corridor de transit le long de la frontière arménienne avec l’Iran, pourrait disposer d’un service de sécurité privé, a déclaré mercredi 21 octobre le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan.
M. Mirzoyan s’est adressé à la commission parlementaire arménienne chargée de la défense et de la sécurité avant que celle-ci ne recommande officiellement la ratification par le Parlement d’un accord américano-arménien sur la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), qui relierait l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan et à la Turquie.
L’accord, signé en juin, prévoit la création d’une coentreprise qui gérera pendant au moins 49 ans une ligne ferroviaire, une route, des lignes d’approvisionnement en énergie et d’autres infrastructures à construire le long du corridor. Le gouvernement américain détiendra 74 % de la TRIPP Development Company (TDC), qui bénéficiera de « droits exclusifs d’utilisation des terrains, de droits de développement, des autorisations connexes et de tous les autres droits ».
Tout en respectant la « pleine souveraineté et juridiction de l’Arménie sur ses frontières et ses opérations douanières », l’accord engage le gouvernement arménien à adopter le modèle dit « front office/back office », selon lequel un opérateur privé engagé par la TDC fournira des « services en contact avec la clientèle » aux postes-frontières avec l’Azerbaïdjan. M. Mirzoyan a indiqué que cet opérateur pourrait très bien disposer d’un service de sécurité.
« Toute entreprise – en particulier les grandes sociétés d’infrastructure – peut disposer de ses propres divisions de sécurité, mais celles-ci doivent être agréées et autorisées au sein de la République d’Arménie, comme c’est déjà le cas aujourd’hui pour de nombreuses entreprises privées », a-t-il déclaré aux membres de la commission parlementaire, pour la plupart affiliés au parti au pouvoir, Contrat civil.
Les responsables arméniens se verront attribuer un rôle de « back-office » au sein du TRIPP. M. Mirzoyan a insisté sur le fait que cela ne porterait pas atteinte à la souveraineté arménienne sur cette zone stratégique frontalière avec l’Iran. Les députés de l’opposition sont restés sceptiques face à ses assurances.
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a déclaré que les Azerbaïdjanais voyageant depuis le Nakhitchevan « ne devraient pas voir les visages des gardes-frontières arméniens ». Artur Khachatrian, député représentant l’alliance d’opposition Hayastan, a déclaré que le modèle « front office/back office » était conçu pour satisfaire cette exigence.
« C’est une nouvelle exigence visant à nous faire céder notre souveraineté, a déclaré M. Khachatrian au service arménien de RFE/RL. Imaginez un peu : vous atterrissez à l’aéroport de Bakou et vous dites : “Vous savez quoi ? Je ne veux pas voir cet officier azerbaïdjanais ; amenez-moi, par exemple, un Philippin à la place. »
L’alliance « Arménie forte », un groupe d’opposition plus important représenté au Parlement, a également affirmé mercredi que le projet TRIPP « sert les intérêts de l’Azerbaïdjan, et non ceux de l’Arménie ».
« De telles concessions n’apporteront pas la paix ; elles ne feront qu’entraîner de nouvelles agressions de la part de l’Azerbaïdjan », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
L’Iran voisin a également exprimé de sérieuses inquiétudes concernant le TRIPP. Il craint notamment que cet accord de transit n’entraîne une présence militaire ou sécuritaire américaine le long de la frontière arméno-iranienne.
Mirzoyan et d’autres responsables arméniens ont exclu une telle présence. En visite à Erevan la semaine dernière, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que le gouvernement arménien répondait aux préoccupations de Téhéran.
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