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Opinion : Le regard critique qu’Aliev refuse par Bèrge Jololian

Un sommet consacré à la confiance est un lieu singulier pour narguer des prisonniers.

Pourtant, lors du sommet de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie, organisé à Bakou le 15 octobre, le président Ilham Aliev a comparé les procès d’anciens dirigeants du Haut-Karabakh à celui de Nuremberg, qualifié les accusés de « fascistes arméniens » et claironné qu’ils « boivent désormais du thé azerbaïdjanais dans nos prisons ». Il a ensuite décrit la paix avec l’Arménie comme fragile et nécessitant d’être protégée.

Cette contradiction résume le problème auquel font face l’Arménie et les gouvernements qui engagent leur crédibilité dans le processus de paix.

À ses partenaires internationaux, Aliev tient le langage du commerce, des liaisons régionales et de la réconciliation. Parallèlement, il entretient celui des menaces, de l’humiliation et des prétentions territoriales. Les deux se retrouvent parfois dans le même discours.

Cette diplomatie à la Jekyll et Hyde relève d’une méthode politique. Les assurances attirent la coopération. L’intimidation maintient la pression sur l’Arménie. L’hostilité fournit à la population un ennemi, même après la victoire.

Pour Washington et les capitales européennes, la question est de savoir si leur engagement fait évoluer cette conduite ou s’il les conduit à fermer les yeux sur elle.

Qu’est-ce qui a changé après Washington ?

L’accord paraphé à Washington le 8 août 2025 fournit un critère clair. Son texte reconnaît la souveraineté et les frontières des deux pays, rejette les revendications territoriales et les menaces de recours à la force, et engage les deux États à combattre la haine raciale et la discrimination.

Ces engagements comptent, car la paix doit finir par modifier les actes des gouvernements et les attentes qu’ils suscitent chez leurs citoyens.

En janvier 2025, avant Washington, Aliev qualifiait l’Arménie d’« État fasciste ». Évoquant ce qu’il présentait comme le fascisme arménien, il déclarait : « Soit les dirigeants arméniens le détruiront, soit nous le ferons. » Plus d’un an après Washington, dans son discours du 2 octobre devant le congrès de son parti, il imaginait un arc de victoire azerbaïdjanais au centre d’Erevan, présentant son absence comme la preuve de sa capacité à maîtriser ses émotions.

Pour ceux d’entre nous qui vivent à Erevan, cette ville est notre foyer. Évoquer sa conquête ne devient pas rassurant simplement parce que celui qui en parle affirme y avoir renoncé.

Des mesures concrètes de coopération ont été prises. En octobre, les deux gouvernements ont discuté d’un renforcement de leur travail sur les personnes disparues. Ces efforts méritent d’être soutenus : des deux côtés, les familles ont besoin de réponses. Mais l’accord de paix reste à signer, et une coopération utile n’efface pas les propos menaçants.

Le 21 octobre, le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan a reconnu que des responsables azerbaïdjanais continuaient à tenir des propos qui compromettaient la construction de la paix. Il a néanmoins défendu la poursuite des efforts de normalisation. Pour l’Arménie, la question concrète était de savoir s’il fallait continuer à travailler malgré ces difficultés ou abandonner les progrès déjà accomplis.

L’Arménie a donné une traduction diplomatique concrète à sa politique de paix. Elle a reconnu l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, y compris le Haut-Karabakh, et s’est jointe à Bakou pour demander la clôture du processus de Minsk de l’OSCE. Cette clôture a été achevée en novembre 2025. Ces décisions de fond visaient à rendre possible une paix négociée. Elles appellent une conduite réciproque de l’Azerbaïdjan et un soutien durable des partenaires de l’Arménie.

Tel est le difficile travail de la diplomatie sous pression. Le gouvernement arménien doit rechercher des accords tout en renforçant la capacité du pays à se défendre. Ses partenaires doivent l’aider à rendre cette démarche viable en s’opposant à l’intimidation et en exigeant le respect de la souveraineté arménienne. La responsabilité des menaces d’Aliev incombe à Aliev ; ces menaces rendent plus urgent le soutien à la sécurité et à la diplomatie de l’Arménie.

Les cartes derrière les mots

La campagne d’Aliev autour de l’« Azerbaïdjan occidental » rend impossible d’écarter la question territoriale.

