Des groupes d’observateurs électoraux indépendants ont joint lundi 15 juin leurs voix à celle de l’opposition arménienne pour contester les résultats officiels et définitifs des législatives du 7 juin que publiait la veille la Commission électorale centrale (CEC) largement acquise au premier ministre Pachinian, dont elle confirmait sans surprise la large victoire, en même temps que les résultats annoncés au lendemain du scrutin. L’Independent Observer, une coalition de trois de ces groupes, pourtant peu suspects de sympathie pour des partis d’opposition présentés comme pro-russes car financée par l’Occident, a ainsi accusé la CEC d’avoir illégalement accordé au Contrat Civil au pouvoir davantage de sièges dans le nouveau Parlement arménien.
“Nous ne nous attendions pas à ce que la CEC enfreigne la loi à ce point”, a indiqué le coordinateur de l’Independent Observer, Daniel Ioannisian.
La CEC avait pris la décision controversée la semaine dernière d’annuler les résultats du vote dans trois circonscriptions, empêchant ainsi l’un des principaux partis d’opposition en lice, Arménie prospère (BHK) de franchir la barre des 4% de suffrages qui constitue le seuil légal pour lui permettre de sièger dans le Parlement. La Commission a refusé d’ordonner un nouveau tour de scrutin dans les circonscriptions concernées en approuvant dimanche les résultats finaux de l’élection.
En conséquence de quoi, le parti au pouvoir disposera d’une majorité parlementaire plus confortable, qui le met en mesure de promulguer les lois-clés et de nommer les hauts responsables des forces de l’ordre et les juges. Les leaders de l’opposition arménienne ont accusé la CEC d’avoir délibérément agir pour faire en sorte que le BHK ne soit pas représenté dans l’Assemblée nationale.
Vahagn Hovakimian, un collaborateur de longue date de Pachinian à la tête de la CEC, ne l’a pas vraiment nié lorsqu’il a expliqué cette décision dans un communiqué publié lundi. Hovakimian a indiqué qu’un nouveau tour de scrutin dans les trois circonscriptions aurait forcément donné lieu à un “vote tactique”, fédérant sans doute des partisans d’autres forces d’opposition désireuses d’aider le BHK à faire son entrée au Parlement. Il a soutenu que cela aurait constitué de ce fait un avantage injuste sur les autres électeurs qui ne savaient quant à eux pas le 7 juin “quel impact leur vote pourrait avoir sur le résultat final”.
Ioannisian a balayé du revers de la main cet argument, en faisant valoir que le BHK avait déjà remporté le 7 juin suffisamment de suffrages dans les trois bureaux de vote pour atteindre et franchir la barre fatidique des 4 %. Il a insisté sur le fait que la décision de la CEC allait à l’encontre du Code électoral arménien. Le nouveau Parlement sera dépourvu de légitimité à moins que la Cour constitutionnelle n’infirme cette décision, a ajouté Ioannisian.
Le BHK comme les blocs d’opposition Hayastan et Arménie forte, qui ont réalisé de bien meilleurs scores, prévoient de se pourvoir en appel devant la plus haute cour du pays. Mais leurs leaders semblent sceptiques quant à l’issue de cette démarche, d’autant que huit des neuf hauts magistrats qui composent ce tribunal ont été placés par le parti de Pachinian.
Une représentante d’un autre groupe d’observation, Akanates (témoin visuel) a aussi critiqué la CEC pour son refus de permettre un nouveau tour de scrutin dans les trois circonscriptions rurales.
“Je trouve cette décision très controversée avant tout en ce qui concerne la confiance publique dans le processus électoral et la légitimité des élections” a indiqué Meri Minasian au Service arménien de RFE/RL.
Certains responsables de l’opposition et des analystes politiques ont souligné que peu avant la publication des résultats par la CEC, le secrétaire du Conseil arménien de sécurité Armen Grigorian, rencontrait le principal conseiller en politique étrangère du président azerbaïdjanais Ilham Aliev, Hikmet Hajiyev, dans la station de montagne arménienne de Dilijan, pour y poursuivre le dialogue de paix entre les deux pays ennemis du Sud Caucase. Ils établissent un lien entre la publication des résultats du scrutin et la visite du haut responsable azerbaïdjanais, qui a pénétré en Arménie en franchissant cette partie de la frontière commune qui avait été démarquée et tracée en avril 2024 au prix de la cession à l’Azerbaïdjan de quatre localités frontalières arméniennes de cette province septentrionale du Tavoush, malgré le vaste mouvement de protestation qu’elle allait susciter. Le régime de Bakou n’a en effet pas caché son souhait de voir Pachinian reconduit au pouvoir, et avec la majorité la plus forte possible dans un Parlement arménien où l’opposition serait réduite à la portion congrue.
