Avant aussi, il y avait autour de nous beaucoup d’ignorants, de gens incapables de comprendre ce qu’ils lisaient ou de saisir les choses les plus élémentaires, des gens envieux et malveillants. Avant aussi, il y avait des gens qui détestaient les Artsakhiotes, surtout lorsque le pays était dirigé par des présidents venus du Karabakh en Arménie et que, parmi les Karabaghtsis, certains se considéraient comme privilégiés dans le pays — pourquoi nier des réalités évidentes ?
Avant aussi, il y avait des meurtres dans le pays, on consommait de la drogue… Avant aussi, il existait une catégorie de courtisans et de lèche-bottes du pouvoir. Avant aussi, certains reniaient leurs principes et leurs amis pour décrocher un poste et mener une vie de parasite aux frais du budget de l’État.
Mais ces jeunes, arrivés au pouvoir en 2018 avec des slogans totalement différents, au nom d’une prétendue révolution « de l’amour et de la solidarité », en promettant de construire un pays meilleur, d’élever la société plutôt que de l’abaisser, nous ont, sous la conduite de leur chef, profondément corrompus et pervertis.
Ils ont effacé les qualités humaines, encouragé la bassesse, mis au premier plan les monstres et les grossiers personnages. Ils ont donné du pain et un statut à des gens qui avaient renié leur propre vie, leurs amis, leur terre natale, et jusqu’à la tombe de leur propre enfant.
Ce ne sont pas le courage, la fidélité aux principes et le patriotisme qu’ils ont encouragés, mais la trahison, la servilité et l’obsession de l’argent.
Ils ont poussé certains à changer de camp, puis exhibé ces transfuges comme des exemples à suivre, comme des « héros » ayant découvert le chemin d’une vie meilleure.
Ils ont également divisé les Arméniens, les ont morcelés en mille morceaux, sans laisser subsister ne serait-ce qu’une seule idée, un seul objectif autour duquel la société aurait pu se rassembler.
— L’Artsakh n’est plus précieux, il n’a plus de valeur. Livrer à l’ennemi une terre millénaire serait non seulement quelque chose qu’il ne faudrait pas condamner, mais une forme de « salut » : nous nous serions débarrassés de notre « laisse » et serions devenus « souverains » ; nous aurions perdu l’Artsakh, mais « retrouvé l’Arménie ».
— Le génocide arménien appartiendrait au passé, entraverait la normalisation des relations avec les voisins et il faudrait donc tourner cette page. D’autant qu’il resterait encore à déterminer s’il a eu lieu ou non, si c’est nous qui avons été massacrés ou si c’est nous qui avons massacré les autres, combien de personnes sont mortes — nom par nom — et, surtout, qui a introduit ce sujet, ce terme dans le débat et quel intérêt il y trouvait.
— Ils ont également remis en cause la foi et l’Église arménienne. Et ils ont transformé les responsables politiques contraints de défendre cette campagne répugnante en antichrétiens, en impies et en schismatiques. De cette manière encore, ils ont divisé la société.
Que reste-t-il au bout du compte ? Existe-t-il encore une idée capable d’unir les Arméniens, en Arménie comme hors d’Arménie ? Non. Ils se sont même tellement « approprié » la République d’Arménie que celle-ci ne parvient plus, elle non plus, à rassembler les Arméniens…
« L’État, c’est moi. Vous irez là où nous vous dirons d’aller, vous direz ce que je veux que vous disiez. Celui à qui je l’autorise pourra venir en Arménie. Celui qui est de notre côté a le droit de voter ; celui qui est contre nous doit être en prison… Celui qui parle de l’Artsakh, de l’Ararat ou de l’Arménie occidentale provoque la guerre ; celui qui est favorable à l’amitié avec la Russie est un agent du KGB ; celui qui parle en mal de l’Azerbaïdjan ou de la Turquie met en danger l’avenir de l’Arménie ; celui qui veut un changement de pouvoir est un espion russe… Nous avons raison d’augmenter la dette publique, nous avons raison de nous attribuer des salaires qui se chiffrent en millions… D’une manière générale, quoi que nous fassions, nous avons raison… »
Nous vivons une époque d’arbitraire, d’illégalité, d’insolence et d’hostilité envers ce qui est arménien.
La solution réside dans le rassemblement des Arméniens intelligents, attachés à leur patrie et fidèles à leurs principes, qui doivent reprendre l’initiative. Ils doivent constituer un large front de lutte contre les lèche-bottes, les transfuges, ceux qui se gavent aux frais du budget et ceux qui n’ont pas de patrie… et ne pas avoir peur de leurs aboiements.
Croyez-moi : nous ne sommes pas peu nombreux, ce sont eux qui le sont. Simplement, ils sont unis et disposent des leviers de l’État.
Mais une idée juste et un patriotisme désintéressé constituent une force immense…
Il ne nous reste plus qu’à en prendre conscience.
Arminé Ohanyan
