L’Histoire de l’Arménie pourrait également se résumer par une longue liste de trahisons tant internes qu’externes. Et cette chaîne de trahisons continue…
L’Inde, l’un des premiers partenaires stratégiques militaires de l’Arménie pourrait au nom de la Realpolitik, lâcher l’Arménie au profit de l’Azerbaïdjan pays de ressources en énergie et axe de voies de transport Est-Ouest et Sud-Nord.
Les discussions entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le despote de Bakou, Ilham Alyiev en marge du 25e sommet de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai) à Bichkek la capitale kirghize est ressentie à Erevan comme un avertissement.
L’Azerbaïdjan, dont le partenaire stratégique est le Pakistan, ennemi juré de l’Inde, crée ainsi en se rapprochant avec New Delhi, ressentie par l’Arménie comme une fissure dans les relations stratégique arméno-indiennes…
Et comme une loi des séries, ou logique de la Realpolitik, la France, « amie de l’Arménie » liée à Erevan par une série d’accords stratégique, interdit la manifestation organisée par le CCAF devant la Mairie de Paris pour exiger la libération des prisonniers Arméniens, dirigeants de l’Artsakh, illégalement détenus à Bakou.
Un signal positif envoyé par Paris à Bakou. Paris qui lâche son soutien des Arméniens face au despote de l’Apchéron. Avec sans doute des pensées stratégiques en matière d’énergie azerbaïdjanaise, et de rapprochement avec la Turquie d’Erdogan pour une future armée européenne face à la menace russe…
Le deuxième signal fort de ce rapprochement entre Paris et Bakou n’a pas tardé. Le 11 septembre, l’Ambassadrice de France à Bakou, Sophie Lagoutte était du voyage des diplomates étrangers invités en Artsakh occupé, lors d’une vaste campagne de propagande orchestrée par Aliev, visant à réécrire l’histoire de l’Artsakh et faire oublier ses véritables propriétaires Arméniens, disparus du paysage au prix d’une épuration ethnique.
Par la présence de l’Ambassadrice de France sur ces lieux d’épuration ethnique à Chouchi ou Stepanakert, la France cautionnait ainsi la politique d’occupation de Bakou…malgré ses nombreuses déclarations tant au Sénat qu’au Parlement reconnaissant le droit légitime du peuple arménien de l’Artsakh. La Realpolitik est passée par là et la France, sans lâcher complètement l’Arménie désire se rapprocher de l’Azerbaïdjan, et tant pis si ce dernier soit un régime dictatorial. L’intérêt du moment, prime sur le reste, et tant pis pour l’éthique.
Même Realpolitik de l’Europe. En y déléguant sa représentante spéciale de l’Union européenne pour le Caucase du Sud, Magdalena Grono, l’Europe qui a condamné le régime azerbaïdjanais à de nombreuses reprises tant au Conseil de l’Europe que du Parlement européen, vient de délivrer un signal vert au dictateur de Bakou. D’autant qu’Ursula Von der Leyen, la Commissaire européenne n’a pas caché son intérêt pour Aliev, jugé par l’allemande de « Partenaire fiable » en matière de livraison de gaz à l’Europe.
Quelques années plus tôt, au nom de cette même Realpolitik, Vladimir Poutine avait également lâché l’Arménie, tout d’abord en Artsakh lors de la guerre de 44 jours de l’automne 2020, puis de l’occupation totale de l’Artsakh en septembre 2023 et de l’évacuation forcée de sa population arménienne. Une Russie qui n’était pas intervenue en Arménie même lorsque les troupes azerbaïdjanaises avaient envahi le territoire souverain de la République d’Arménie. Poutine désirant ainsi protéger ses livraisons de gaz soumis à sanction de l’Otan, en le diluant au gaz azerbaïdjanais à destination de l’Europe.
Ainsi la Realpolitik est le maître mot de la diplomatie internationale.
Reste à l’Arménie d’intégrer cette donnée dans toutes ses relations internationales. Les alliances se font et se défont en un temps records au gré des changements dans la sphère géopolitique mondiale ou régionale et la Realpolitik est l’unité de base de ces rapports entre nations.
Fini les alliances à long terme, car désormais le monde est en mouvement et en changement quasi permanent ! L’Arménie n’aura dans ces conditions que des partenaires stratégiques qui peuvent évoluer et changer à tout moment.
Le gouvernement arménien de Nikol Pachinian évoque une dimension multilatérale de sa stratégie diplomatique nouvelle fondée sur de multiples alliances. Elle est le résultat de ce constat de la Realpolitik où la fidélité d’une nation envers une autre est toujours provisoire et peut se rompre à tout moment.
L’Arménie est ainsi contrainte de naviguer dans cet environnement d’équilibres précaires. Elle devra également faire davantage confiance en elle et développer sa propre force plutôt que d’attendre l’aide de l’extérieur. Croire en sa force et s’en donner les moyens de la développer, plutôt que de prier qu’un partenaire vienne l’aider. Car on sait aujourd’hui que l’aide ne viendra pas.
Krikor Amirzayan
