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Déclarations triomphalistes de Nikol Pachinian au lendemain des élections municipales en Arménie

Le moins que l’on puisse dire est que le premier ministre arménien Nikol Pachinian n’a pas le triomphe modeste. Claironnant sa victoire aux élections municipales remportées dans nombre de localités d’Arménie par son parti Contrat civil, il a affirmé le lendemain lundi 26 octobre qu’elle confirmait la « destruction » en cours des principaux groupes d’opposition du pays, conformément à l’engagement qu’il avait pris en ce sens durant la campagne des législatives du 7 juin dernier ; celles-ci ne lui avaient pas apporté pleinement satisfaction à cet égard, l’opposition étant toujours présente dans le paysage législatif, bien plus en tout cas qu’il ne l’aurait souhaité, en dépit des manœuvres électorales frauduleuses dont l’accusent ses détracteurs, qui ont dénoncé comme illégitime sa reconduction à la tête du gouvernement. Ces municipales avaient donc vocation à relancer et légitimer la rhétorique du pouvoir politique contre une opposition qui avait de son côté manifesté un intérêt très limité pour ce scrutin, flétrissant du même coup les lauriers d’une victoire sur laquelle comptent capitaliser Pachinian et son équipe politique.

Il n’en reste pas moins que le Contrat civil au pouvoir renforce au détour de ce scrutin son implantation dans les régions, en prenant le contrôle de 17 communautés urbaines et localités sur les 19 où se déroulaient les élections ; et dans les deux autres, le parti du premier ministre est arrivé deuxième, mais cette concession au pluralisme doit être nuancée, puisqu’il a laissé la première place à des blocs politiques ouvertement pro-gouvernementaux.

La principale formation d’opposition, l’alliance Arménie forte, ne s’était présentée devant les électeurs que dans la communauté urbaine constituée par la localité septentrionale de Stepanavan et les villages environnants. Elle a malgré tout fait face à une campagne agressive des autorités, qui ont ordonné l’arrestation quatre jours avant le scrutin de sa tête de liste, Arsen Gregorian, accusé comme ce fut le cas pour nombre de candidats et membres des partis d’opposition lors des législatives, d’achats de vote et autres pots de vins électoraux. Dénonçant une série de coups bas, l’alliance dirigée par le magnat Samvel Karapetian est arrivée en troisième position, avec quelque 20 % des suffrages. Le Contrat civil s’est contenté de la deuxième place, laissant très ‘sportivement’ et sans grand risque la première place à un bloc politique dirigé par le maire sortant proche du gouvernement de Stepanavan, Armen Grigorian.

Grigorian a manqué de peu la majorité absolue au conseil municipal et devrait donc en toute logique faire alliance avec le parti de Pachinian pour retrouver son fauteuil de maire. Le chef du groupe parlementaire d’Arménie forte, Narek Karapetian, a affiché un évident scepticisme face à ces résultats, tout en se félicitant des performances électorales de sa formation, malgré l’adversité.

“Là où nous avons participé, le Contrat civil a obtenu un pourcentage historiquement bas  — sans doute le plus bas – des suffrages”, a souligné l’opposant.

L’alliance Hayastan de l’ex-président Robert Kotcharian, qui est la deuxième force d’opposition représentée au Parlement arménien, avait fait le choix de ne pas participer du tout à ces élections locales. L’une de ses principales composantes, la Fédération révolutionnaire arménienne (Dachnaktsoutioun), avait néanmoins présenté séparément des candidats dans quatre municipalités. Le Dachnaktsoutioun y recueillait entre 10 et 15 % des suffrages, un score qu’a salué son leader, Ishkhan Saghatelian.

D’autres figures de proue du bloc dirigé par Samvel Karapetian, l’oncle milliardaire de son chef de groupe parlementaire Narek Karapetian, ont insisté sur le fait que les résultats électoraux portaient la marque évidente des arrestations pré-électorales de plus d’une vingtaine de membres et sympathisants d’Arménie forte, dont son candidat au poste de maire de Stepanavan, tous accusés d’achats de votes, accusations qu’ils rejettent, car motivée selon eux par des considérations politiques.

Plusieurs autres candidats ont été arrêtés et emprisonnés dans d’autres communautés à l’approche des élections. Arménie forte, Hayastan et d’autres groupes d’opposition affirment que ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une campagne plus vaste du gouvernement visant à intimider et à entraver l’opposition.

A l’approche du scrutin, ils ont accusé les autorités arméniennes d’exercer des pressions sur nombre de leurs militants locaux et sur d’autres candidats potentiels. Des dizaines d’entre eux ont d’ailleurs renoncé à se présenter.

Ce boycott par l’opposition, contraint ou délibéré, d’élections municipales qui semblait donc relever d’une promenade de santé pour le parti au pouvoir, n’a pas nuancé le triomphalisme de Pachinian qui s’est félicité d’un raz-de-marée électoral local présenté comme une nouvelle étape dans le processus de « destruction” de ses adversaires politiques.

“En un mot : les forces d’espionnage [étrangères] – ce parti de la guerre à trois ou quatre têtes – doivent être détruites”, a insisté Pachinian en reprenant des formules martelées durant sa campagne pour les législatives. Il ajoutait : “Et les résultats des élections locales montrent que cela se produit avec l’aide et le soutien des citoyens d’Arménie”.

Soucieux de minorer l’importance de cette séquence électorale, les responsables de l’opposition, pour leur part, ont souligné qu’ils allaient poursuivre leurs efforts en vue d’évincer Pachinian du pouvoir et qu’il devait s’attendre à faire face à des défis bien plus sérieux dans les mois à venir.

“Nous continuerons notre combat quotidien dans cet objectif, sans jamais reculer”, a prévenu le leader du Dachnaktsoutioun, Ishkhan Saghatelian.

 

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