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Arménie : le crime d’exister par soi-même, par Robert Aydabirian

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©armenews.com

Ce qui dérange Moscou en Arménie nest pas un basculement vers lOuest. Cest quelque chose de plus simple, et de plus menaçant : un petit pays post-soviétique qui prouve quon peut se passer de la tutelle russe sans catastrophe.

Le gouvernement Pashinian na pas claqué la porte. Il na pas rejoint lOTAN, na pas renié ses liens formels avec les structures issues de lex-URSS. Il a fait quelque chose de plus subtil — et de plus redoutable pour Poutine : il sest émancipé tranquillement, en maintenant les apparences. Un pays qui part en rupture frontale se gère. Un pays qui s’émancipe sans bruit, et qui y parvient, donne des idées aux autres.

Ce mouvement nest pas idéologique. Il est la conséquence directe dabandons répétés. En 1921, Moscou sacrifie des territoires arméniens majoritairement peuplés dArméniens pour consolider son alliance avec Ankara. En 2023, plus de 100 000 Arméniens sont chassés du Karabagh sous les yeux de soldats russes censés les protéger. Bakou et Ankara, une fois encore, passent avant. La rupture de confiance est totale — et elle libère lArménie dune loyauté qui n’était plus réciproque.

LArménie ne choisit pas un camp. Elle choisit dexister par elle-même. Et cest précisément cela que le système Poutine ne peut tolérer : la démonstration vivante quune sortie de tutelle est possible, pacifique, et viable. Les menaces, les restrictions commerciales, les ingérences dans la campagne électorale actuelle nont pas dautre sens. Il ne sagit pas de défendre des intérêts stratégiques russes en Arménie — ils sont déjà largement perdus. Il sagit dempêcher que lexemple arménien fasse école.

LUkraine a rompu avec la Russie. LArménie, elle, a simplement cessé de lui appartenir. Deux histoires différentes, mais un même message pour Moscou : la tutelle nest pas éternelle. Cest cela, le vrai crime de Erevan aux yeux du Kremlin.

Robert Aydabirian

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