Votre publicité ici

(Pendant 7 jours)

Les programmes internationaux du Musée du génocide remis en question

Le limogeage controversé du directeur du Musée-Institut du génocide arménien a jeté le doute sur les programmes internationaux de cette institution scientifique. Plusieurs conférences prévues, avec la participation de spécialistes de renommée mondiale en études sur les génocides, se trouvent désormais menacées.

Le professeur Petros Ter-Matossian, de l’Université du Nebraska-Lincoln, souligne que le problème ne réside pas dans la personne de l’ancienne directrice, Edita Gzoyan, mais dans les circonstances de son éviction. Selon lui, celle-ci a été contrainte de quitter ses fonctions pour avoir offert des ouvrages sur l’Artsakh au vice-président des États-Unis.

« Si nous souhaitons aujourd’hui organiser une conférence internationale sur le nettoyage ethnique en Artsakh, dans une perspective académique et non politique, obtiendrons-nous l’autorisation de la tenir au sein du musée ? Voilà les questions qui se posent », déclare-t-il.

Le geste d’offrir un livre sur l’Artsakh au couple Vance avait été qualifié de « provocateur » par le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan. Selon plusieurs sources, c’est à la suite de ses instructions que la directrice a été remerciée.

Malgré les protestations du personnel du musée et de nombreux membres de son conseil d’administration, la décision est restée inchangée. Elle a suscité une vague de réactions dans des centres académiques et des organisations spécialisées dans l’étude des génocides à travers le monde. Une inquiétude sérieuse s’exprime désormais au sein de la communauté scientifique internationale. « En Arménie, la liberté académique semble subordonnée à des considérations politiques », déplore le professeur Ter-Matossian. « Les historiens auront-ils encore la liberté d’aborder leurs recherches au musée du génocide ? »

L’Association nord-américaine des études du Moyen-Orient a également réagi, estimant que si l’Arménie traverse une période délicate et cherche à normaliser ses relations avec l’Azerbaïdjan, l’effacement de la mémoire historique ne saurait être dicté par des impératifs politiques à court terme.

Au sein du musée, les inquiétudes sont confirmées. « Certains projets avec nos partenaires internationaux sont soit suspendus, soit plongés dans l’incertitude », indique la secrétaire scientifique, Narine Margaryan.

Plusieurs conférences internationales étaient prévues, mais leur tenue est désormais incertaine. « Il y a une crainte que les meilleurs spécialistes, qui ont déjà exprimé leurs préoccupations quant à la liberté académique, hésitent à participer dans ces conditions », précise-t-elle.

L’un des projets concernait une coopération avec la partie française, mais il semble compromis après la démission de Raymond Kévorkian, président du conseil d’administration.

Par ailleurs, le musée mène depuis deux ans un programme financé par l’Union européenne sur les mécanismes de transmission de la mémoire historique. « Du côté européen, des signaux indiquent que la troisième année pourrait ne pas se dérouler comme prévu », souligne Mme Margaryan.

Le journal scientifique spécialisé du musée fait également face à des restrictions. Intégré en 2025 à la base de données internationale Scopus, il représentait un outil clé pour l’internationalisation des recherches sur le génocide arménien. Aujourd’hui, de nombreux chercheurs de renom ont signé des lettres de protestation, rendant incertaine la poursuite des collaborations. « Le problème n’est pas lié aux personnes, mais au principe : les chercheurs étrangers tiennent à distinguer politique et liberté académique. C’est cette inquiétude qui les freine », explique-t-elle.

Pour les historiens arméniens, les conférences internationales, les publications et les projets conjoints constituent des leviers essentiels pour faire connaître le génocide arménien à l’échelle mondiale. La secrétaire scientifique rappelle que d’importants travaux ont été menés en 2025, avec la publication d’études majeures sur la déportation des enfants, la mémoire historique, ainsi que la traduction du catalogue du musée en cinq langues. Plusieurs présentations d’ouvrages étaient prévues ces jours-ci, mais elles n’ont pas eu lieu.

Mme Margaryan souligne néanmoins que, malgré les déclarations des autorités visant à reléguer la question du génocide hors des priorités de politique étrangère et à clore le dossier de l’Artsakh, les recherches scientifiques ont jusqu’ici pu se poursuivre sans entraves majeures.

« Nous n’avons pas subi de restrictions directes dans nos travaux scientifiques, hormis cet épisode protocolaire. Nous avons continué à publier, y compris sur l’Artsakh, et à intervenir sur les plans académique et juridique international », affirme-t-elle.

Le principal problème concerne désormais les programmes internationaux, dont plusieurs sont suspendus ou incertains.

À la tête du musée, un directeur par intérim a été nommé : Hrachya Tashchyan, diplomate proche du Premier ministre. Celui-ci réfute toute annulation de coopération internationale. « Un projet était en suspens sans décision finale, il reste aujourd’hui en attente. Une conférence est maintenue, rien n’a changé », assure-t-il.

Une conférence internationale est ainsi prévue en novembre sur « La mise en œuvre du génocide arménien dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie ». Mais pour de nombreux observateurs, la question demeure entière : cet événement pourra-t-il réellement conserver son caractère international ?

Reprinted with permission from RFE/RL Copyright(c)2007 Radio Free Europe / Radio Liberty, Inc.1201 Connecticut Ave, t N.W. Washington DC 200

Nos lecteurs ont lu aussi