Le discours du Premier ministre à Marseille

En visite officielle pour deux jours dans la Cité phocéenne, Sébastien Lecornu a pris la parole lors de la Journée nationale de commémoration du génocide des Arméniens, le 24 avril. Voici ce qu’il a déclaré :

 » Il y a 111 années, dans la douceur d’Erevan, au pied des neiges éternelles du mont Ararat, à l’ombre des clochers séculaires qui jalonnent le Caucase, au cœur d’un pays de Cocagne où les histoires millénaires se chantent et se dansent au son du Kotchari, l’horreur. L’horreur d’un peuple pris au piège aux creux des vallées qui étaient les siennes, l’horreur de villages entiers raflés et exécutés au bord de la première rivière, l’horreur pour des familles amassées dans leurs propres foyers que des exécuteurs ont embrasées, l’horreur pour des milliers et des milliers de femmes violées avant d’être abattues, l’horreur pour des vieillards tabassés et fusillés, l’horreur pour tous les enfants chassés, torturés, tués sans merci, jusqu’à les chercher à coups de poignard alors qu’ils étaient encore dans le ventre de leur mère, l’horreur pour un peuple déporté, massacré, martyrisé, qu’un gouvernement avait voulu exterminer. Je cite ce télégramme funeste officiel de l’époque, je cite sans égard pour les femmes, les enfants, les infirmes, sans écouter les sentiments de la conscience.
Un grand crime pensé, organisé, ordonné, exécuté au mépris de toutes les lois des hommes. Plus d’un million d’hommes, de femmes, d’enfants massacrés. Un génocide, un crime contre l’humanité. Mais un grand crime, on le sait dans notre histoire, n’est face au rien, ni la grandeur d’un peuple, ni la beauté d’une langue, d’une culture, ni surtout l’histoire millénaire et tragique qui se lie encore aujourd’hui dans le regard sombre et profond des enfants de l’Arménie. Car des enfants, et vous l’avez dit, Monsieur le Maire, ont survécu. Ils portent dans leur âme et dans leur sang le martyr d’un peuple. Et la France, derrière eux, reconnaît le génocide des Arméniens et fait vivre la mémoire de leurs ancêtres comme nous le faisons aujourd’hui ici à Marseille.

Mesdames et Messieurs,

la France, en son temps, a agi. Oh, certes, il aurait fallu qu’elle en fasse bien plus encore
pour empêcher la catastrophe, on le sait. Mais l’union sacrée entre les peuples de France et d’Arménie, qui remonte au roi Léon V de Lusignan, a permis de sauver des vies. Jaurès a réveillé les consciences à la tribune de l’Assemblée nationale. Clémenceau aussi, en préfaçant l’un des premiers recueils de témoignages des massacres en Arménie, qu’il appelait « notre vaillante petite alliée ». ont débarqué dans le port de Marseille.
Leurs enfants y vivent encore. Et à l’ombre des oliviers du sud de la France, la mémoire d’un peuple connue de se transmettre, sa grandeur aussi, par leur énergie, leur persévérance, leur éthique également. Les Arméniens de France se sont tissés par leur travail au plus haut niveau de la société française. Leur courage ne s’est pas tari. Et les héros d’Arménie, de la résistance, Manouchian en tête, l’ont mise au service de notre patrie tout en;ère. La culture arménienne se transmet toujours. Et les soirs de fête, sous le ciel du sud, résonnent souvent le Kotchari que des enfants d’Arménie, devenus fils et filles de France, dansent, apportant plus de 4000 kilomètres d’Erevan.
L’Arménie a survécu. Elle vit au cœur et au creux de nos cœurs. Mesdames et Messieurs, si
l’Arménie a survécu, elle vivra. La France est toujours à ses côtés. Et je le dis devant vous
aujourd’hui, la souveraineté d’un pays ami ne se négocie pas. C’est pourquoi la France soutient l’Arménie, diplomatiquement, mais aussi, depuis maintenant quelque temps, militairement. Des armes françaises sont envoyées régulièrement en Arménie pour qu’elles puissent se défendre et se protéger. Des militaires français forment des militaires arméniens sur leur sol.
Parce que l’histoire entre nos deux peuples est vieille d’un millénaire. Parce que l’amitié entre nos deux nations s’est renforcée dans les plus dures épreuves. Et tout simplement parce que c’est l’Arménie et parce que nous sommes la France.
Hommage aux victimes du génocide arménien. Vive l’amitié entre la France et l’Arménie. Vive Marseille, vive la République et vive la France !  »

Photo Alexan Alain Sarkissian

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