Le Groupe indépendant d’observation tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : les conditions de détention à la prison de Nubarachen sont inhumaines, en particulier dans les sous-sols où se trouvent les cellules disciplinaires et celles des détenus en grève de la faim.
« Pour le dire sobrement, il s’agit d’un traitement inhumain. Si l’on veut être plus direct, c’est un traitement assimilable à de la torture », a déclaré la défenseure des droits humains Zarouhi Hovhannissian.
Les membres du groupe d’observation se sont récemment rendus à la prison de Nubarachen et ont rencontré trois détenus ayant entamé une grève de la faim. Selon Zarouhi Hovhannissian, tous contestent les accusations portées contre eux. L’un refuse de s’alimenter depuis plus de dix jours, les deux autres depuis plus d’un mois.
Pourquoi un citoyen déjà privé de liberté devrait-il subir une double peine en prison ? La militante souligne que les mauvaises conditions de détention constituent une sanction supplémentaire contraire aux droits humains et que l’État n’a pas le droit d’infliger une telle punition.
« La température dans la cellule était très basse et l’humidité importante. Ils avaient dû demander un chauffage malgré la saison pour pouvoir s’allonger sans manteau. Pendant une grève de la faim, la température corporelle et la sensibilité au froid changent également », explique-t-elle.
Selon elle, si la détention provisoire n’était pas utilisée de manière aussi systématique, Nubarachen disposerait davantage de cellules libres et les grévistes de la faim ne seraient pas envoyés dans ces sous-sols froids et sombres. Lorsqu’ils ouvrent une fenêtre, l’odeur des toilettes de la cellule se mélange à celle des déchets entassés à l’extérieur.
« Surtout dans les sanitaires, il y avait une importante couche de moisissure sur les murs, signe d’un état d’insalubrité avancé. D’après les détenus, de l’eau s’était infiltrée dans cette zone. Nous avons même vu un chiffon posé devant la porte après une fuite provenant des toilettes », poursuit Zarouhi Hovhannissian.
Tout juste libéré de la prison de Nubarachen, l’Artsakhiote Arthur Ossipian avait lui aussi décrit les conditions de détention des grévistes de la faim.
Des problèmes dénoncés depuis des années
Le groupe d’observation a publié le 16 juin des photographies prises lors de sa visite. Si, par rapport aux années précédentes, certaines cellules ont été carrelées et les murs repeints, ni l’humidité ni les mauvaises odeurs n’ont disparu. Les clichés montrent des toilettes sales, des murs dont l’enduit s’effrite et des sols fortement usés.
Depuis une décennie, les défenseurs des droits humains réclament la fermeture de la prison de Nubarachen. Selon eux, même après rénovation, l’humidité du bâtiment persiste et les canalisations restent vétustes. En attendant sa fermeture, ils demandent au moins que les détenus ne soient plus placés dans les sous-sols.
« Il s’agit d’un niveau semi-enterré. Les fenêtres sont à moitié sous le niveau du sol et la lumière naturelle est pratiquement inexistante. C’est un environnement idéal pour les rongeurs, les cafards, divers insectes et la propagation de maladies », affirme la militante.
La ministre de la Justice, Srbouhi Galyan, reconnaît les problèmes du système pénitentiaire mais assure que des réformes sont en cours : « Les conditions dans nos établissements pénitentiaires sont ce qu’elles sont, mais nous les améliorons continuellement. »
Dans une réponse adressée aux observateurs, le vice-ministre de la Justice, Gevorg Kocharyan, rappelle que la prison a été construite il y a quarante ans selon les normes soviétiques. Malgré les travaux réguliers, l’absence de système de ventilation empêche, selon lui, d’éliminer définitivement l’humidité.
Le vice-ministre affirme également que certains problèmes d’égouts sont aggravés par les détenus eux-mêmes, qui y jettent divers objets. Il ajoute que les prisonniers seraient aussi responsables de l’accumulation de déchets à l’extérieur de l’établissement.
Enfin, il a indiqué que les détenus en grève de la faim avaient désormais été transférés dans des cellules offrant de meilleures conditions de détention.
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