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(Pendant 7 jours)

Un ancien ministre accusé de corruption voit sa détention prolongée, malgré l’aggravation de son état de santé

Quel qu’ait pu être le délit qu’il a commis, les images d’un accusé comparaissant visiblement agonisant devant les juges ont de quoi choquer. Mais le système judiciaire mis en place par le premier ministre arménien Nikol Pachinian a ignoré toute considération humanitaire pour poursuivre le procès intenté contre Gaguik Khatchatrian, un ancien ministre des finances et chef de l’administration fiscale aujourd’hui gravement malade, qu’il a jeté sur le banc, ou plutôt le lit, des accusés, pour des faits de corruption qu’il conteste avec le peu de force que lui laisse son état de santé qui ne cesse de se détériorer.

Car cet acharnement judiciaire, commencé en 2019 contre Khachatrian qui avait dirigé le comité des recettes de l’Etat arménien (SRC) de 2008 à 2014 avant d’occuper la fonction de ministre des finances de 2014 à 2016, semble devoir laisser la place depuis à un acharnement thérapeutique, tant paraît inquiétant l’état de santé de ce responsable de l’ancien régime, comparaissant devant la cour sur un lit médicalisé.

Arrêté une première fois en 2020, il avait été libéré contre caution l’année suivante. L’homme âgé de 70 ans, qui souffre d’une grave affection de la colonne vertébrale, a été arrêté à nouveau le 1er septembre dernier, sur la base de nouvelles accusations de corruption présentées contre lui par le parquet. Une vidéo de cette arrestation présentée par ses avocats le montre gémissant de douleur alors que des agents du Service de sécurité nationale (SSN) le déposent sur un brancard. Depuis lors, c’est sur un brancard qu’il assiste aux audiences de la cour.

Les avocats dénoncent le traitement inhumain infligé à leur client. De leur côté, les autorités concernées démentent qu’il soit trop malade pour être maintenu en détention. Nikol Pachinian, en écho, a mis en doute la gravité de la maladie de Khachatrian.

L’un de ses avocats, Yerem Sargsian, a critiqué la décision de la cour autorisant les autorités à prolonger la détention de Khachatrian, en invoquant l’absence de soins médicaux adéquats dans le milieu carcéral.

“Au moins, il devrait être placé en résidence surveillée car son seul objectif est de recevoir le traitement médical approprié, de bénéficier des soins prodigués par les membres de sa famille, d’avoir la visite de médecins et d’avoir aussi la capacité de faire certains exercices qui lui permettraient de retrouver une partie de sa force musculaire et de guérir les escarres”, a déclaré Sargsian devant les journalistes.

Khachatrian a été visé par des allégations de corruption tout au long de son mandat, ses détractreurs l’accusant d’avoir abuser de sa position pour devenir l’un des hommes les plus riches du pays. Ils en veulent pour preuves les intérêts commerciaux considérables de sa famille, notamment l’un des trois principaux opérateurs de télécommunications d’Arménie ainsi qu’un centre commercial. Khachatrian a démenti être propriétaire de ces actifs comme d’autres affaires d’ailleurs, affirmant qu’ils appartiennent à ses deux fils et à d’autres proches.

Le Comité d’enquête d’Arménie a aussi procédé à une perquisition dans la villa de Khachatrian le 1er septembre, pour y saisir des montres de luxe, des bijoux et quelque 70 toiles qui ont été par la suite déposées pour des raisons de sécurité et de conservation à la galerie nationale d’art d’Arménie. Ce musée national les a exposées quelques jours plus tard en septembre, non sans créer une polémique.

Les avocats de Khachatrian ont dénoncé cette exposition, inaugurée par le chef du Comité d’enquête ainsi que par la procureure-générale et le ministre de l’éducation d’Arménie, en invoquant une violation manifeste des droits de propriété. Ils font valoir que Khachatrian n’a à ce jour été reconnu coupable d’aucun délit.


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