Dés le 4 juillet, le centre de la carte musicale mondiale se déplacera au Siounik. Nichée au cœur des montagnes du sud de l’Arménie, la ville de Kapan se transformera, pour la quatrième année consécutive, en une scène musicale internationale pendant dix jours. La vie quotidienne de la ville sera rythmée par les œuvres de Johann Sebastian Bach, Johannes Brahms et Komitas, mais aussi par les sonorités du jazz et du tango.
« Cette année encore, nous accueillerons 45 artistes, voire davantage. Nous ne dérogeons pas à la tradition : principalement des concerts de musique classique, mais aussi du jazz et de la fusion. Cette année, il y aura également de la musique contemporaine. Une chorale française de 18 chanteurs viendra se produire, et nous présenterons une création mondiale : une œuvre de Michel Petrossian intitulée Parajanov. Nous accueillerons aussi un groupe de jazz de Géorgie, tandis que la majorité des autres concerts seront consacrés à la musique classique », a déclaré à Azatutyun le fondateur et directeur artistique du Kapan Fest, le violoncelliste Sevak Avanesyan.
Pour Avanesyan, la culture de haut niveau ne doit pas être concentrée uniquement dans la capitale. Les musiciens et les invités venus de l’étranger doivent également découvrir les autres facettes du pays : les montagnes du Siounik, sa nature, son histoire et, bien sûr, ses habitants.
Kapan Fest a littéralement porté la musique jusqu’aux sommets. Il y a deux ans, le piano du célèbre jazzman Tigran Hamasyan a résonné sur les pentes du mont Khustup. Cet événement exceptionnel, organisé en dehors du programme officiel du festival, avait nécessité d’acheminer son piano à travers les nuages jusqu’à la montagne, où le jazz avait retenti en pleine nature.
Formé en Belgique et lauréat de nombreux concours internationaux, Sevak Avanesyan croit profondément à la force de la musique arménienne. Il l’a démontré en 2020, lorsqu’au milieu des ruines de la cathédrale Ghazanchetsots, bombardée pendant la guerre du Haut-Karabakh, il a interprété Krunk de Komitas au violoncelle. Cette prestation de quelques minutes racontait à elle seule une histoire de douleur et de mémoire.
« Nous essayons, à travers la culture, la musique, notre exemple et notre travail, de montrer que oui, les Arméniens méritent d’avoir une Arménie. »
Après cette déclaration musicale, l’histoire s’est poursuivie dans la réalité du festival. Kapan est désormais devenue un lieu où la musique ne se contente pas d’être célébrée pendant dix jours : elle y prend profondément racine.
Dès le lancement du festival, la salle d’orgue de la ville s’est enrichie, grâce au Kapan Fest, d’un piano de concert Steinway & Sons de niveau international.
« Le piano est une sorte de tonir autour duquel les musiciens se rassemblent. Autrefois, les familles se réunissaient autour du four traditionnel. Aujourd’hui, le piano et la salle de concert remplissent ce rôle, et c’est le festival de Kapan qui a créé cette dynamique », explique Avanesyan.
Le programme de concerts, désormais devenu une tradition du mois de juillet, est complété par des masterclasses, des ateliers et des expositions. La culture est comme une graine : là où on la sème et où on la cultive avec soin, elle finit par porter ses fruits.
« Le nombre d’étudiants et d’enfants qui fréquentent l’école de musique a doublé, voire triplé. Le maire de Kapan m’a même dit en plaisantant : « Que va-t-on faire maintenant ? Nous n’avons pas assez de professeurs, pas assez d’écoles, alors que l’envie des enfants est immense. » C’est un problème très positif qu’il nous faut résoudre. Ainsi, nous faisons de Kapan, de la salle d’orgue et du Syunik la capitale de la musique pendant dix jours », souligne Sevak Avanesyan.
À partir du 4 juillet, Kapan deviendra donc une capitale musicale. Une surprise attend également les visiteurs européens comme arméniens : en se rendant au Syunik, il faudra prévoir une petite place dans son sac à dos pour un masque, car le Vienna Summer s’installera, pour une courte période, dans le sud de l’Arménie.
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