À Washington, une manifestation organisée par des membres des diasporas turque et azerbaïdjanaise a ravivé les tensions mémorielles autour du génocide arménien. Présenté comme un « rassemblement pacifique », l’événement visait explicitement à contester la réalité même du génocide de 1915, .
Réunis devant l’ambassade de Turquie dans la capitale américaine, les manifestants ont brandi des drapeaux turcs, azerbaïdjanais et d’autres pays turcophones, tout en scandant des slogans niant le génocide arménien et inversant les responsabilités historiques. Parmi eux : « La réconciliation, pas l’accusation » ou encore des références à une prétendue « révolte arménienne » qui aurait fait plus d’un million de victimes turques — une rhétorique régulièrement mobilisée par les autorités d’Ankara et de Bakou pour contester la qualification de génocide.
Certains slogans ont également visé directement la diaspora arménienne, notamment des groupes qui manifestaient simultanément à proximité, entre les ambassades d’Azerbaïdjan et de Turquie jusqu’à la Maison Blanche. Des cris tels que « Le Karabakh, c’est l’Azerbaïdjan ! » ont mêlé revendications géopolitiques actuelles et discours de négation historique, illustrant la continuité de la haine anti-arménienne du panturquisme.
Le rassemblement a été relayé avec satisfaction par l’agence officielle azerbaïdjanaise Azertac, qui y a vu une démonstration de mobilisation de la diaspora. Cette couverture souligne une stratégie de communication bien rodée, visant à internationaliser une lecture contestataire de l’histoire.
Au-delà de son caractère revendiqué comme pacifique, cette manifestation s’inscrit dans une dynamique plus large de négationnisme, dénoncée de longue date par les historiens et les organisations de défense des droits humains.
Dans un contexte déjà marqué par les séquelles du conflit du Haut-Karabakh et les tensions persistantes entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ce type d’initiative contribue à raviver les fractures, au moment même où les appels à la réconciliation nécessiteraient, selon de nombreux observateurs, une reconnaissance claire des faits historiques.

