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Sit-in devant la présidence pour exiger la libération d’Arthur Ossipian ; des ONG saisissent des organisations internationales

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©armenews.com

Une manifestation et un sit-in se tiennent devant la résidence présidentielle pour réclamer la libération d’Arthur Ossipian, un déplacé d’Artsakh détenu depuis deux semaines après avoir interpellé le Premier ministre et qui a depuis entamé une grève de la faim.

L’ingénieur Gegham Ohanian, membre du mouvement éducatif « Bardzounk », a entamé un sit-in illimité et demande au président de la République d’intervenir auprès du procureur général afin d’obtenir la libération du jeune homme originaire d’Artsakh.

« Ossipian s’est retrouvé en prison uniquement parce qu’il est un déplacé d’Artsakh qui a osé poser une question au candidat au poste de Premier ministre », affirme Gegham Ohanian.

Jusqu’à présent, le président n’a pas indiqué publiquement s’il entendait ou non intervenir. Le bureau de Vahagn Khatchatourian a simplement invité les journalistes d’Azatutyun à adresser leur question par écrit.

Arthur Ossipian avait approché Nikol Pachinian lors d’un meeting électoral pour l’interroger sur les négociations relatives au Haut-Karabagh. La discussion avait rapidement dégénéré. Le Premier ministre l’avait insulté et lui avait même reproché de ne pas être mort pendant la guerre.

« Voleur, bande d’animaux… Pourquoi es-tu encore vivant, misérable ? », lui avait lancé le chef du gouvernement.

Quelques heures après cet échange avorté, Ossipian était arrêté. Il a été inculpé pour appels publics à la violence, hooliganisme et entrave à une campagne électorale. Depuis sa cellule, il a entamé une grève de la faim et exige que Nikol Pachinian lui présente des excuses pour l’avoir qualifié de « fugitif » et avoir porté atteinte à sa dignité. De son côté, le Premier ministre affirme attendre lui-même des excuses.

Les autorités reprochent notamment à Ossipian d’avoir parlé sur un ton élevé au Premier ministre ainsi que d’avoir publié quelques heures auparavant un message évoquant la nécessité de « disperser les peluches de Pachinian au vent ».

Pour Gegham Ohanian, cette expression était manifestement métaphorique :

« “Disperser les peluches au vent” est une image. Cela ne peut d’ailleurs pas se produire puisque Nikol Pachinian n’a pas de peluches que l’on pourrait disperser. C’est une formule utilisée lorsqu’on veut rivaliser avec quelqu’un, dans ce cas par la parole et le débat », explique-t-il.

Après deux semaines de grève de la faim, l’état de santé d’Arthur Ossipian s’est sérieusement détérioré, selon son avocat David Hovhannissian.

« Des conséquences graves et irréversibles pour sa santé commencent déjà à apparaître. Il estime que Nikol Pachinian a dévalorisé tout ce qu’il a accompli pendant la guerre en le qualifiant de fugitif alors qu’il a risqué sa vie dès les premiers jours du conflit et participé à de nombreux combats », déclare l’avocat.

Seuls les avocats sont actuellement autorisés à lui rendre visite ; toute autre visite est interdite.

Présente à la manifestation, la défenseure des droits humains Janna Aleksanian estime que la demande d’excuses adressée au Premier ministre est légitime.

« Depuis plus d’un an, nous entendons de sa part toutes sortes de propos grossiers. Lui a-t-il le droit de parler sur un ton agressif ? En quoi est-il supérieur à Arthur Ossipian ? Quels privilèges possède-t-il si lui-même adopte un tel comportement ? Nous sommes tous égaux en droits », affirme-t-elle.

Elle s’indigne du fait qu’un citoyen ayant posé une question au Premier ministre soit emprisonné, tandis que les déclarations et comportements du chef du gouvernement et de ses proches ne font même pas l’objet d’investigations.

Le parquet a par ailleurs indiqué aujourd’hui à Azatutyun avoir rejeté la demande du candidat du parti d’opposition « Arménie forte », Aram Vardevanian, qui réclamait l’ouverture d’une enquête sur les menaces proférées par Nikol Pachinian à l’encontre de ses adversaires politiques, notamment lorsqu’il avait promis de les « mettre à genoux » ou de les « exterminer ». Les autorités n’ont pas expliqué les raisons de ce refus.

« Les accusations portées contre Arthur Ossipian sont manifestement illégales. Si de telles accusations doivent être formulées, elles devraient l’être contre l’autre partie », estime Janna Aleksanian.

Bien que Nikol Pachinian ait accusé Ossipian d’appartenir à l’élite du Haut-Karabagh, Sarine Hairian, qui le connaît depuis l’Artsakh, rappelle qu’il y menait au contraire une activité d’opposition.

« Personne ne devrait être emprisonné pour avoir exprimé une opinion divergente ou parlé avec vigueur. Et s’il y a quelqu’un qui devrait avoir honte ou être sanctionné, ce n’est pas Arthur, mais le Premier ministre de la République d’Arménie, Nikol Pachinian, qui a tenu des propos indignes de sa fonction à l’égard d’un jeune homme ayant combattu pendant la guerre et survécu, allant jusqu’à lui demander pourquoi il était encore vivant et pourquoi il n’était pas mort », déclare-t-elle.

L’affaire suscite également l’inquiétude de seize organisations de la société civile arménienne. Elles considèrent qu’elle constitue une menace sérieuse pour les libertés démocratiques, le pluralisme politique et la liberté d’expression en Arménie. Elles ont saisi la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe ainsi que plusieurs organisations internationales et missions diplomatiques présentes en Arménie, en leur demandant d’intervenir auprès du gouvernement arménien afin d’obtenir la libération immédiate d’Arthur Ossipian et la garantie de ses droits fondamentaux.

La demande de libération d’Arthur Ossipian a également reçu aujourd’hui le soutien de la Fédération internationale pour les droits humains, basée à Paris. L’organisation souligne que le débat public, y compris lorsqu’il prend la forme de controverses politiques vives, relève de la liberté d’expression protégée à la fois par la Constitution arménienne et par le droit international.

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