Dans le district d’Avan, le Premier ministre Nikol Pachinian, qui conduit la liste du parti au pouvoir Contrat civil, a entamé son échange avec les habitants par une déclaration d’amour, évoquant les valeurs nobles que sont l’amour, l’éducation et l’harmonie… Mais quelques minutes plus tard, le ton du chef du gouvernement s’est durci.
« Ils veulent mettre le peuple dans la position d’une prostituée », a lancé Pachinian. Par « ils », le Premier ministre visait les trois principales forces de l’opposition, qu’il a qualifiées aujourd’hui de « monstre à trois têtes », en leur attribuant une nouvelle caractérisation :
« Il faut couper les racines de ces distributeurs de pots-de-vin électoraux. Ils donnent de l’argent aux gens, établissent des listes, puis, derrière leur dos, ils les traitent de chiens et de vauriens, décrivant ensuite des relations de prostituée à client. Voilà leur vision de l’Arménie », a déclaré Nikol Pachinian dans son discours.
Lui, en revanche, assure être le serviteur du peuple. Aux habitants d’Avan, il a demandé, lors de ces élections, de défendre la paix, que l’opposition, selon lui, chercherait à « tuer ». Il a de nouveau laissé entendre qu’une guerre éclaterait si la paix qu’il négocie avec l’Azerbaïdjan devait être renégociée.
« Vous voulez brandir la force, mais ils brandiront aussi la force contre notre pays. Qui ira se battre ? Aucun des six conscrits de Kalouga n’a servi dans l’armée, les fils de Robert Kotcharian ont servi rue Nalbandian à Erevan, et le fils de Gaguik Tsaroukian a derrière lui un grand parcours militaire… à tirer sur les gens à Arrinj, à Avan, à Erevan… », a affirmé Pachinian durant sa campagne.
Quelques jours plus tôt, c’est le ministre de la Défense qui avait évoqué les descendants du milliardaire d’opposition Samvel Karapetian, demandant pourquoi aucun des garçons de cette famille n’avait été blessé ou tué pour l’Arménie. Plus tôt encore, le Premier ministre avait menacé le fils recherché du dirigeant du Parti Arménie prospère en déclarant : « Gaguik Tsaroukian, ta langue est devenue trop longue, on va attraper ton gamin ». Quant au duel à distance entre Robert Kotcharian et Pachinian, il a depuis longtemps dépassé les limites du langage littéraire.
Interrogé aujourd’hui par « Azatutyun » sur le degré de dégradation du débat public, le président de l’Assemblée nationale, Alen Simonyan, également présent à la campagne du parti au pouvoir, a renvoyé la responsabilité vers l’opposition :
« On tente d’imposer une échelle faite de mots comme “Turc”, “traître”, “vendeur de terres”, “larbin”. C’est Robert Kotcharian qui a utilisé le premier certains de ces termes, et il y a eu une réaction en retour. Ensuite, il a compris qu’il devait rester tranquille, et il reste relativement tranquille. Tant qu’il reste tranquille, ce vocabulaire n’est pas utilisé… Et puis, excusez-moi, augmenter sans cesse les chiffres des morts… Nous avons été dans l’opposition : avons-nous déjà dit qu’il n’y avait pas 10 morts liés au 1er mars sous Robert Kotcharian mais 11 ? Comment peut-on parler de “plus de 5000 morts” quand un dossier pénal fixe précisément le chiffre à 3833 ? Tous ceux qui disent cela sont des canailles », a déclaré le président du Parlement.
Plus tôt, les opposants avaient eux-mêmes rétorqué que c’était le pouvoir qui générait le discours de haine.
« Ils parlent toujours de morts, ils ramènent toujours les morts dans le débat », a déclaré Narek Karapetian, tête de liste de « Arménie forte ».
De son côté, Robert Kotcharian a affirmé : « Ce qu’il fait [en parlant du Premier ministre Nikol Pachinian], c’est un discours de haine dirigé contre le peuple, qui offense des milliers de personnes. C’est cela qui doit recevoir une réponse. »
Pendant ce temps, le Premier ministre continue d’affirmer : « En Arménie, les hommes doivent aimer les hommes. C’est le sens fondamental et essentiel du premier État ayant adopté le christianisme. »
À Avan aussi, des enfants entouraient le Premier ministre : cartes, biscuits en forme de cœur et selfies… Un rituel devenu désormais un véritable axe de campagne du dirigeant de Contrat civil.
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