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Le gouvernement ne parvient pas à récupérer auprès de l’organisateur du concert de Jennifer Lopez 1,3 million de dollars qui doivent lui être remboursés

Depuis deux mois, la société « Doping Space » ne donne pas suite aux demandes du gouvernement et n’a toujours pas reversé au budget de l’État plus de 534 millions de drams après l’organisation du concert de Jennifer Lopez. Par ailleurs, en 2024-2025, le ministère de l’Éducation, des Sciences, de la Culture et des Sports a pris des mesures qui ont permis à « Doping Space » d’échapper aux pénalités et amendes supplémentaires accumulées en raison du report du concert. Malgré tout cela, le même gouvernement a depuis conclu avec cette même société de nouveaux contrats d’un montant de près de 9 millions de dollars pour l’organisation d’un autre événement.

Depuis plus d’un an, Azatutyun échange avec le ministère afin d’obtenir les données nécessaires concernant les dépenses réelles du concert de Jennifer Lopez à Erevan, les obligations contractuelles ainsi que les modifications qui y ont été apportées en cours de route.

Quelle somme doit être remboursée ?

Depuis près de deux mois, le ministère ne parvient pas à récupérer auprès de « Doping Space », organisateur du concert de Jennifer Lopez en Arménie, plus de 502 millions de drams qui doivent être remboursés.

Sur les 2,3 milliards de drams alloués à « Doping Space » pour le concert, la société a en effet économisé près d’un quart de la somme, soit plus de 1,3 million de dollars, mais ne l’a toujours pas reversée au budget. Le contrat prévoit pourtant qu’en cas de dépenses inférieures aux prévisions, le gouvernement peut réclamer le remboursement de la somme ou la prélever sur la garantie bancaire.

Outre ces 1,3 million de dollars non utilisés, « Doping Space » n’a toujours pas versé au ministère 7,8 millions de drams de pénalités et d’amendes dues à la remise tardive de ses rapports, ni le paiement forfaitaire de 24,4 millions de drams prévu par le contrat.

Par ailleurs, le ministère a pris des dispositions permettant à « Doping Space » d’éviter de payer des pénalités pour chaque journée durant laquelle le concert n’a pas eu lieu, pénalités qui, si elles avaient été intégralement calculées, auraient atteint plusieurs milliards de drams.

En août 2023, le gouvernement arménien avait alloué 2,3 milliards de drams, soit plus de 6 millions de dollars, à « Doping Space » pour organiser à Erevan un concert de Snoop Dogg. Ce coûteux concert était programmé un mois avant le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh.

Les critiques suscitées à l’époque par l’attribution de 6 millions de dollars à un concert du rappeur américain n’avaient pas fait revenir le gouvernement sur sa décision. Nikol Pachinian avait déclaré que ce concert était organisé afin que « personne ne pense que l’Arménie n’existe plus, que personne ne pense que l’Arménie est brisée, que l’Arménie est à genoux ; l’Arménie vit et se développe ».

Quelques jours après ces propos, l’Azerbaïdjan attaquait le Haut-Karabakh, le vidant de sa population arménienne. Le concert de Snoop Dogg n’a pas eu lieu. Pendant ce temps, « Doping Space » n’avait pas restitué au ministère les 6 millions de dollars reçus de l’État.

Le contrat de subvention prévoyait qu’en cas de non-respect des délais, l’entreprise devait verser, pour chaque jour ouvrable de retard, une pénalité correspondant à 0,5 % du montant prévu, soit des quelque 2,3 milliards de drams alloués à « Doping Space ». La pénalité représentait donc 11,5 millions de drams par jour de retard.

Le 19 février 2024, le ministère et l’entreprise ont modifié ce contrat de subvention, fixant à 2024 une nouvelle échéance pour la tenue du concert, sans toutefois préciser de date.

Lorsque le concert de Snoop Dogg n’a de nouveau pas eu lieu en 2024, le ministère n’a pu récupérer ni les 2,3 milliards de drams alloués à son organisation, ni les pénalités accumulées du fait de son report.