Le 3 novembre 2025, après Washington, il a demandé à la communauté scientifique azerbaïdjanaise de produire davantage de recherches, d’expositions, de présentations et de cartes historiques à l’appui du retour des Azerbaïdjanais dans l’Arménie actuelle.

Cet appel s’inscrit dans un récit territorial plus vaste. Aliev désigne l’Arménie actuelle comme l’« Azerbaïdjan occidental » et sa province méridionale du Siounik, frontalière de l’Iran, comme le « Zanguezour occidental ». Erevan devient « Irevan » et le lac Sevan, « Goycha ». Il présente ces lieux comme des terres historiquement azerbaïdjanaises et associe cette affirmation à une campagne de retour conduite par l’État.

« Nous devons retourner sur nos terres historiques, non pas dans des chars, mais en automobile », a-t-il déclaré.

La référence aux automobiles ne dissipe pas l’inquiétude. Le gouvernement proameut une campagne de retour tout en décrivant la république voisine comme un territoire historiquement azerbaïdjanais.

Ce récit territorial a une histoire familiale. En janvier 1998, Heydar Aliev, alors président de l’Azerbaïdjan et père d’Ilham, décrivait des terres situées en Arménie comme des territoires perdus par l’Azerbaïdjan. « Les territoires historiques de l’Azerbaïdjan doivent être récupérés », déclarait-il. « Les générations futures les récupéreront si nous n’y parvenons pas. » Ces propos précèdent de loin l’arrivée de Pachinian au pouvoir et les récents partenariats de défense de l’Arménie.

Ilham a succédé à son père en 2003. En 2017, il a nommé son épouse, Mehriban Alieva, première vice-présidente. À Bakou, le pouvoir est resté une affaire de famille. Le discours territorial s’est lui aussi perpétué : sa persistance après Washington se prête donc difficilement à l’explication d’un simple dérapage isolé.

Dans un message de mai 2025, Aliev a nié que le retour des Azerbaïdjanais implique une revendication territoriale. Pourtant, dans ce même message, il présentait ce retour comme une condition essentielle à la paix régionale et décrivait des territoires du sud de l’Arménie comme des terres arrachées à l’Azerbaïdjan. Son démenti doit être apprécié à la lumière de ces affirmations.

Une démarche crédible en faveur du retour doit également prendre en compte les Arméniens chassés d’Azerbaïdjan.

Human Rights Watch estimait qu’environ 350 000 Arméniens avaient quitté l’Azerbaïdjan à la suite des violences antiarméniennes, notamment des pogroms de Soumgaït en 1988 et de Bakou en 1990. Beaucoup avaient abandonné leur logement et leurs biens. Ces communautés étaient distinctes de la population arménienne du Haut-Karabakh, qui comptait environ 145 000 personnes, soit près des trois quarts de ses habitants, selon le recensement de 1989.

Le même rapport de Human Rights Watch estimait qu’en 1989, quelque 160 000 Azerbaïdjanais avaient déjà été contraints de fuir l’Arménie. Leur déplacement mérite lui aussi d’être reconnu.

La question à poser à Aliev est simple : quels droits équivalents et quelles garanties crédibles de sécurité est-il prêt à offrir aux Arméniens déplacés ?

Leurs maisons et leurs histoires familiales ne peuvent disparaître du débat parce qu’elles compliquent le récit privilégié par Bakou.

Les droits appartiennent aux personnes. Ils ne doivent pas devenir des instruments pour redessiner les cartes.

Le même principe s’applique aux transports. Au Forum mondial des médias de Choucha, en juillet 2026, Aliev continuait de désigner la liaison envisagée à travers l’Arménie comme le « corridor de Zanguezour ». Le cadre arméno-américain du projet TRIPP, la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales », préserve expressément la souveraineté et la juridiction de l’Arménie, notamment sur les frontières et les douanes.

Le mot « corridor » ne détermine pas, à lui seul, le statut juridique d’une liaison. Les questions décisives sont de savoir qui exerce l’autorité, quelles lois s’appliquent et si le passage repose sur le consentement.

L’Arménie peut ouvrir des routes sans mettre sa souveraineté en négociation.

La paix ne peut exiger la faiblesse de l’Arménie

La distinction entre coopération et soumission importe tout autant en matière de défense.

Dans son entretien de janvier 2025, Aliev exigeait que l’Arménie cesse de s’armer, que la France et les autres fournisseurs annulent leurs contrats et que les armes déjà livrées soient restituées. En septembre 2026, devant des responsables religieux en visite, il soulignait de nouveau la puissance militaire croissante de l’Azerbaïdjan et l’importance de la formation militaire.

