En amont du sommet de la Communauté politique européenne qui s’ouvrira le 4 mai à Erevan, six partis politiques arméniens ont adressé un appel aux dirigeants de l’Union européenne, faisant part de leurs inquiétudes concernant les dérives antidémocratiques observées en Arménie, ainsi que les questions relatives aux Arméniens détenus en Azerbaïdjan et à la situation des Arméniens déplacés d’Artsakh.
La lettre était adressée au président du Conseil européen, António Costa, à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi qu’à d’autres dirigeants européens et chefs d’État qui participeront au sommet.
La lettre a été signée par le Parti républicain d’Arménie, le Parti de l’Héritage, la Fédération révolutionnaire arménienne, le Parti de l’Arménie prospère, le Congrès national arménien et le Parti démocratique d’Artsakh (membre de l’Alliance libre européenne).
Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de la lettre.
Excellences,
Chers collègues,
En tant que représentants des partis politiques arméniens membres ou observateurs au sein de vos familles politiques européennes respectives — unis par un engagement commun en faveur de la démocratie, de l’État de droit et des libertés fondamentales —, nous nous adressons à vous, à la veille du sommet du PEC à Erevan, avec un sentiment d’urgence et de responsabilité.
Le gouvernement arménien s’efforce activement de se forger une image internationale de pays en voie de démocratisation. Ce discours est trompeur. Sur le terrain, l’administration de Nikol Pashinyan consolide son pouvoir, affaiblit les contre-pouvoirs institutionnels et utilise systématiquement les forces de l’ordre et le pouvoir judiciaire contre ses opposants politiques et les membres du clergé.
Dans ces conditions, organiser le sommet de l’EPC à Erevan risque d’envoyer un signal politique dangereux, laissant entendre que l’on peut fermer les yeux sur un recul démocratique lorsque cela arrange politiquement.
Nous vous invitons instamment à ne pas ignorer les réalités suivantes :
Recul démocratique et répression politique
Les indicateurs démocratiques de l’Arménie se sont détériorés, comme le montrent les évaluations de Freedom House, de Transparency International et de l’Institut V-Dem. Les mécanismes judiciaires et répressifs sont de plus en plus utilisés comme des outils politiques. Les manifestations pacifiques sont restreintes, et l’activisme politique est réprimé par des actes d’intimidation et des détentions.
Prisonniers politiques : plus de 50 personnes sont actuellement détenues pour des motifs politiques, et ce nombre ne cesse d’augmenter. Le silence persistant autour de ces affaires risque de banaliser les emprisonnements pour des motifs politiques.
Pressions de l’État sur l’Église apostolique arménienne
Le gouvernement recourt à des poursuites judiciaires, à des actions en justice, à des interdictions de voyager et à une campagne politique soutenue pour placer l’Église apostolique arménienne sous le contrôle de l’État. Des membres du clergé ont été placés en détention sur la base d’accusations forgées de toutes pièces, des évêques ont vu leurs déplacements restreints et des tribunaux laïques ont été mobilisés pour passer outre l’autorité ecclésiastique. Le plus révélateur : le parti au pouvoir, Contrat civil, a explicitement inscrit la destitution du catholicos dans son programme politique. Il ne s’agit pas d’un différend politique, mais d’une atteinte anticonstitutionnelle à une institution protégée par la Constitution.
Pression sur les médias et érosion de la liberté d’expression
Les médias indépendants sont soumis à des contraintes de plus en plus fortes. Les journalistes sont victimes d’agressions physiques, d’intimidations et d’exclusion des ressources publiques. Il en résulte un rétrécissement de l’espace dédié à la liberté d’expression et une censure croissante.
Nous saisissons également cette occasion pour vous exhorter à vous pencher sur les problèmes liés aux réalités engendrées par les actions du gouvernement azerbaïdjanais, qui compromettent gravement les perspectives d’instauration de la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan
Prisonniers de guerre arméniens détenus par l’Azerbaïdjan Selon les chiffres officiels, 19 prisonniers de guerre et civils arméniens sont toujours détenus par l’Azerbaïdjan, malgré les affirmations officielles qui affirment le contraire. Les informations faisant état de tortures et de procès truqués persistent. Parallèlement, la question des personnes disparues reste en suspens. Le manque de transparence et l’absence de progrès concrets sur cette question sapent davantage la confiance du public et suscitent de graves préoccupations humanitaires.
Le nettoyage ethnique de l’Artsakh et l’impératif du retour Le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh/Artsakh, qui a entraîné le déplacement forcé de l’ensemble de sa population arménienne autochtone, ne doit pas être relégué au silence. La destruction systématique et continue du patrimoine spirituel et culturel des chrétiens arméniens dans la région constitue un affront permanent aux valeurs de la civilisation. Le droit international oblige sans équivoque l’Azerbaïdjan à garantir un retour sûr, volontaire et digne de toutes les personnes déplacées vers leur patrie — une obligation que les dirigeants européens doivent défendre activement.
Notre message aux dirigeants européens est clair.
C’est un moment de clarté politique. L’engagement ne doit pas se faire au détriment des principes.
Nous vous invitons à :
Exiger publiquement et sans équivoque la libération de tous les prisonniers politiques en Arménie et des prisonniers de guerre arméniens en Azerbaïdjan.
Condamnez fermement les pressions exercées sur l’Église apostolique arménienne et les restrictions à la liberté de la presse.
Veillez à maintenir un dialogue équilibré en rencontrant les représentants des forces d’opposition, de la société civile indépendante et de l’Église apostolique arménienne ;
La crédibilité de l’engagement de l’Europe en faveur des valeurs démocratiques est en jeu. Nous vous exhortons à agir en conséquence : mettez fin à l’hypocrisie et défendez la démocratie.
Membres du PPE : Parti républicain d’Arménie
Parti de l’Héritage
Membre du PSE : Fédération révolutionnaire arménienne
Parti de l’Arménie prospère
Membre de l’ALDE : Congrès national arménien
Membre de l’EFA : Parti démocratique d’Artsakh
