Quel type de centrale nucléaire l’Arménie choisira-t-elle finalement, et auprès de quel pays l’achètera-t-elle ? Il reste moins de dix ans avant la fin prévue de l’exploitation de la centrale de Metsamor. Les autorités reconnaissent les inquiétudes des spécialistes : ce délai n’est pas très long pour choisir le type de centrale et son constructeur, puis mener à bien les travaux. L’Arménie prévoit de prendre une décision au cours de l’année à venir.
Ces dernières années, Erevan affirmait avoir fait le choix stratégique de renoncer à la construction d’une centrale nucléaire classique pour privilégier une nouvelle technologie : les petits réacteurs modulaires. Leur principal avantage réside dans leur taille réduite et dans la possibilité de circonscrire les conséquences d’un éventuel accident, sans devoir notamment isoler les localités voisines.
Le Premier ministre avait même annoncé, lors du Sommet international sur l’énergie nucléaire à Paris, que l’Arménie avait décidé de s’orienter vers la technologie des petits réacteurs modulaires. Devant plusieurs dirigeants étrangers, il avait évoqué des mesures concrètes.
« L’Arménie, comme de nombreux pays représentés ici, a lancé un programme visant à prolonger jusqu’en 2036 la durée d’exploitation de la centrale nucléaire arménienne. Cette prolongation permettra de poser des bases solides pour assurer une transition réussie et sûre vers une nouvelle unité nucléaire. Dans cette perspective, nous concentrons notre attention sur les innovations dans le domaine de l’énergie nucléaire civile, notamment sur les technologies des petits réacteurs modulaires, qui offrent des perspectives prometteuses », avait déclaré le Premier ministre.
L’Arménie justifiait ce choix par le fait que les réacteurs modulaires nécessitent des délais de construction plus courts et que leur capacité peut être augmentée progressivement. Hier, cependant, lors de son premier point presse après sa rencontre avec le président russe, le Premier ministre a déclaré que cette décision n’était pas définitive, car cette technologie n’a pas encore véritablement fait ses preuves dans le monde.
« C’est aussi pour cette raison que nous essayons de gagner le plus de temps possible afin de prendre une décision au dernier moment. Les souhaits sont une chose, la réalité en est une autre. Cette technologie n’est pas entre nos mains. L’Arménie n’est pas un terrain d’expérimentation », a déclaré Nikol Pachinian.
Pour l’instant, seuls la Russie et la Chine se sont rapprochées d’une phase d’exploitation concrète de centrales reposant sur cette technologie. Les autres pays qui l’expérimentent restent prudents. Dans l’Union européenne, les premières étapes concrètes sont envisagées à partir de 2030.
Quel pays l’Arménie choisira-t-elle ?
L’Arménie négocie avec cinq pays pour la construction d’une centrale nucléaire de nouvelle génération : les États-Unis, la Russie, la Chine, la Corée du Sud et la France.
Dès ce mois-ci, le directeur de Rosatom doit se rendre à Erevan afin de présenter l’offre russe pour la nouvelle centrale nucléaire.
« Pour nous, ce n’est pas un choix géopolitique. Nous avons besoin du meilleur rapport qualité-prix. Nous choisirons celui qui nous fera la meilleure offre », a déclaré hier le Premier ministre.
Indépendamment de la volonté d’Erevan, le dossier est toutefois devenu un enjeu géopolitique, illustrant régulièrement la concurrence entre les grandes puissances.
Les déclarations faites à Erevan par le vice-président américain J. D. Vance avaient notamment suscité une vive réaction. Il avait affirmé qu’à l’issue des négociations sur la coopération nucléaire, de petits réacteurs modulaires américains finiraient par arriver en Arménie.
Face au mécontentement de Moscou, Erevan avait précisé à plusieurs reprises qu’aucune décision n’avait été prise concernant l’achat de réacteurs américains. Seul un document avait été signé afin de permettre à la partie arménienne d’obtenir des informations complètes sur les technologies américaines.
De son côté, la Russie affirme vouloir continuer à jouer le rôle de garant de la sécurité énergétique de l’Arménie. Rosatom se dit ainsi prêt à commencer le plus rapidement possible la construction d’une nouvelle centrale nucléaire.
La construction d’une centrale nucléaire, qu’elle soit modulaire ou classique, pourrait également être repoussée. Ces derniers jours, le Premier ministre a évoqué pour la deuxième fois la possibilité de prolonger de dix, voire vingt années supplémentaires, la durée d’exploitation de la centrale actuellement en service.
La Turquie et l’Azerbaïdjan voisins sont particulièrement actifs dans leurs demandes de fermeture de la centrale de Metsamor, invoquant régulièrement des préoccupations liées à la sécurité.
L’Arménie ne s’est jamais opposée aux mesures destinées à renforcer la sécurité. Un document signé avec l’Union européenne dès 2017 mentionne d’ailleurs, sans fixer de calendrier précis, la fermeture de la centrale nucléaire et son démantèlement dans des conditions sûres.
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