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« Une publication de piètre qualité digne de la presse à scandale » : les défenseurs des droits critiquent le rapport contre l’Église

Le rapport publié par le gouvernement sur les actes imputés à de hauts dignitaires de l’Église apostolique arménienne est au centre des critiques de plusieurs défenseurs des droits humains. Selon eux, ce document ne repose pas sur une base probante fiable et s’appuie essentiellement sur des articles de presse publiés au fil des années. Pour être crédible, estiment-ils, ses auteurs auraient dû vérifier la véracité des allégations avant de le rendre public.

« Puisqu’il est évident que ces informations étaient connues depuis longtemps et qu’elles ne sont donc pas nouvelles, pourquoi aucune procédure pénale n’a-t-elle été engagée jusqu’à présent ? Si elles étaient crédibles et si certains témoignages ou certaines publications faisaient apparaître des éléments susceptibles de constituer une infraction, pourquoi n’y a-t-il pas eu de suites ? », a souligné la défenseure des droits Anna Melikyan auprès d’Azatutyun.

« C’est la première question que l’auteur de ce rapport aurait dû se poser et tenter de vérifier : des démarches ont-elles été entreprises ? Ces accusations sont-elles crédibles ou non ? », a-t-elle ajouté.

La majeure partie des informations contenues dans ce document d’environ 80 pages provient d’articles de presse publiés à différentes périodes. Ainsi, pour étayer l’une des principales accusations visant le Catholicos – la violation de son vœu de célibat –, le rapport cite notamment un article du quotidien Hraparak vieux de plus de dix ans, ainsi que plusieurs interviews publiées par des médias proches du pouvoir et reprenant la même affirmation. Le document fait même référence à une publication du site Mamul.am dont l’auteur n’est pas identifié.

« Le rapport est rédigé à un niveau assez médiocre. Il est évidemment surprenant qu’un document publié par un organisme d’État puisse présenter un tel vocabulaire, une telle structure et une telle rédaction », estime pour sa part la défenseure des droits Zara Hovhannisyan.

« Le problème n’est évidemment pas seulement stylistique. Le langage du document rappelle essentiellement des publications de la presse à scandale ou, très souvent, des rumeurs colportées ici ou là », poursuit-elle.

Les auteurs du rapport soulignent qu’ils ont utilisé, pour sa préparation, « uniquement des informations connues du public, disponibles dans des sources ouvertes et accessibles légalement », en fournissant les références correspondantes.

Le directeur de l’organisme public financé par l’État et placé sous l’autorité du gouvernement a expliqué sur Facebook que ses services s’étaient contentés de regrouper et de systématiser les publications de presse avant de les confronter aux documents canoniques de l’Église.

Les défenseurs des droits rétorquent toutefois que la simple collecte d’informations provenant de sources ouvertes et de publications médiatiques ne garantit en rien leur fiabilité.

« L’un des principes garantissant la fiabilité des recherches, études ou enquêtes réalisées à partir de sources ouvertes est que l’information doit être vérifiée et vérifiable, afin que n’importe qui puisse procéder à cette vérification. Il ne suffit pas d’ouvrir un lien et de constater qu’un média a publié quelque chose. Il faut pouvoir s’assurer que ce qui est écrit correspond à la réalité et est fiable. Il faut donc disposer des sources, notamment des sources primaires, afin qu’en les confrontant entre elles, chacun puisse acquérir la conviction que les informations sont exactes », explique Anna Melikyan.

Après avoir pris connaissance de ce rapport, principalement élaboré à partir de publications de presse, le Premier ministre a qualifié de « crise » la situation au sein de l’Église.

Pourtant, lorsque des articles de presse concernent des membres de son propre camp, Nikol Pachinian semble leur accorder beaucoup moins de crédit. Il y a quelques mois, il les avait même qualifiés, à une occasion, de « tonnes de vieux papiers ».

« Nous n’avons aucune obligation de prendre pour argent comptant ce que vous dites. Envoyez ce dossier et les tonnes de vieux papiers qui l’accompagnent aux forces de l’ordre », avait déclaré le Premier ministre.

« Pourquoi aucune procédure n’a-t-elle été ouverte jusqu’à présent pour les faits de violences et de pédophilie ? »

Selon Zara Hovhannisyan, la méthodologie employée pour élaborer ce document permettrait de produire un rapport compromettant sur pratiquement n’importe quelle personnalité ou institution un tant soit peu publique.

Elle souligne que le document rédigé par cet organisme public ne contient ni faits vérifiés ni véritable analyse. L’accent y serait au contraire mis sur le sensationnalisme, le discrédit et la création d’un climat émotionnel. Selon elle, certaines personnes ont également été directement prises pour cible : des noms ont été rendus publics, y compris celui d’un enfant.

« Une autre question se pose : si un organisme public dispose de telles informations, pourquoi celles-ci n’ont-elles pas jusqu’à présent attiré l’attention des forces de l’ordre et pourquoi aucune procédure n’a-t-elle été engagée concernant de tels faits de violences et de pédophilie ? Pourquoi ce document rend-il publics de tels faits, qui plus est sans aucune précaution à l’égard de leur caractère sensible ? », s’interroge la défenseure des droits.

« Il n’est pas nécessaire qu’un rapport soit publié pour que le parquet ait connaissance de ces informations. Le système étatique devrait fonctionner autrement. Nous avons de sérieuses questions à poser aux forces de l’ordre et sur leur réaction. Si elles étaient au courant, pourquoi n’ont-elles pas vérifié ? Si elles ont vérifié, elles doivent alors expliquer ce qu’elles ont constaté et, le cas échéant, dire que ces accusations ont été réfutées », ajoute Anna Melikyan.

Il y a plus d’un an, Anna Hakobyan, l’épouse du Premier ministre, avait accusé certains membres du clergé de pédophilie. Depuis lors, le parquet général n’a jamais indiqué si une procédure pénale avait été ouverte ni ce que d’éventuelles investigations avaient permis d’établir.

Il y a quelques semaines encore, le Premier ministre Pachinian affirmait pourtant qu’une culture devait se développer au sein des forces de l’ordre afin que soient vérifiées les déclarations contenant des accusations contre une personne et que, le cas échéant, « quelqu’un finisse en prison ».

« Il faut que de telles déclarations conduisent quelqu’un en prison. Qui ? Celui qui est coupable », avait-il déclaré.

Interrogé pour savoir si les articles de presse activement relayés depuis un an par le parti Contrat civil avaient fait l’objet de vérifications et, dans l’affirmative, ce qu’elles avaient permis d’établir, le parquet a demandé que les questions lui soient adressées par écrit.

De son côté, l’Église apostolique arménienne a qualifié le rapport d’« anticonstitutionnel, anticanonique et illégal », affirmant considérer comme inacceptable « tout mouvement de réforme dicté par des approches politiques arbitraires, des manœuvres et des contraintes ».

 

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