Le Département d’État américain a nommé un entrepreneur américain d’origine russe à la présidence d’un fonds de 200 millions de dollars chargé de faciliter la création d’un corridor de transit géré par les États-Unis et traversant l’Arménie.
Le Premier ministre Nikol Pashinian s’était engagé à accorder aux États-Unis les droits exclusifs sur ce corridor lors de pourparlers avec le président américain Donald Trump et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, qui s’étaient tenus à la Maison Blanche en août dernier. Les responsables américains et arméniens ont ensuite défini les modalités pratiques de la « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), qui longerait la frontière entre l’Arménie et l’Iran et relierait l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan ainsi qu’à la Turquie.
Le vice-président américain JD Vance a évoqué la création du Tripp+ Enterprise Fund lors d’une visite à Erevan en février. Le quotidien britannique The Guardian a rapporté mardi que ce fonds serait dirigé par Konstantin Sokolov, un investisseur en capital-investissement d’origine russe basé à Chicago.
M. Sokolov fait partie des 36 donateurs privés qui auraient contribué au projet de salle de bal de la Maison Blanche de Donald Trump. Il a également versé plus de 12 millions de dollars aux campagnes du Parti républicain et à des groupes politiques au cours du second mandat de Donald Trump.
M. Sokolov a des intérêts commerciaux en Arménie, où il est copropriétaire, avec un autre investisseur étranger, de l’un des trois opérateurs de téléphonie mobile du pays. Plus tôt cette année, il aurait manifesté son intérêt pour le rachat d’une grande société minière arménienne détenue par une banque russe de premier plan, la VTB. Le mois dernier, la VTB a finalisé la vente de cette société à une entreprise enregistrée en Arménie et détenue par un entrepreneur dont l’identité reste inconnue.
Le Guardian a cité un porte-parole du Département d’État affirmant que le fonds Tripp+ de 201 millions de dollars est autorisé à octroyer des prêts, à réaliser des prises de participation et à accorder des subventions visant à promouvoir le développement stratégique du secteur privé non seulement dans le Caucase du Sud, mais aussi en Asie centrale.
Un accord américano-arménien signé le mois dernier prévoit la création d’une coentreprise qui gérera pendant au moins 49 ans une ligne ferroviaire, une route, des lignes d’approvisionnement en énergie et d’autres infrastructures qui seront construites le long du corridor. Le gouvernement américain détiendra 74 % de la TRIPP Development Company (TDC), qui bénéficiera des « droits exclusifs d’utilisation des terrains, des droits de développement, des autorisations connexes et de tous les autres droits » nécessaires à l’accord de transit.
L’Iran reste opposé au projet TRIPP, craignant qu’il n’entraîne une présence sécuritaire américaine le long de la frontière arméno-iranienne et ne sape le contrôle que l’Arménie exerce sur celle-ci. L’ambassadeur iranien en Arménie a indiqué le 8 juillet que le gouvernement arménien n’avait toujours pas répondu aux préoccupations « tout à fait légitimes et logiques » de Téhéran. Pashinian a clairement indiqué le lendemain qu’il restait déterminé à mettre en œuvre le projet TRIPP « dès que possible ».
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