Votre publicité ici

(Pendant 7 jours)

Avec TotalEnergies, les affaires reprennent entre la France et l’Azerbaïdjan

Au moment où Paris et Bakou amorcent une normalisation spectaculaire de leurs relations, TotalEnergies donne son feu vert à l’extension massive du champ gazier d’Absheron. Un investissement qui rappelle que, derrière plusieurs années de crise politique aiguë entre les deux pays, les intérêts économiques et énergétiques français en Azerbaïdjan n’ont jamais totalement disparu.

Les affaires reprennent entre la France et l’Azerbaïdjan. Quelques jours seulement après que Paris a officiellement salué une « étape vers la normalisation » de ses relations avec Bakou, TotalEnergies a annoncé, samedi 26 septembre, la décision finale d’investissement pour le développement complet du gigantesque champ gazier d’Absheron, en mer Caspienne.

Le calendrier est frappant, même si le projet industriel est évidemment bien antérieur au récent dégel diplomatique.

Situé à une centaine de kilomètres au sud-est de Bakou, Absheron doit voir sa production passer de 1,5 à 6 milliards de mètres cubes de gaz par an. À cela s’ajouteront 47 000 barils de condensats par jour. Le démarrage de cette nouvelle phase est prévu en 2029. Les réserves récupérables du gisement sont estimées à quelque 140 milliards de mètres cubes.

TotalEnergies détient 35 % du projet, à égalité avec la compagnie nationale azerbaïdjanaise SOCAR, tandis que XRG, filiale internationale du groupe émirati ADNOC, en possède 30 %. Le gaz alimentera le marché azerbaïdjanais mais sera également exporté vers la Turquie par les infrastructures reliant l’Azerbaïdjan au marché gazier européen. Ici pas de fausses pudeurs sur les droits de l’Homme comme avec la Russie.

Une présence française ancienne

TotalEnergies n’arrive pas en terrain inconnu. Le groupe français est présent en Azerbaïdjan depuis 1996 et Absheron constitue depuis longtemps son principal actif dans le pays. Découvert en 2011, le gisement a commencé à produire en juillet 2023. À cette époque, TotalEnergies et SOCAR en détenaient encore chacun 50 %. Quelques semaines après le démarrage de la production, ils avaient décidé de céder chacun 15 % à ADNOC, ramenant la participation du groupe français à 35 %. L’opération a été finalisée en février 2024.

Le groupe conserve par ailleurs une participation dans l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, l’une des grandes artères permettant l’acheminement des hydrocarbures azerbaïdjanais vers la Méditerranée.

La nouvelle décision constitue donc moins un retour de TotalEnergies en Azerbaïdjan qu’un changement d’échelle : la production gazière d’Absheron doit être multipliée par quatre.

Du froid diplomatique au dégel

Cette annonce intervient surtout dans un contexte politique singulier. Les relations entre Paris et Bakou s’étaient profondément détériorées après l’offensive azerbaïdjanaise de septembre 2023 au Haut-Karabakh. Le Quai d’Orsay rappelle lui-même les détentions de ressortissants français, les pressions exercées sur le dispositif diplomatique français et les accusations d’ingérence azerbaïdjanaise en Nouvelle-Calédonie. Paris indique toutefois avoir renoué le dialogue diplomatique dès janvier 2025, avant qu’Emmanuel Macron et Ilham Aliyev n’affichent leur volonté de rétablir des relations normales lors de leur rencontre à Copenhague en octobre 2025.

Le rapprochement s’est encore accéléré ces derniers jours. Le 23 septembre, Ilham Aliyev a gracié le Français Martin Ryan, dont Paris contestait l’emprisonnement. La diplomatie française a aussitôt estimé que cette libération constituait une « étape vers la normalisation de nos relations ». D’autant plus que l’Arménie elle-même est en train de lever les tabous concernant la réputation internationale de la dictature d’Aliev.

Trois jours plus tard, TotalEnergies annonce donc son engagement dans la phase décisive d’Absheron.

Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, présente le projet comme un investissement « à bas coûts et à faibles émissions », destiné à assurer un approvisionnement gazier à long terme et à contribuer à la « sécurité énergétique régionale ».

Après plusieurs années de bras de fer diplomatique entre Paris et Bakou, l’énergie rappelle ainsi que les intérêts économiques, eux, n’avaient jamais complètement quitté la table.

Paul Nazarian

Nos lecteurs ont lu aussi