Le 13 février 2025, la ministre Janna Andreassian avait déclaré que son ministère avait demandé à l’organisateur de restituer les fonds alloués par le budget et qu’il attendait la réponse de l’entreprise.

Les discussions entre « Doping Space » et le ministère se sont poursuivies jusqu’à la fin juillet 2025, lorsqu’il a été annoncé que, dans le cadre du même programme, la chanteuse américaine Jennifer Lopez viendrait finalement en Arménie à la place de Snoop Dogg.

Le concert s’est tenu le 3 août au stade Républicain. Entre-temps, les parties avaient modifié le contrat, supprimant de fait les garanties bancaires liées à l’événement et ouvrant à l’entreprise une possibilité d’échapper aux amendes.

Le gouvernement a d’abord modifié les dispositions relatives au prélèvement des pénalités et amendes en cas de non-respect des obligations. Le ministère a notamment renoncé à la garantie bancaire de l’entreprise, sur laquelle il aurait pu prélever les amendes liées au retard ou à la mauvaise exécution du concert.

Une autre disposition prévoyait que les pénalités et amendes puissent être prélevées sur les sommes restant dues à l’organisateur à l’issue de l’événement. Mais là encore, les possibilités du gouvernement étaient limitées puisque, dès 2023, le ministère avait versé à « Doping Space » la totalité des 6 millions de dollars destinés à l’organisation du concert.

Quel était le montant des pénalités accumulées en raison du report du concert ?

Selon le contrat, pour chaque journée durant laquelle l’événement n’avait pas lieu, l’amende s’élevait à 0,5 % des 2,3 milliards de drams alloués.

En multipliant cette somme par le nombre de jours ouvrables, il apparaît que les pénalités encourues par « Doping Space » pour les seuls huit premiers mois de 2025 dépassaient 1 milliard 669 millions de drams.

« Doping Space » a-t-elle payé les pénalités et amendes correspondant aux jours où le concert n’a pas eu lieu et, si oui, pour quel montant ? L’entreprise s’est contentée de répondre qu’elle avait transmis au ministère, conformément à la procédure établie, ses rapports financiers et de contenu relatifs à l’organisation du concert.

Le ministère n’a pas répondu à la question de savoir pourquoi il n’avait pas cherché à percevoir les pénalités et amendes prévues par le contrat, ni pourquoi il avait renoncé à la garantie bancaire sans avoir préalablement récupéré ces sommes.

Le ministère a très brièvement justifié cette décision : l’accord avait été conclu seulement deux jours avant la tenue du concert et il n’était donc plus nécessaire de recourir à la garantie bancaire.

Le ministère ne parvient pas non plus à récupérer les 502 millions de drams économisés sur le concert

Sur les 2,3 milliards de drams alloués à l’organisation du concert de Jennifer Lopez, « Doping Space » a dépensé 1 milliard 816 millions de drams — du moins est-ce le montant que le ministère a considéré comme recevable.

L’entreprise a donc économisé les 502 millions de drams restants, mais ne les restitue pas à l’État depuis plusieurs mois. La réponse du ministère ne permet toutefois pas de déterminer si cette somme n’a effectivement pas été dépensée ou si certaines dépenses ont été jugées non crédibles.

Le ministère réclame en outre à l’entreprise une amende de 7,8 millions de drams pour remise tardive de ses rapports, ainsi que 24,3 millions de drams correspondant à un paiement forfaitaire auquel elle s’était engagée par contrat.

Le 30 juin, le ministère a demandé à l’entreprise de restituer la somme économisée, l’amende et le paiement forfaitaire, soit un total de 534 millions de drams.

Environ un mois et demi plus tard, « Doping Space » a contesté cette obligation, et le ministère examine actuellement ses objections.

De fait, si le ministère n’avait pas renoncé à la garantie bancaire, il aurait pu prélever ces sommes sur celle-ci. Désormais, l’une des possibilités pour récupérer cet argent est d’engager une procédure judiciaire.

