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Pachinian fait durer le suspense sur la date des élections anticipées

Après avoir lancé un pavé dans la mare politique arménienne, en se prononçant, au lendemain de la victoire de son candidat aux municipales de Erevan, le 23 septembre, en faveur d’une tenue avant l’échéance prévue en mai 2019 des élections législatives anticipées, le premier ministre arménien Nikol Pachinian entretient désormais le suspense sur la date de ce scrutin majeur, qui divise la classe politique et a fait éclater la coalition gouvernementale constituée après son accession au pouvoir le 8 mai. Lundi 8 octobre, N. Pachinian a ainsi fait savoir qu’il n’avait pas encore décidé quand il donnerait sa démission, ouvrant ainsi la voie aux législatives anticipées qu’il réclame en vue de mener à bien le processus révolutionnaire qu’il a engagé avec la Révolution de velours d’avril. Il s’est contenté de rappeler que le scrutin devrait être organisé en décembre, une échance jugée trop proche par ses anciens partenaires du gouvernement, le BHK de Gaguik Tsaroukian et la FRA Dachnkatsoutioun, ainsi que par le HHK, l’ancien parti au pouvoir, qui font valoir l’argument selon lequel le monde politique doit avoir le temps de se préparer à un scrutin exigeant un nouveau code électoral, comme on le laisse aussi entendre d’ailleurs à Bruxelles.

En vertu de la Constitution arménienne, qui avait été amendée à l’initiative de Serge Sarkissian, le prédécesseur de N. Pachinian, des législatives anticipées ne sont possibles que si le premier ministre démissionne et si les députés ne sont pas en mesure de lui élire un successeur dans les deux semaines qui suivent sa démission. N.Pachinian s’était engagé à présenter sa démission “dans les jours à venir » quand il avait pris la parole devant des milliers de partisans mobilisés devant le Parlement de Erevan le 2 octobre. Rassemblée pour dénoncer un texte controversé voté par le Parlement qui en rendrait improbable la dissolution, cette foule, certes moins dense que durant la Révolution de velours, constituait la principale garantie pour N. Pachinian, qui veut empêcher toute manœuvre politicienne des forces dites « contrerévolutionnaires » qui pourraient être tentées de mettre à profit sa démission pour l’évincer de la scène politique.

A plusieurs reprises, N. Pachinian a d’ailleurs fait comprendre qu’il avait ménagé ses arrières et qu’il ne démissionnerait qu’à la condition que le Parlement issu des législatives d’avril 2017 qui se trouve marginalisé de fait depuis son accession au pouvoir, s’engage à ne pas présenter d’autre candidat à sa succession. S’exprimant devant les journalistes le 8 octobre, alors que le sommet de la Francophonie s’est ouvert à Erevan, retardant de ce fait de quelques jours au moins l’échéance de sa démission, N.Pachinian a indiqué qu’il n’avait pas encore pris de décision concernant sa démission. “S’il n’en tenait qu’à moi, j’aurai déjà démissionné », a répondu le premier ministre à un journaliste qui l’interrogeait à ce sujet, en ajoutant : « Mais dans la mesure où le sujet suscite une réaction très vive dans l’opinion, il nous faut encore étudier ce scenario…”. L’indécision a d’ailleurs laissé aussitôt place à l’assurance qui lui est coutumière, puisqu’il ajoutait dans la foulée : «Mais les élections législatives doivent avoir lieu en décembre !” Jusqu’à présent sur la défensive voire en retrait, le Parti républicain d’Arménie (HHK) de l’ancien président Serge Sarkissian, qui contrôle encore presque la moitié des sieges du Parlement, a fait entendre clairement sa voix sur cette question très sensible, en se déclarant résolument hostile à la tenue du scrutin en décembre.

S’en tenant à l’échéance électorale de mai 2019, telle qu’elle était prévue dans le programme politique du gouvernement de N. Pachinian voté par la majorité du Parlement en juin, l’ancien parti au pouvoir a même menacé de pas jouer le jeu dont le nouveau premier ministre dicte les règles. Le chef du groupe parlementaire du HHK, Vahram Baghdasarian, a ainsi fait savoir qu’il ne pourrait “garantir” que son parti ne désignerait pas ou n’élirait pas un autre candidat que N. Pachinian au poste de premier ministre que si le scrutin se tenait en avril ou mai 2019. V.Baghdasarian a aussi souligné que son parti restait ouvert à des accords de compromis avec le premier ministre, certes toujours populaire, mais dont l’exercice du pouvoir risque d’éroder la cote de popularité. “Nous sommes disposés à reprendre le processus de négociations là où il avait été interrompu … Et négociation signifie consensus, consessions mutuelles”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Sur cette question de la date des législatives anticipées, le HHK avait pu compter sur le soutien du BHK, la 2e formation du Parlement, dont les responsables avaient fait valoir que les forces politiques en présenc en Arménie avaient besoin de plus de temps pour préparer le scrutin et amender en conséquence le Code électoral. Mais le jeudi 4 octobre, le leader du BHK, Gagik Tsaroukian, a fait part de sa disposition à accepter les conditions posées par N.Pachinian. “Si le peuple veut que les élections législatives anticipées se tiennent en décembre, alors qu’il en soit ainsi », a déclaré dans un entretien télévisé l’homme d’affaires dont les relations avec les différents pouvoirs en place ont toujours été frappées du sceau du compromis. Des propos que N.Pachinian n’a bien sûr pas manqué de saluer. Il devait révéler d’ailleurs qu’il avait conclu un « accord commun” avec G. Tsarukian lors d’une rencontre à Erevan le dimanche 7 octobre avec le leader du BHK, dont tous les représentants au gouvernement venaient pourtant d’être renvoyés quelques jours avant en raison notamment de la crise provoquée par la polémique sur le scrutin anticipé.

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