Le média azerbaïdjanais News.Az consacre une analyse à la nouvelle géographie énergétique que Bakou entend construire autour du Nakhitchevan, du « Zanguezour » et du projet de corridor vert Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie-Bulgarie (AGTB). Une vision qui confirme la place centrale que les autorités azerbaïdjanaises veulent désormais attribuer au territoire arménien du Syunik dans leurs projets régionaux.
L’article présente le Nakhitchevan comme l’un des futurs pôles de production d’électricité renouvelable de l’Azerbaïdjan, destiné notamment à alimenter la Turquie. Bakou prévoit d’y développer une capacité d’exportation d’environ 1 GW d’électricité verte, dont 760 MW d’origine solaire et 240 MW d’origine éolienne. Des capacités qui doivent progressivement entrer en service à partir de 2026-2027. Des infrastructures sont parallèlement envisagées pour acheminer vers la Turquie l’électricité produite dans les territoires que Bakou désigne comme le « Karabakh » et le « Zanguezour oriental ».
C’est dans ce dispositif que la question du « corridor de Zanguezour » prend une dimension énergétique. La terminologie azerbaïdjanaise désigne ainsi la liaison que Bakou souhaite établir à travers le Syunik arménien entre l’Azerbaïdjan et son exclave du Nakhitchevan. Aux enjeux routiers et ferroviaires déjà connus s’ajoute donc désormais celui du transport de l’électricité. Cette présentation tend à inscrire le territoire souverain de l’Arménie dans une architecture régionale pensée depuis Bakou comme un maillon de ses propres réseaux de communication et d’énergie.
L’autre élément de cette stratégie est le projet AGTB, destiné à relier l’Azerbaïdjan à la Bulgarie via la Géorgie et la Turquie. Lancée politiquement en 2024, l’initiative a été formalisée par un mémorandum signé en avril 2025 entre les quatre pays. Une étude préliminaire de faisabilité doit être engagée en 2026, parallèlement à la préparation d’un accord intergouvernemental et d’une feuille de route.
L’objectif est d’acheminer vers l’Europe du Sud-Est une partie de l’électricité renouvelable produite dans la région caspienne, renforçant ainsi le rôle de l’Azerbaïdjan comme fournisseur énergétique de l’Europe et celui de la Turquie comme plateforme de transit et, à terme, d’exportation d’électricité.
À travers cette lecture proposée par News.Az, se dessine donc une stratégie plus vaste : après avoir fait de ses hydrocarbures un instrument majeur de son influence internationale, Bakou entend reproduire ce modèle avec l’électricité verte et placer le Nakhitchevan, les territoires conquis en 2020 et 2023 et le « corridor de Zanguezour » au cœur d’un axe énergétique allant de la Caspienne à l’Europe.
Pour l’Arménie, cette évolution n’est pas anodine. Elle montre que derrière la bataille sémantique autour du « corridor de Zanguezour » se joue aussi la constitution d’infrastructures énergétiques de long terme. Et que la question du Syunik dépasse désormais largement celle d’une simple liaison de transport entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan.