Quelques jours avant le concert de Jennifer Lopez à Erevan l’année dernière, Azatutyun s’était penché sur le budget prévisionnel approuvé par le gouvernement, dont plusieurs postes paraissaient anormalement gonflés.

L’examen du récapitulatif financier transmis au ministère par « Doping Space » montre que les postes et montants critiqués un an auparavant étaient effectivement surévalués.

Ainsi, le gouvernement avait prévu 121 millions de drams pour les services du personnel, alors que 105 millions ont finalement été dépensés.

Des millions avaient également été prévus pour plusieurs prestations qui n’ont finalement pas été nécessaires : 2,5 millions de drams pour un responsable des opérations de transport, 1,3 million pour une personne chargée de l’accueil de l’artiste, etc.

Neuf millions de drams prévus pour la scène et les équipements scéniques n’ont pas été dépensés, pas plus que 15,3 millions destinés aux équipements nécessaires à l’organisation du concert et 31,2 millions consacrés aux services de marketing.

Un an auparavant, des interrogations avaient également été soulevées concernant les 3,8 millions de drams prévus pour la restauration du personnel des loges. Finalement, aucune dépense n’a été engagée à ce titre.

Si l’on considère que le gouvernement avait alloué, dans le cadre du contrat de subvention, 2,3 milliards de drams sur la base du budget prévisionnel, et que le ministère affirme lui-même que l’écart avec ce budget atteint 502 millions de drams, cela signifie que le gouvernement avait approuvé un budget comportant une marge d’écart d’au moins 22 %, avant de verser des millions de drams à « Doping Space ».

« Doping Space » n’a pas répondu aux questions d’Azatutyun concernant les sommes dues, les pénalités accumulées et leur remboursement à l’État.

En avril 2026, le directeur de l’entreprise, Hayk Simonian, avait préféré répondre aux questions sur la télévision publique. Il avait affirmé que près de la moitié de la somme reçue avait été reversée à l’État sous forme d’impôts et que les retombées économiques liées à la venue des touristes avaient, en outre, dépassé le montant accordé à l’entreprise.

« Je ne dirais pas que le concert était cher. Je dirais qu’il avait un coût élevé, mais le plus important est que ce coût était justifié », avait déclaré Simonian.

Le site internet de « Doping Space » ne publie pas les comptes financiers de l’entreprise pour 2025. Il est donc impossible de savoir quels revenus la société a tirés de la vente des billets du concert.

Près de 9 millions de dollars de nouveaux contrats avec « Doping Space »

Bien que le ministère et « Doping Space » rencontrent des difficultés concernant le remboursement des sommes dues, cela n’a pas empêché le gouvernement de confier à cette même entreprise l’organisation d’un nouvel événement de grande ampleur.

Le système des marchés publics indique que le ministère de l’Environnement a déjà conclu avec « Doping Space » des contrats d’un montant de 3,5 milliards de drams, soit plus de 8,9 millions de dollars, pour la COP17 qui doit se tenir cet automne à Erevan.

L’entreprise sera chargée de l’organisation de l’événement, de la mise à disposition des moyens de transport, des prestations audiovisuelles et publicitaires, de la campagne d’information ainsi que de l’acquisition de matériels.

Le contrat a été conclu selon une procédure de gré à gré.

Comme pour le concert, le gouvernement versera cette fois encore 90 % de la somme à l’entreprise à l’avance. Les 10 % restants ne seront payés qu’après la fin de l’événement et la remise des rapports correspondants.

La société « Doping Space » a été créée en 2023, un mois avant la décision d’organiser le concert de Snoop Dogg.

L’actionnaire de l’entreprise était Makar Petrossian, fils d’Alexan Petrossian, fondateur de la société MAP et ancien député du Parti républicain d’Arménie. Tous deux sont concernés par une procédure de confiscation de biens considérés comme d’origine illicite.

Cinq mois après la création de « Doping Space », son actionnaire initial, Makar Petrossian, a transféré 100 % de ses parts à Hayk Simonian.

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