L’Azerbaïdjan ne semble décidément pas disposé à laisser passer une occasion de s’en prendre à l’Arménie. Cette fois, c’est la tenue prochaine à Erevan de la COP17, la conférence mondiale sur la biodiversité, qui sert de prétexte à une nouvelle offensive. Une coalition d’ONG azerbaïdjanaises, baptisée « Environmental Protection First », vient de lancer un appel à la communauté internationale pour dénoncer le prétendu désastre écologique dont l’Arménie serait responsable. Une initiative qui ressemble davantage à une opération de dénigrement politique qu’à une mobilisation désintéressée en faveur de l’environnement.
Dans un communiqué publié le 16 octobre et largement relayé par l’agence de presse officielle azerbaïdjanaise AZERTAC, la coalition appelle les États, les organisations environnementales et les représentants de la société civile internationale à mettre l’Arménie en accusation lors de la COP17.
Le texte dénonce un supposé « deux poids, deux mesures » consistant à confier l’organisation d’un sommet mondial sur la biodiversité à un pays accusé de « grave dégradation écologique », de « pollution transfrontalière » et même d’« écocide systémique ».
Les accusations sont lourdes. La coalition reproche notamment à Erevan la pollution de la rivière Okhchuchay par les activités minières du complexe de cuivre et de molybdène de Zangezur et de l’usine de Kapan. Elle dénonce également les dommages environnementaux qu’aurait provoqués l’Arménie au Karabakh, les risques liés à ses installations industrielles frontalières, ainsi que son absence d’adhésion à la Convention des Nations unies sur l’eau.
Ces questions environnementales peuvent légitimement appeler des investigations scientifiques indépendantes. Mais les accusations formulées par la coalition, présentées comme des faits établis, ne sont accompagnées dans ce communiqué d’aucune expertise contradictoire permettant d’en apprécier la portée réelle.
L’écologie au service des revendications territoriales
Plus révélateur encore, le communiqué introduit dans son argumentaire environnemental la question des prétendus « Azerbaïdjanais de l’Ouest », appellation utilisée par Bakou pour désigner les Azerbaïdjanais ayant vécu sur le territoire de l’actuelle République d’Arménie.
La coalition affirme ainsi que la pollution de certains cours d’eau compromettrait le retour de ces populations vers leurs « foyers ancestraux ». Une référence qui n’a rien d’anodin. Elle reprend une revendication régulièrement mise en avant par le pouvoir azerbaïdjanais et qui, sous couvert de droits historiques, nourrit les inquiétudes d’Erevan quant aux ambitions territoriales de son voisin.
La protection de la biodiversité devient ainsi le véhicule d’un discours politique beaucoup plus vaste, mêlant accusations écologiques, réécriture du conflit du Karabakh et revendications mémorielles et territoriales.
Une indignation particulièrement sélective
Cette mobilisation environnementale venue d’Azerbaïdjan ne manque pas de soulever quelques contradictions.
Bakou, dont l’économie demeure très largement tributaire de l’exploitation des hydrocarbures, s’érige aujourd’hui en procureur écologique de son voisin. Le même Azerbaïdjan qui a accueilli la COP29 sur le climat en novembre 2024, tout en poursuivant le développement de son industrie pétrolière et gazière.
Surtout, les organisations signataires semblent beaucoup moins préoccupées par les conséquences humaines et environnementales des opérations militaires azerbaïdjanaises au Karabakh, notamment l’offensive de septembre 2023, qui a provoqué l’exode de plus de 100 000 Arméniens.
Pas davantage de place, dans leur déclaration, pour les interrogations relatives à la préservation du patrimoine historique et culturel arménien dans les territoires passés sous contrôle azerbaïdjanais.
Il est naturellement légitime d’exiger de l’Arménie, comme de tout autre État, le respect de ses obligations environnementales. Mais cette exigence perd singulièrement de sa crédibilité lorsqu’elle se transforme en réquisitoire exclusivement dirigé contre un adversaire politique.
La COP17, nouvelle cible de la guerre de communication
Au-delà des accusations elles-mêmes, c’est leur calendrier qui retient l’attention. En prenant pour cible la COP17, événement international majeur que doit accueillir Erevan, cette coalition cherche manifestement à ternir l’image de l’Arménie auprès des délégations étrangères et des organisations internationales.
L’appel invite explicitement les participants à soulever ces accusations à chaque occasion durant le sommet. Autrement dit, à faire de cette conférence consacrée à la biodiversité une tribune permanente contre le pays organisateur.
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de pression diplomatique et médiatique qui ne semble connaître aucun répit, même dans un contexte où Bakou et Erevan affichent leur volonté de normaliser leurs relations.
Après les pressions militaires, les exigences politiques et les revendications historiques, voici donc venu le temps de l’offensive écologique.
L’ironie est d’autant plus frappante que l’Azerbaïdjan, qui dénonce aujourd’hui le « greenwashing » arménien, avait lui-même dû répondre à de nombreuses critiques sur la contradiction entre l’organisation d’une conférence mondiale sur le climat et son modèle économique fondé sur les énergies fossiles.
Au fond, cette nouvelle campagne pose une question simple : Bakou cherche-t-il réellement à protéger l’environnement, ou à empêcher l’Arménie de bénéficier du rayonnement international que lui offre l’organisation de la COP17 ?
À la lecture de ce communiqué, la seconde hypothèse paraît difficile à écarter confirmant l’orientation d’une hostilité systématique.
Paul Nazarian