Le déséquilibre est manifeste : l’Azerbaïdjan présente sa propre puissance militaire comme une garantie de souveraineté, tout en considérant les efforts de l’Arménie pour acquérir des capacités de défense comme un motif de suspicion.

L’achat d’armes ne suffit pas à établir une intention d’attaquer. Mais exiger la faiblesse d’un voisin tout en lui rappelant sa propre supériorité militaire instaure un rapport de contrainte.

L’Arménie a besoin de diplomatie et d’une défense crédible. Une meilleure formation, des équipements fiables et des institutions militaires tenues de rendre des comptes peuvent l’aider à négocier sans que chaque désaccord se déroule sous la menace d’une nouvelle attaque.

Un processus de paix doit réduire cette pression. Il ne doit pas la consacrer.

Les témoins que Bakou discrédite

L’observation indépendante aide à distinguer les assurances de la réalité.

La Mission de l’Union européenne en Arménie est une mission civile non armée. Elle observe la situation sur le terrain, en rend compte et contribue à la sécurité et à la confiance dans les communautés frontalières. Le 10 mai, Aliev s’est moqué de ses observateurs : « Si nous tirions un seul coup de feu, ils prendraient immédiatement la fuite. »

Leur mission n’est pas de combattre l’Azerbaïdjan. Elle est d’observer.

Cette distinction compte. Lorsque des gouvernements donnent des versions contradictoires d’événements survenus le long d’une frontière, des observations indépendantes offrent aux diplomates une base plus solide que des accusations réciproques.

Bakou a réagi de manière comparable à l’examen de sa conduite par des parlementaires. Le 1er mai, le Parlement azerbaïdjanais a annoncé qu’il rompait ses relations avec le Parlement européen après des critiques concernant les prisonniers arméniens et les droits des Arméniens du Haut-Karabakh.

Lors du Forum mondial des médias de Choucha du 13 juillet 2026, dont le thème comprenait « Rétablir la vérité et reconstruire la confiance », Aliev a déclaré que l’Azerbaïdjan ne reconnaissait pas les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Il a également affirmé que son gouvernement avait envisagé de quitter le Conseil de l’Europe, mais avait suspendu cette démarche à la suite d’un appel de son secrétaire général.

La contradiction était frappante : un forum consacré à rétablir la confiance devenait une tribune pour rejeter un contrôle judiciaire indépendant.

Le 8 octobre, le Parlement azerbaïdjanais a rejeté une nouvelle résolution du Parlement européen sur les droits humains, accusé l’institution de partialité et d’ingérence, et présenté ses critiques comme un obstacle à la normalisation arméno-azerbaïdjanaise.

Demander des comptes devient ainsi le prétendu ennemi de la paix.

Les institutions européennes peuvent être critiquées. Leurs conclusions doivent être examinées. Mais rompre les relations et s’attaquer à leur légitimité ne répond pas aux éléments concernant les prisonniers, la répression ou la destruction du patrimoine.

Un gouvernement qui demande aux autres de faire confiance à ses intentions doit s’attendre à des questions. La paix ne peut dépendre de l’engagement de tous à ne plus en poser.

Les prisonniers doivent aussi bénéficier de la paix

Pour les prisonniers arméniens et leurs familles, le décalage entre les célébrations diplomatiques et la vie quotidienne est particulièrement cruel.

En février 2026, Rouben Vardanian a été condamné à vingt ans de prison. Amnesty International a dénoncé les procédures engagées contre lui et d’autres accusés d’origine arménienne, évoquant le jugement de civils par des tribunaux militaires, des audiences pratiquement à huis clos et des éléments de preuve insuffisamment traduits.

Ces questions touchent aux fondements mêmes de la justice. Comparer ces procès à Nuremberg, comme le fait le président, ne répond à aucune de ces questions.

En septembre, Human Rights Watch a rapporté les allégations de Vardanian selon lesquelles les prisonniers arméniens étaient privés de contacts réguliers avec leurs familles, d’une activité physique suffisante et d’examens médicaux. L’organisation a expressément indiqué ne pas avoir pu vérifier ces allégations de manière indépendante ; la commissaire azerbaïdjanaise aux droits de l’homme les a rejetées.

Un accès indépendant est précisément ce qui peut permettre d’établir les faits.

