« Ils m’ont gardée 29 heures dans un commissariat, de nuit, dans une pièce sombre, pieds nus. Ils ne m’ont pas donné d’eau pendant 29 heures. J’ai passé toute la nuit à frapper à la porte », raconte une Arménienne souhaitant rester anonyme.
Partie en Russie pour travailler, elle a été arrêtée avec un autre citoyen arménien parce qu’elle n’était pas enregistrée officiellement comme employée. Elle affirme pourtant avoir signé un contrat comportant un cachet, une signature et ses données de passeport. « Comment aurais-je pu savoir que mon employeur russe ne m’avait pas déclarée afin d’échapper aux impôts ? Lui a été condamné à une amende, et moi j’ai été expulsée. »
Le lendemain de son arrestation, des policiers lui auraient demandé de signer des documents relatifs à son expulsion. « Ils m’ont dit : « Signe ces papiers, tu pars pour l’Arménie ». J’ai répondu que je ne comprenais pas bien le russe, que j’avais besoin d’un interprète et d’un avocat. Je leur ai dit que je ne signerais rien. Ils m’ont répondu : « Alors tu resteras sans eau ». Après avoir demandé de l’eau dans plusieurs bureaux sans succès, j’ai fini par signer. »
Après plusieurs heures au commissariat, elle a été transférée dans un centre de rétention pour étrangers. « C’était une véritable prison. On nous donnait une nourriture pour cochons. Je ne buvais que de l’eau chaude et mangeais du pain. »
Elle y est restée environ un mois avant d’être expulsée vers l’Arménie. « Quatre policiers m’ont escortée comme si j’étais un dangereux criminel. Ils avaient des matraques et des pistolets à impulsion électrique. Je leur demandais en riant pourquoi ils étaient autant armés pour escorter une femme et un jeune homme. »
Depuis son retour, elle affirme : « Je ne quitterai plus jamais l’Arménie. Je ne retournerai pas là-bas. Qu’est-il arrivé à mon pays ? »
Dans le centre de rétention, elle dit avoir rencontré un jeune Arménien qui, après plusieurs mois d’enfermement et d’incertitude, aurait accepté de partir combattre en Ukraine.
Selon son témoignage, certains détenus croyaient qu’en acceptant un contrat militaire, ils pouvaient obtenir la libération d’une autre personne détenue. Le jeune homme lui aurait demandé ses informations personnelles avant de disparaître quelques jours plus tard. « Il disait : « Je vais mourir ici si je reste ». Trois jours avant mon départ, il a disparu. J’ai pensé qu’on l’avait envoyé au front. Aujourd’hui encore, je me demande s’il n’a pas donné mon nom. »
La femme affirme également qu’un policier russe lui aurait déclaré durant son transfert vers l’aéroport : « Tout cela, c’est la faute de votre Pachinian. »
Elle dit avoir ressenti une forme d’hostilité envers les Arméniens.
Interrogé récemment sur les expulsions possibles d’Arméniens depuis la Russie, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a répondu que les citoyens devaient respecter les lois des pays où ils résident : « Si quelqu’un séjourne illégalement sur le territoire d’un autre État, tous les pays procèdent à des expulsions. »
Parallèlement, Moscou a laissé entendre que si l’Arménie quittait l’Union économique eurasiatique pour se rapprocher de l’Union européenne, les avantages dont bénéficient actuellement les citoyens arméniens pour entrer en Russie pourraient être remis en question.
Selon l’experte en migration Tatevik Bejanyan, les règles se sont considérablement durcies ces dernières années. Les travailleurs doivent notamment s’enregistrer rapidement, passer des examens médicaux et respecter de nombreuses obligations administratives sous peine d’être inscrits dans un registre spécial de contrôle migratoire.
D’après ses données, environ 20 000 citoyens arméniens faisaient l’objet, fin avril, d’une interdiction d’entrée en Russie pour une durée minimale de cinq ans.
L’experte indique également que le nombre d’Arméniens partant travailler en Russie a chuté d’environ 30 % en deux ans et demi, passant d’environ 100 000 à 70 000 personnes.
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