LE GÉNOCIDE DES ARMÉNIENS
Profitant du chaos des Dardanelles, l’Empire ottoman met en place l’extermination des Arméniens. C’est à partir du 17 avril 1915, dans la Gazette de Lausanne, que la presse évoque le début du Massacre des Arméniens à Van.
Tandis que la bataille des Dardanelles fait rage, que l’a flotte alliée et les forces russes bombardent le Bosphore, entre avril et mai 1915, infligeant de lourdes pertes aux turcs (88 000 morts et plus de 40 000 blessés) et les destructions de vingt quatre voiliers par la flotte russe, le triumvirat ottoman met en place la déportation des Arméniens sans que cela ne soit mentionné qu’à partir du 9 mai 1915 dans la presse européenne, reprenant une brève du journal Secolo (Italie) en provenance de Bucarest et publiée dans le quotidien français L’Humanité : « On signale des massacres d’Arméniens en Turquie. »
Les informations, sporadiques, faisant état d’exactions sur la population arménienne en Turquie, seront publiées en troisième page du quotidien de Jean Jaurès; jusqu’au jour, où, pour la première fois depuis le début du génocide des Arméniens, L’Humanité publiera, à la UNE, du samedi 23 mai 1915, un article titré « On massacre en Arménie : La responsabilité du gouvernement turc ».

Auparavant, le 3 mai, la « Gazette de Lausanne » publiera le témoignage du Vicaire Nersès. Depuis Bakou il écrit : » C’est le cinquième jour que les Arméniens de Van luttent contre les Turcs et les Kurdes. Un secours immédiat est nécessaire. Priez le vice-roi de leur venir en aide. » Entre le 19 avril et le 2 mai il écrit : La situation dans le vilayet est terrible : tous les villages arméniens sont à feu et à sang. Vramian (député de la Chambre ottomane) est arrêté; on dit qu’on l’a tué. Ichkahian (un des chefs révolutionnaires) est tué avec ses quatre aides. (…) 10 000 arméniens se défendent courageusement et attendent les secours – VN.
De son côté, « La Dépêche » écrit le 1er septembre – 260 00 Arméniens originaires de la région de Van ont abandonné leur pays pour échapper au massacre et se sont réfugiés en Transcaucasie. (…) D’autre part, on mande de Constantinople que les autorités policières de cette ville ont reçu, il y a quelques jours, des enveloppes cachetées avec ordre de ne les ouvrir que sur nouvelles instructions du gouvernement. Ces enveloppes portent la suscription « Pour les Arméniens ». On croit qu’elles contiennent des inscriptions « ordonnant un massacre général des Arméniens habitant la capitale turque. »
20 septembre « Associated Press » publie une lettre de Lord Bryce adressé au député britannique Aneurin Williams : « Sitôt que la guerre eut éclaté entre la Turquie et les Alliés, le gouvernement turc forma le plan qu’il a depuis toujours poursuivi avec une cruauté inlassée, d’extirper la chrétienté en tuant tous les chrétiens de race arménienne. (…) Les troupes les ont pourchassés de tous côtés; elles les ont conduits au rivage, les ont mis sur des voiliers, les ont emmenés en pleine mer et jetés par-dessus bord, les noyant, sans exception, hommes et femmes. ».
1er octobre, Washington – Le Département d’Etat a demandé au comte Bernstorff de faire de son mieux en Allemagne pour intercéder en faveur des Arméniens en Turquie.
14 octobre, le journal arménien Mchak, paraissant à Tiflis, évalue provisoirement à 850 000 le nombre d’Arméniens massacrés et des Arméniennes vendues aux harems turcs.

S’en suivront les mois suivants, dans la presse internationale, des éditoriaux relatant le calvaire arménien.
Le 5 juillet 1919, alors que la Cour martiale de Constantinople condamne à mort le triumvirat Talaat Pacha, Enver Pacha et Djemal Pacha, s’enfuyant pour l’heure à Berlin; deux années plus tard, le 15 mars 1921, le « Hitler turc », Talaat Pacha, ordonnateur de l’anéantissement du peuple arménien, est exécuté en pleine rue par Soghomon Tehlirian.
111 ans après le génocide perpétré à l’encontre du peuple arménien, la Turquie n’a toujours pas reconnue sa responsabilité dans l’extermination de plus de 1 million 500 000 hommes, femmes et enfants innocents. Ni oublie ni pardon.
Jean Eckian
BRÈVES DE PRESSE DES PREMIERS JOURS DANS :
L’Humanité – L’Écho d’Oran – L’Écho d’Alger – L’Écho de Paris – Le Canada – Le Figaro – La Croix – Le Siècle – La Lanterne – Le Petit Parisien – La Gazette de Lausanne – La Presse – L’Echo de France – A la Douma Russe, discours de M. Sazonoff sur le sujet.
