L’invitation était arrivée une bonne quinzaine de jours avant : 28 avril, cérémonie officielle de l’inauguration des nouveaux locaux de l’ambassade d’Arménie. L’adresse était des plus prestigieuses – 7-11 rue bénouville dans le 16e arrondissement. L’hôtel particulier où Valéry Giscard d’Estaing a vécu jusqu’en 2020. Un pan de l’histoire de France comme l’a décrit un peu plus tard, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, dans le jardin de ce vaste bâtiment… situé à un pâté de maisons de l’ambassade de Russie. Et pourtant, il manquait tout le monde. Ou presque. Pas de coprésidents du CCAF, pas de représentant du Karabagh, pas de membres du clergé de l’église apostolique, pas de pasteurs ou de prêtres catholiques, pas de représentants des principales associations actives, pas de journalistes, pas d’artistes, pas de politiques français de premier plan, pas de décideurs hexagonaux. Personne ou presque, je vous dis ! Personne n’était convié hormis quelques rares visages familiers qui avaient pour principal mérite de rappeler que nous étions bien à Paris. A un événement festif concernant la communauté arménienne.
Arman Khachaduryan, ambassadeur d’Arménie en France, fait les cents pas devant son nouveau pas de porte. Il accueille les invités – mais qui étaient-ils donc ? – devant les locaux flambant neufs en attendant son ministre, Ararat Mirzoyan. Il ne cherche pas à esquiver la question – Pourquoi ce boycott ? -, sa réponse fuse avant même de l’avoir posée : « Je sais ce que vous allez me demander. No comment ». C’est clair ! Tiens, d’ailleurs, voilà la voiture de son ministre ! Ararat Mirzoyan et son épouse pénètrent dans l’ambassade sous les regards des curieux. Et des téléphones qui filment. La rue se remplit petit à petit dans l’attente de l’autre « vedette » de cette fin d’après-midi, Jean-Noël Barrot. « Mais qui est ce monsieur ? », demandera pourtant une dame à voix basse, embêtée de ne pas le connaître. Elle ne regarde pas la télévision.
Une cinquantaine de membres de musique de la garde républicains s’avance en rang, les cliquetis de leurs bottes résonnent sur la chaussée. L’air « Ce n’est qu’un drapeau » de La Mareille-Diodet retentit, suivi de l’hymne arménien- main sur le cœur des Arméniens d’Arménie -, puis français. Levé du drapeau tricolore, applaudissements nourris, coupure du ruban rouge. C’est fait ! L’ambassade inaugurée ouvre ses portes. Vastes pièces, hauteur sous plafond, parquet point de Hongrie, boiseries, cheminées en marbre, évidemment c’est beau. Quelques câbles électriques pendant encore du plafond rappellent que les travaux ne sont pas complètement achevés, mais qu’importe. Ça a de la gueule ! Dans le jardin à l’arrière du bâtiment, un orchestre interprète du Aznavour, tandis que les serveurs se pressent plateaux à la main. Des buffets sont dressés, quelques tables hautes tapissent le gazon. Une vraie garden party à la française où l’on entend un peu de la langue de Molière et de Shakespear, beaucoup d’arménien oriental. Les ambassadeurs d’Arménie en Europe ont tous été conviés à ces réjouissances dont Hasmig Tolmadjian, actuellement à Genève, toujours aussi chaleureuse et proche de ses ex-administrés. Les témoignages d’affection se sont succédé.
Arman Khachaduryan a d’abord pris la parole en français pour expliquer entre autres que l’inauguration de ce lieu emblématique « reflète la volonté de renforcer la présence de l’Arménie en France. » En arménien, sans doute plus à l’aise, il a repris ces quelques mots d’introduction, le sourire aux lèvres. Ararat Mirzoyan s’est ensuite exprimé avec une traduction simultanée. Le diplomate a insisté sur « l’amitié entre la France et l’Arménie » qui prend ses racines dans des valeurs communes dont la liberté. Il a remercié les autorités pour leur soutien continu et annoncé que la venue d’Emmanuel Macron à Erevan allait se conclure avec la signature de nouveaux textes renforçant la coopération entre les deux Etats. Il a également brièvement salué la communauté arménienne de France à travers ses figures les plus célèbres : Aznavour, Michel Legrand, Manouchian.
Enfin, Jean-Noël Barrot est revenu sur l’importance de ce voyage officiel du président de la République la semaine prochaine et a rappelé que pour la première fois un sommet Arménie-Union européenne se tiendrait dans la capitale. Il a également rendu hommage aux victimes du génocide arménien, quelques jours après les commémorations du 24 avril en citant, notamment, les exploits de Dartige du Fournet au Musa Dagh. Il a aussi affirmé que le lien entre Paris et Erevan était « indéfectible ».
La partie officielle de cette cérémonie s’est achevée avec la plantation d’un abricotier par les deux ministres. Les deux hommes qui communiquent en anglais se sont ensuite séparés. Jusqu’à la prochaine fois.
Texte : Marie-Aude Panossian
Reportage photos : Lydia Kasparian