L’Azerbaïdjan a fermé la délégation du Comité international de la Croix-Rouge en septembre 2025. Selon Human Rights Watch, des représentants basés à Genève ont rendu visite aux prisonniers en décembre de la même année, mais ces visites sont devenues moins régulières. Le problème est donc la régularité de cet accès ; il ne s’agit pas d’affirmer que toute visite a cessé.

Leur libération doit rester un objectif diplomatique central. Exiger des soins médicaux, des contacts familiaux et des visites indépendantes protège ces personnes pendant que les efforts se poursuivent pour les ramener chez elles. Cela ne revient pas à légitimer leur emprisonnement.

Si Bakou veut que l’on croie en sa justice, il doit accepter l’examen indépendant qui permettrait de l’évaluer. Les prisonniers ne doivent pas devenir des trophées exhibés dans des discours sur la paix.

Les Azerbaïdjanais dont la paix aura besoin

Ce même système punit des Azerbaïdjanais qui pourraient contribuer à construire une autre relation avec l’Arménie.

Le chercheur et militant pour la paix Bahruz Samadov reste emprisonné après sa condamnation à quinze ans de prison en juin 2025. Le 25 septembre 2026, Amnesty International a renouvelé son appel à sa libération immédiate et sans condition. L’organisation estime que les accusations de trahison liées à son militantisme pacifique et à ses contacts avec des Arméniens ont été fabriquées.

Son cas révèle une contradiction particulièrement nette. Le gouvernement négocie avec l’Arménie, tandis qu’un citoyen qui prônait le dialogue avec des Arméniens reste derrière les barreaux.

La répression s’est poursuivie depuis Washington. Le 7 septembre, le défenseur des droits humains Anar Mammadli a été condamné à treize ans de prison. Amnesty l’a qualifié de prisonnier d’opinion et a déclaré que l’accusation n’avait présenté aucun élément de preuve crédible des infractions alléguées. Sa condamnation faisait suite aux lourdes peines prononcées contre des personnes liées à Toplum TV et à d’autres initiatives indépendantes.

L’enjeu dépasse la politique intérieure de l’Azerbaïdjan.

Une paix durable a besoin de journalistes capables d’enquêter sur les affirmations officielles, de chercheurs qui puissent interroger les hostilités héritées du passé et de citoyens libres de dialoguer de part et d’autre de la frontière sans craindre des poursuites.

Ces Azerbaïdjanais montrent aussi pourquoi il faut refuser toute culpabilité collective. Ils ne sont pas le prolongement du gouvernement Aliev. Certains ont payé un lourd tribut pour l’avoir contesté.

L’ensemble de ces faits suggère qu’Aliev veut obtenir les bénéfices internationaux de la paix tout en conservant, à l’intérieur du pays, une politique fondée sur l’hostilité.

L’Arménie ne peut faire dépendre sa sécurité d’une démocratisation de l’Azerbaïdjan. Mais réduire au silence ceux qui sont les plus disposés à remettre en cause une inimitié permanente rend la construction d’un voisinage pacifique plus difficile.

L’histoire ne peut pas être effacée

Le traitement du patrimoine arménien offre un autre critère d’évaluation qui peut faire l’objet de vérifications indépendantes.

Dans son rapport d’octobre 2026, Caucasus Heritage Watch a documenté la destruction de quatre sites après la rencontre de Washington : le mémorial du génocide arménien, l’église Saint-Jacques et la cathédrale de la Sainte-Mère-de-Dieu à Stepanakert, ainsi que le vieux cimetière arméno-russe de Choucha.

Les images satellites situent la destruction des trois sites de Stepanakert entre le 12 octobre 2025 et le 25 avril 2026, et celle du cimetière en mai 2026. Ces destructions ont eu lieu pendant le processus de paix. Il ne s’agit pas simplement de dommages hérités d’une guerre antérieure.

Les visites diplomatiques ne sauraient remplacer ce type d’examen indépendant.

En septembre, le conseiller présidentiel Hikmet Hadjiev a montré à des diplomates en visite à Gandzasar des pages blanches dans des reproductions de manuscrits, en les présentant d’une manière qui mettait en doute l’histoire arménienne. Le Matenadaran, l’institut des manuscrits d’Arménie, a expliqué qu’il s’agissait de copies destinées à l’exposition : certaines doubles pages avaient été reproduites pour être présentées au public, tandis que les autres pages étaient restées blanches. L’institut a montré les originaux correspondants et accueilli à Erevan le représentant régional de l’Union européenne.

