« Que personne n’ose dire qu’il existe encore une Assemblée nationale du Karabakh ou un gouvernement du Karabakh en Arménie, sinon je vous éradiquerai tous. » Quelques jours après ces menaces du dirigeant arménien, une décision de justice est venue confirmer une nouvelle étape : le dernier bien immobilier de l’Artsakh, le bâtiment de sa représentation à Erevan, ne lui appartient plus. Le tribunal a fait droit à la demande du parquet et a annulé le droit de propriété de l’Artsakh sur cet immeuble.
Nikol Pachinian, qui considère que parler de la question du Karabakh constitue un risque de guerre, avait déjà déclaré l’an dernier que ce bien devait appartenir à l’État arménien. Le parquet avait saisi la justice dès l’année dernière afin de faire invalider ce droit de propriété. La décision a été rendue publique cette semaine.
Pendant des décennies, ce bâtiment a servi de représentation officielle de l’Artsakh. Après l’exode forcé de sa population arménienne, d’anciens responsables et les personnes chargées des dossiers concernant l’Artsakh y ont poursuivi leur activité. Les déplacés de force de l’Artsakh sont les premiers à frapper à ses portes pour exposer leurs difficultés et leurs problèmes. Nikol Pachinian n’a jamais expliqué pourquoi il s’oppose à ce que les anciens responsables de l’Artsakh continuent d’y travailler.
« C’est l’une des décisions visant à déraciner tout ce qui est lié à l’Artsakh. Il était prévisible qu’un tel jugement soit rendu. Il s’agit d’une décision manifestement illégale et infondée ; aucun fondement juridique ne la justifie. Elle a été prise pour des raisons purement politiques », a déclaré Artak Beglaryan, président de l’Union de l’Artsakh.
Cette décision ne l’a pas surpris. Selon lui, toutes les juridictions rendront le même verdict si Pachinian est réélu : « S’il ne reste pas au pouvoir, il y a un espoir que les tribunaux puissent enfin rendre des décisions impartiales et objectives. »
Les intéressés n’entendent pas s’incliner et feront appel devant la Cour d’appel. Une partie de l’immeuble, soit 33 mètres carrés, avait été mise gratuitement à la disposition de l’organisme de crédit « Fides ». Selon l’avocat Roman Yeritsyan, le tribunal refuse d’associer le gouvernement de l’Artsakh à la procédure. C’est par l’intermédiaire de cette organisation qu’il défend devant les tribunaux le droit de propriété de l’Artsakh.
« Ce bâtiment possède une valeur symbolique pour les Arméniens de l’Artsakh. C’est notre dernier bien tangible », souligne Beglaryan.
Nikol Pachinian, qui considère la question du Karabakh comme définitivement close, juge impossible le retour des déplacés et les exhorte à s’installer durablement en Arménie. Pour Artak Beglaryan, la volonté de retirer à l’Artsakh ce dernier bien immobilier s’inscrit dans la continuité de cette politique.
« Ils veulent détruire tout ce qui est lié à l’Artsakh et, à travers cela, porter atteinte à notre identité et à notre mémoire », affirme-t-il.
Ancien haut responsable de l’Artsakh, aujourd’hui engagé dans la défense des droits des déplacés, Beglaryan est convaincu qu’en cas de réélection de Pachinian, la pression contre les Arméniens de l’Artsakh qui défendent leurs droits s’accentuera encore. Il tire cette conclusion des déclarations et des actes du Premier ministre arménien.
« La lutte menée contre les Arméniens de l’Artsakh va se poursuivre avec davantage de vigueur, à travers la propagande de haine mais aussi différentes formes de répression. Nous craignons que, sous son gouvernement, la défense de nos droits devienne incomparablement plus difficile et que nous soyons confrontés à des privations encore plus importantes. Les régimes d’Aliev et de Pachinian mènent main dans la main leur combat contre les droits et l’identité du peuple de l’Artsakh, en poursuivant le même objectif, en diffusant des messages coordonnés et en appliquant les mêmes méthodes. »
Après cette décision de première instance, on ignore encore si les anciens responsables de l’Artsakh seront empêchés de se réunir dans ce bâtiment. Aucune injonction de quitter les lieux ne leur a encore été notifiée.
Les militants engagés dans la défense des droits des Arméniens de l’Artsakh continuent néanmoins de s’y réunir. Ils devaient d’ailleurs y débattre ce soir de la question de leur droit de vote.
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