L’on apprend par le site AZERTAC, porte-parole officiel de la dictature azerbaïdjanaise, que Bakou accueillera les 17 et 18 juillet « le premier Congrès des colonies françaises ».
Ce « média » indique qu’organisé par l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe et avec le soutien du Groupe d’Initiative Bakou, le congrès réunira des dirigeants de plus de 15 partis politiques et mouvements indépendantistes provenant de Corse, de Mélanésie, de Polynésie, des Caraïbes et des Antilles, « ayant souffert du colonialisme français ».
Toujours selon ce site, « ce congrès contribuera à sensibiliser la communauté internationale aux nombreux crimes et actions illégales commis dans les colonies par le gouvernement français contre les peuples autochtones propriétaires de ces territoires, et à attirer l’attention sur le problème du colonialisme, l’un des fléaux du XXIe siècle ».
Les ficelles étant très grosses, il n’est pas très compliqué de voir l’intérêt de cette initiative pour le régime Aliev, qui entend faire payer à la France ses positionnements estimés trop proarméniens depuis l’offensive militaire azerbaïdjanaise contre l’Artsakh en 2020, son occupation d’une partie du territoire de la République d’Arménie et enfin le nettoyage ethnique de septembre 2023. Il est également possible que cette nouvelle provocation de Bakou contre Paris, qui est engagé dans le soutien à l’Ukraine, participe accessoirement de son partenariat avec le Kremlin. Il s’agirait, en punissant une France non seulement solidaire d’Erevan mais aussi de Kiev, de renforcer la connivence du régime Aliev avec celui de Poutine, et de conforter le soutien de ce dernier contre une Arménie dérivant par ailleurs de plus en plus vers l’ouest. Ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups.
En revanche, on comprend moins bien l’intérêt de ces indépendantistes (peu représentatifs) à se commettre de la sorte avec un Etat comme l’Azerbaïdjan, qui figure en bas de classement de toutes les ONG de défense des droits l’homme, et qui de surcroît exécute en ce moment même l’un des pires projets criminels de domination et d’occupation de la planète : rien à voir en tout cas, ni dans le fond ni la forme, avec ce que l’on pourrait aujourd’hui reprocher à la France par rapport aux TOM-DOM.
Faut-il rappeler â ces mouvements que l’Azerbaïdjan se réclame du panturquisme, ennemi mortel si l’en est des peuples de cette large zone, depuis ceux de Turquie jusqu’à ceux du Moyen-Orient, de la Méditerranée jusqu’au Caucase ? On est certes loin du Pacifique ou des Antilles, mais tout de même !
Ces gens ignorent-ils qu’en ce qui concerne les Arméniens, l’Azerbaïdjan se situe dans la continuité du génocide de 1915 perpétré par ses frères « de l’Empire Ottoman » dont la dynastie Aliev œuvre quasi-ouvertement avec Erdogan à la pérennisation ? Savent-ils que cette petrodictature tente de parachever l’entreprise d’extermination en s’attaquant au dernier carré d’Arméniens vivant encore sur ses territoires historiques ? Peu leur chaut peut-être. Mais pourquoi alors en appeler à la solidarité, quand on fait preuve d’autant de cynisme ?
Il est pour le moins surprenant que des mouvements revendiquant comme ils le font la « propriété des peuples autochtones sur leurs territoires », fassent fi à ce point des droits d’un peuple qui cent ans après avoir subi un génocide sur ses territoires ancestraux (l’un des plus importants du XXe siècle) vient d’être entièrement chassé d’une terre sur laquelle il a vécu sans discontinuité pendant 2 500 ans. Ignorance ou mépris ?
On ne sait quel bénéfice tirent ces groupuscules en acceptant ainsi l’hospitalité et le parrainage de l’un des Etats les plus corrupteurs et les plus racistes qui soient aujourd’hui dans le monde (CF, les jugements de la CIJ). Mais il est en tout cas loin d’être sûr que cette contrepartie parvienne un jour à compenser les dommages que ce type de compromission fera longtemps peser sur leur crédibilité. Voire sur leur honneur.
Ara Toranian
