La nation arménienne doit désormais se concentrer sur le présent et l’avenir, et non s’attarder sur le passé, a déclaré le ministre des Affaires étrangères d’Arménie, Ararat Mirzoyan, lors d’un entretien avec le journaliste de France 24, François Picard, à la veille du premier sommet UE-Arménie, rapporte Factor.am.
Le média souligne qu’Ararat Mirzoyan représente le pays à un tournant, marqué par la consolidation simultanée de la paix et un réalignement stratégique. Ararat Mirzoyan a insisté sur le fait qu’« il y a désormais la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan », la présentant non comme une déclaration symbolique, mais comme une réalité émergente, renforcée par la volonté d’« institutionnaliser cette paix ».
Le chef de la diplomatie arménienne aurait envisagé cette évolution dans le cadre d’une mutation historique plus large. Après des décennies de blocus, l’Arménie cherche aujourd’hui à redéfinir son rôle régional.
« Il ne s’agit pas de compétition, mais de débloquer le Caucase du Sud », a déclaré Mirzoyan.
Selon lui, l’avenir de l’Arménie repose sur le développement de ses relations, alimenté par des projets d’envergure visant à construire des infrastructures majeures : voies ferrées, réseaux électriques, oléoducs et gazoducs. Ces infrastructures permettront à l’Arménie de devenir un maillon essentiel du Corridor central reliant l’Europe et l’Asie.
Cependant, cette vision optimiste occulte les séquelles à long terme du conflit. Alors que les plaies de la guerre restent vives après l’invasion et l’occupation brutales du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan en 2023, Mirzoyan insiste sur la nécessité d’un engagement national résolu en faveur de l’avenir.
« Il n’est pas facile d’oublier, et il n’est pas nécessaire d’oublier. Nous nous souviendrons, bien sûr. Mais nous devons aussi analyser le fait que notre nation doit désormais se concentrer sur le présent et l’avenir, et non s’attarder sur le passé », a souligné le ministre arménien des Affaires étrangères.
Il a également mis en lumière les perspectives qui s’ouvrent, en déclarant : « L’Arménie offre de nombreuses opportunités : infrastructures, intelligence artificielle, centres de données, écoles modernes, éducation, universités. »
Sur le plan de la politique intérieure et étrangère, Ararat Mirzoyan a insisté sur les dimensions démocratiques et sociales du développement du pays. Selon lui, les citoyens arméniens « soutiennent fermement le processus de paix » et « nourrissent des aspirations européennes », considérant l’approfondissement des relations avec l’Union européenne comme une orientation politique et un choix citoyen.
Dans sa présentation de la situation régionale, le ministre a adopté une approche équilibrée. Parallèlement à la nouvelle paix avec l’Azerbaïdjan, il a souligné le « dialogue très productif » visant à normaliser les relations avec la Turquie, qualifié les relations avec la Géorgie d’« excellentes » et de « fraternelles », et décrit les relations avec l’Iran comme des « relations de bon voisinage tout à fait normales », tout en exprimant son inquiétude face à l’instabilité persistante.
Concernant les relations avec la Russie, il a adopté des formulations plus prudentes, reconnaissant sa « déception quant au rôle de la Russie », mais soulignant en même temps que l’Arménie ne recherche « certainement » pas le conflit et souhaite maintenir des « relations amicales normales ».
Le média a noté que Mirzoyan fonde son analyse sur le principe de souveraineté, arguant que « personne au monde n’a le droit de s’ingérer » dans les processus démocratiques arméniens et que « le choix du peuple » doit être respecté.
Krikor Amirzayan
