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C’est une initiative séminale. En France, seul le CCAF disposait de l’autorité et de la légitimité pour l’assumer : pour la première fois, des élections ouvertes à tous les Français d’origine arménienne et à tous les sympathisants de l’Arménie vont avoir lieu. Enfin, chacun pourra, s’il adhère aux valeurs rappelées dans sa charte* – soutien à l’Arménie, défense des droits du peuple arménien –, élire démocratiquement ses représentants à la direction de l’organisation. Ces élus siégeront dans le collège des particuliers, appelé à former, avec le collège des associations, le futur Conseil national du CCAF, véritable parlement de 40 membres.
Pour cette première expérience – que ses promoteurs qualifient d’« hybride » – le poids des associations restera majoritaire : entre les deux tiers et les trois quarts des sièges, selon la participation. Mais l’essentiel est ailleurs : pour la première fois, tous ceux qui se sentent concernés par le destin de l’Arménie pourront voter et se porter candidat. Une avancée démocratique majeure. Une révolution, même si ses concepteurs préfèrent parler d’« évolution » statutaire.
Le CCAF, né au début du siècle, a, dans sa forme passée, rempli son office pendant 25 ans. Sa refondation ambitionne quant a elle de répondre aux besoins de l’arménosphère et de ses amis pour les 25 prochaines années.
L’archipellisation de la société française, pour reprendre le mot du sociologue Jérome Fourquet, n’offre guère le choix. L’existence dans l’espace public, la captation de l’écoute, la défense des intérêts exigent des niveaux toujours plus élevés de moyens et d’organisation. L’heure est moins que jamais à la division, à la dispersion des forces en petites chapelles, traditionnellement frappées d’un syndrome obsidional. Elle est à l’unité, à la structuration, à l’affirmation d’un pouvoir citoyen. Et quel meilleur garant que la démocratie -le système « un homme = une voix, » – pour souder un collectif, pour légitimer une représentation, lui conférer une crédibilité politique ?
Les amis de l’Arménie ont d’autant moins le choix, qu’en raison d’une histoire tragique, ils ne peuvent compter sur le poids du nombre… Raison de plus pour privilégier ce qui rassemble. Il ne s’agit pas ici de gommer les différences. Mais au contraire de faire vivre le débat, en le dotant d’un cadre, d’une règle du jeu et de débouchés. Et quelle meilleur méthode que des élections pour arbitrer le pluralisme ?
On entend certes, déjà, d’inévitables esprits chagrins qui, au lieu de saluer cette ouverture historique, se plaignent, voire même dénoncent le fait que le collège issu du suffrage universel pèsera moins dans la désignation de l’exécutif du futur CCAF que celui des associations. A ceux-là, dont certains avaient fait obstacle à la mise en place d’élections dans la « communauté » en 2014, il faudra rappeler que cette expérience est à la fois conçue et programmée comme une première marche et comme un test. Il s’agit d’une étape. Non d’un horizon indépassable. Son élargissement, qui pourra peut-être se traduire dans un second temps par l’hégémonie du suffrage universel, dépendra des leçons de cette première édition.
En combinant, par palier, la nécessité d’inclure les individus dans la défense du bien commun, le monde associatif organisé a voulu à la fois jeter des ponts vers l’avenir et faire preuve de responsabilité : démocratiser le système, sans prendre le risque de fragiliser l’existant. Sachant qu’au-delà de l’arménité tribunitienne, les associations représentent l’arménité active, militante, persévérante. Celle dont le travail dans l’unité a précisément permis le franchissement de ce saut qualitatif, appelé à en produire d’autres. Ce sera au prochain Conseil national du CCAF d’en décider.
Une chose est certaine : plus les votants seront nombreux, plus la légitimité des élus sera solide. Et plus fort sera leur poids. En cela, l’avenir dépendra de la réussite du scrutin prévue les 6, 7 et 8 février 2026. Et donc de l’implication et du civisme de chacun. Les promoteurs de cette initiative ayant assumé en ce qui les concerne leur part de responsabilité en choisissant une plateforme de vote électronique professionnelle, et en désignant une commission électorale indépendante, composée de juristes et présidée par une personnalité incontestable dont il reviendra au CCAF de révéler l’identité, le moment venu.
Faut-il le rappeler ? Au moment où ce qu’il reste de l’Arménie continue d’affronter des périls existentiels – malgré l’espérance fragile en un « processus de paix » encore incertain –, la nation arménienne doit plus que jamais compter sur ses propres forces. Et les amplifier. Il revient dans cette perspective à la diaspora de se donner le moyen d’être unie et performante, pour mieux servir ses intérêts et se rendre utile à l’Arménie, dans tous les domaines.
Cette élection n’est donc pas un simple exercice de style. Une option. C’est un choix politique. Un acte d’émancipation. Une manière de dire que l’avenir de notre collectif appartient à ceux qui décideront de s’en saisir…
Ara Toranian