Les originaux étaient disponibles. Il suffisait de les examiner pour vérifier l’affirmation historique avancée.

Aliev s’est aussi adressé à des publics religieux dans des termes susceptibles d’élargir l’hostilité. Le 15 septembre, devant des responsables religieux musulmans en visite, il a présenté les profanations de mosquées qu’il attribuait aux Arméniens comme une insulte à l’ensemble du monde islamique. Dans le même discours, il s’est dit confiant dans une paix durable avec l’Arménie.

Les atteintes au patrimoine religieux azerbaïdjanais méritent des enquêtes honnêtes. Transformer des allégations en une accusation générale contre l’État arménien devant un public religieux poursuit un autre objectif : encourager un public plus large à regarder l’Arménie avec suspicion.

La réconciliation suppose de laisser à un ancien ennemi la possibilité de devenir un voisin. Elle devient plus difficile lorsque les gouvernements continuent à présenter ce voisin comme une menace permanente pour leur civilisation.

Conditionner les partenariats à des résultats vérifiables

Washington et les capitales européennes ont des raisons de coopérer avec l’Azerbaïdjan. L’énergie, les transports et la stabilité régionale sont des intérêts légitimes. Une conduite fiable protège mieux ces intérêts que des assurances impossibles à vérifier de manière indépendante.

L’approfondissement de cette coopération devrait dépendre de résultats précis : la libération des prisonniers arméniens, un accès humanitaire régulier tant qu’ils restent détenus, une surveillance indépendante du patrimoine, la fin des intimidations territoriales officielles et la liberté des défenseurs pacifiques du dialogue.

Ces partenaires devraient soutenir la défense et la souveraineté de l’Arménie, tout en exigeant des mesures concrètes qui réduisent le risque d’une nouvelle guerre.

Des voix défendent déjà cette approche. Un communiqué du bureau du sénateur Adam Schiff, publié le 9 octobre, a annoncé une lettre bipartisane soutenue par plus d’une centaine de membres du Congrès. Elle appelait le secrétaire d’État Marco Rubio à obtenir la libération des prisonniers arméniens, à agir sur la présence militaire azerbaïdjanaise à l’intérieur de l’Arménie et à suspendre l’aide militaire si Bakou continuait de compromettre les négociations. La lettre contestait expressément le maintien de la dérogation aux restrictions prévues par la section 907.

Ces exigences devraient s’inscrire dans une politique suivie. Les décisions d’aide doivent reposer sur des éléments probants et des conditions dont le respect peut être exigé. Des sanctions ciblées contre les responsables de graves violations ou de faits de corruption devraient rester possibles, avec des motifs précis et des conditions claires pour leur levée.

L’objectif est de rendre la coercition coûteuse et la coopération avantageuse.

Aliev porte la responsabilité de ses menaces. Leur persistance ne fait pas de la recherche de la paix par l’Arménie une erreur. Elle rend plus urgents les efforts internationaux pour contenir l’Azerbaïdjan et le soutien à la capacité de l’Arménie de négocier et de se défendre.

La diaspora devrait soutenir les efforts du gouvernement arménien pour assurer la paix, renforcer la défense et préserver la liberté d’action de la République. Les désaccords avec Pachinian ne doivent pas masquer l’origine des menaces examinées ici, ni transformer une agression extérieure en une nouvelle accusation contre le gouvernement qui y fait face.

Ce soutien peut prendre des formes concrètes : des dossiers documentés destinés aux parlementaires, une mobilisation suivie pour les prisonniers, un appui aux chercheurs et aux journalistes indépendants, ainsi que des investissements dans les capacités de l’Arménie.

Notre action devrait pousser les partenaires de l’Arménie à contenir l’Azerbaïdjan tout en aidant l’Arménie à se donner les moyens de négocier, de se défendre et de choisir son propre avenir.

Aliev demande au monde de reconnaître la paix qu’il affirme avoir instaurée.

Le monde doit exiger de pouvoir l’examiner.

 

Bèrge Jololian est un professionnel arméno-américain de l’informatique et de la cybersécurité, établi entre Erevan, en Arménie, et Watertown, dans le Massachusetts. Ses analyses portent sur l’État arménien et sa souveraineté, les relations entre la République et la diaspora, la sécurité régionale et les choix stratégiques auxquels sont confrontés les petits États.

 

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