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Les habitants affirment que les Azerbaïdjanais se sont installés à Shikahogh et abattent des hectares de forêt

Dans la réserve naturelle d’État de Shikahogh, réputée pour sa biodiversité exceptionnelle, ses nombreuses espèces végétales et ses animaux inscrits au Livre rouge, les Azerbaïdjanais se sont installés, abattent des hectares de forêt, construisent des routes et aménagent des positions militaires, affirment les habitants de la région.

« Ils ouvrent des routes, construisent des abris fortifiés, je ne sais pas exactement, mais ils érigent des ouvrages défensifs. Le bois de construction est utilisé pour leurs installations et le reste sert de bois de chauffage », raconte l’un des habitants.

Il y a cinq ans, les forces armées azerbaïdjanaises ont pénétré sur le territoire souverain de l’Arménie, notamment dans la direction de Nerkin Hand. Depuis lors, les hectares frontaliers de la réserve de Shikahogh ont été transformés en positions fortifiées et en routes reliant ces installations.

L’ingénieur forestier Thisser Ghazaryan souligne qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème d’intégrité territoriale, mais également d’un véritable écocide visant l’un des patrimoines naturels les plus précieux d’Arménie.

« Environ 3 200 hectares sont occupés et se trouvent dans une zone de tir direct extrêmement dangereuse. Environ 6 à 7 hectares supplémentaires, voire davantage, se situent dans une zone d’observation directe et à portée de mortiers de 60 mm. La situation est donc particulièrement préoccupante », explique-t-il.

60 hectares de forêt déjà détruits

L’expert surveille en permanence ces territoires à l’aide d’images satellites. Selon lui, l’Azerbaïdjan a déjà détruit près de 60 hectares de forêt, composés principalement de chênes et de charmes centenaires, représentant environ 17 000 mètres cubes de bois.

Et les coupes se poursuivent.

« Les observations dynamiques montrent clairement que les abattages continuent. En d’autres termes, des groupes azerbaïdjanais et des unités des forces armées procèdent à ces coupes, que ce soit pour leur bois de chauffage hivernal ou pour d’autres usages », précise Ghazaryan.

Il y a deux jours, l’expert avait également alerté sur une erreur importante figurant sur une carte interactive trilingue publiée sur le site du ministère de l’Administration territoriale avec le soutien de partenaires internationaux.

« Entre 360 et 380 hectares ont été omis de cette carte », affirme-t-il.

La carte n’est aujourd’hui plus accessible. Le ministère a indiqué qu’elle faisait l’objet de corrections techniques.

Pachinian : « Nous ne pouvons pas rester sans réaction »

Des journalistes avaient interrogé le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan il y a plusieurs mois sur les informations relatives aux coupes de bois à Shikahogh.

« Je n’ai pas reçu de telles informations. Mais si des arbres sont abattus sur le territoire souverain de l’Arménie, nous ne pouvons pas rester sans réaction », avait-il déclaré.

Aucune condamnation officielle spécifique des activités azerbaïdjanaises dans la réserve n’a été publiée. Toutefois, les coupes ont été reconnues tant par le chef de l’état-major général arménien, Edward Asryan, que par le ministre de l’Environnement, Hambardzum Matevosyan.

« Lorsqu’une position fortifiée est construite, les arbres qui se trouvent sur son emplacement sont abattus », a déclaré Edward Asryan.

Le ministre de l’Environnement refuse toutefois de qualifier la situation de catastrophe :

« Dans la réserve de Shikahogh, comme dans d’autres zones frontalières, nous avons constaté une dégradation et des dommages causés à l’écosystème. »

Selon lui, l’ampleur exacte des dégâts ne pourra être évaluée qu’après le processus de délimitation de la frontière.

La paix comme priorité

Hambardzum Matevosyan insiste sur le fait que la priorité actuelle demeure le processus de paix :

« Il faut tenir compte du fait que nous avons aujourd’hui une question bien plus importante à l’ordre du jour : celle de la paix. Nous avançons vers la paix avec nos voisins. »

Pour Thisser Ghazaryan, cette préoccupation environnementale n’entre pourtant pas en contradiction avec le processus de paix.

« Cela ne nuit pas à la paix, puisque l’Azerbaïdjan, comme l’Arménie, a ratifié les conventions internationales concernées. On peut parfaitement exiger que les forces présentes quittent ces territoires afin de préserver l’environnement, les écosystèmes et la biodiversité. Cela ne compromet en rien les négociations de paix. Au contraire, ce cadre pourrait constituer une excellente occasion d’obtenir le retrait des unités militaires stationnées dans la réserve de Shikahogh », affirme-t-il.

Une question à porter devant la COP-17

La 17e Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (COP-17) doit se tenir cet automne en Arménie.

Pour Thisser Ghazaryan, cette conférence constitue la tribune idéale pour alerter la communauté internationale sur la destruction d’une réserve naturelle d’une richesse exceptionnelle située sur le territoire souverain de l’Arménie.

« J’ai même proposé que, si les institutions publiques hésitent à soulever cette question, elles puissent en déléguer la responsabilité à des experts indépendants ou à des organisations non gouvernementales arméniennes afin qu’elles portent le sujet sur la scène internationale et tentent d’obtenir le retrait de ces unités armées sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré », explique-t-il.

Les habitants des villages voisins affirment également que la faune protégée est menacée. Selon eux, les animaux inscrits au Livre rouge de l’Arménie, notamment les bouquetins bézoards et les ours, servent parfois de nourriture aux soldats azerbaïdjanais.

« Ils ont des armes et personne ne les contrôle », concluent-ils.

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