Les 4 et 5 mai derniers, à Erevan, en Arménie, s’est tenu le 8e Sommet de la Communauté politique européenne. Des dirigeants de grandes démocraties, près de 50 pays, dont les 27 États membres de l’Union européenne, mais aussi le Premier ministre britannique, le président ukrainien et le Premier ministre canadien, se sont déplacés à Erevan pour discuter de questions politiques internationales.
Ce sommet fut marqué par une forte dimension géopolitique : les dirigeants européens y ont affirmé leur soutien à une paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, perçue comme un facteur de recomposition stratégique au Caucase du Sud face à l’influence russe. Le choix d’Erevan n’est pas neutre : il traduit la volonté de l’Union européenne d’accompagner le rapprochement de l’Arménie avec l’Occident et de l’ancrer davantage dans un espace politique et sécuritaire européen.
Dans ce cadre, l’ensemble des dirigeants présents ont exprimé leur soutien à la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Une paix qui s’installe après le déplacement forcé de l’ensemble de la population arménienne du Haut-Karabagh par l’Azerbaïdjan, actant un nettoyage ethnique. Une paix qui se déploie alors même que le patrimoine arménien est progressivement détruit au Haut-Karabagh, (les exemples récents de la cathédrale Sainte-Mère-de-Dieu et de l’église Sourp Hagop à Stepanakert en témoignent) et que les anciens dirigeants karabaghiotes sont détenus à Bakou, certains condamnés à perpétuité à l’issue de procès dont la transparence est largement contestée.
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev était également convié à ce sommet des démocraties. Le niveau démocratique de ce pays, c’est un euphémisme, ne constitue pas son trait le plus saillant. En revanche, l’Azerbaïdjan dispose de ressources gazières et pétrolières dont l’Europe a besoin. Ilham Aliyev y a pris part, sans s’y déplacer, par visioconférence, et a présenté sa vision de la paix avec l’Arménie, fondée sur une « réalité » et consolidée par l’ouverture de nouvelles voies de communication, les promesses de connectivité régionale et les perspectives de coopération économique.
Par ailleurs, le président azerbaïdjanais a vivement critiqué le Parlement européen et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe pour leurs positions qui, selon lui, ne reflètent ni la construction de la paix ni les réalités du Caucase du Sud, laissant entendre que les parlementaires européens agissent contre la paix. Une charge telle que la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a été amenée à rappeler que le Parlement est une institution élue, que ses résolutions sont adoptées à la majorité et que leur contenu peut ne pas convenir à tous. « Nous ne changerons jamais notre façon de travailler », a-t-elle déclaré.
Une résolution est à l’origine de ces critiques du président Aliyev : celle adoptée le 30 avril 2026 par le Parlement européen, intitulée « soutien à la résilience démocratique en Arménie ». Tout en s’inscrivant dans le soutien à la paix dans la région du Caucase du Sud, cette résolution choisit également de rappeler d’autres éléments qu’elle estime indissociables d’un processus de paix durable. Elle rappelle d’abord une mémoire, celle du génocide arménien, dont le Parlement avait marqué le centenaire en 2015 ; elle mentionne explicitement les Arméniens du Haut-Karabagh : leur identité, leurs biens, leur patrimoine culturel et leur droit à un retour sûr, digne et sans entrave, assorti de garanties internationales ; elle condamne la détention de prisonniers de guerre, de détenus et d’otages arméniens et appelle à leur libération.
La résolution des parlementaires européens, qui osent nommer les faits, les atteintes aux droits et les silences qui entourent cette paix, rappelle le conte « Les habits neufs de l’empereur » de Hans Christian Andersen. Un empereur se laisse convaincre par des escrocs qu’ils peuvent lui tisser un habit invisible aux yeux des incapables et des idiots. Personne ne voit rien, mais chacun fait semblant d’admirer les habits de l’empereur, par crainte d’être jugé ou par courtisanerie. Le jour de la procession, la foule applaudit ce qu’elle ne voit pas, jusqu’à ce qu’un enfant dise : « Mais le roi est nu ! »
La fin du conte est bien connue. Même lorsque toute la foule se met à crier : « Le roi est nu ! », le roi, lui, décide de tenir bon jusqu’à la fin de la procession. Et le cortège poursuit sa route, tandis que les chambellans continuent de porter la traîne… qui n’existe pas.

