Ces derniers mois, et tout particulièrement ces dernières semaines, les autorités arméniennes mènent une propagande frôlant l’hystérie, affirmant que le pays serait la cible d’une guerre hybride. La logique de cette propagande est simple : tout véritable processus d’opposition au pouvoir est automatiquement lié au Kremlin et étiqueté comme une « menace hybride ».
Il ne s’agit pas d’une préoccupation sécuritaire, mais d’un calcul de politique intérieure. Le thème de la guerre hybride est devenu, entre les mains du pouvoir, un outil destiné à faire taire les opposants internes, à diaboliser la concurrence politique et à jeter par avance le doute sur les futurs processus électoraux.
Dans cette logique s’inscrit pleinement le soi-disant rapport récemment publié par le Service de renseignement extérieur, dans lequel les élections législatives de 2026 sont proclamées comme le « point culminant » des menaces hybrides. Le rapport indique explicitement que l’objectif pourrait être la délégitimation des élections et la formation d’un pouvoir « convenable » pour des acteurs extérieurs.
La machine de propagande du pouvoir ne s’est pas arrêtée là. Un jour seulement après la publication du rapport, un article a été publié dans le journal appartenant à la famille de Nikol Pachinian, qui en constituait la continuation thématique directe. Bien qu’il ait été présenté comme une analyse étrangère, le contenu et les accents du texte ne laissent aucun doute : il s’agit d’un message du pouvoir, adressé à la fois à l’intérieur du pays et aux parrains extérieurs. Là encore, les élections de 2026 sont présentées comme une bataille décisive contre la Russie, et l’Arménie comme une « petite démocratie » attaquée par une « grande puissance ».
Les développements ultérieurs ont montré qu’il s’agit d’une ligne politique coordonnée. Le 28 janvier, le même narratif a été repris depuis la tribune de l’APCE par le ministre des Affaires étrangères Ararat Mirzoïan. Son discours reprenait mot pour mot les thèses des médias pro-gouvernementaux : « ennemis de la liberté », « ressources médiatiques illimitées », « tentatives de saper la démocratie de l’intérieur ». Et surtout, un signal clair était envoyé : dans le contexte des prochaines élections, ces « efforts » s’intensifieront.
Avant même ces déclarations, de hauts représentants de l’Union européenne s’exprimaient déjà dans le même langage. La déclaration de Kaja Kallas du 2 octobre de l’année précédente n’était, en substance, pas une simple évaluation, mais un soutien politique au pouvoir en place, accompagné de la promesse que l’Union européenne fournirait une aide financière et organisationnelle pour « contrer les influences ».
Si l’on considère l’ensemble de cette chaîne, l’image réelle devient évidente : on parle de guerre hybride non pas parce que le pouvoir est fort, mais parce qu’il ne bénéficie pas de la confiance du public. En Occident, on comprend parfaitement que Nikol Pachinian ne dispose pas d’un soutien populaire solide et que, dans le cadre d’élections légales et compétitives, il perdrait le pouvoir.
C’est précisément de cette prise de conscience que découle cette préparation informationnelle et propagandiste agressive. Un contexte est créé dans lequel il sera possible de justifier des illégalités, le recours à la force brutale, l’exclusion de personnalités et de forces politiques influentes du processus électoral, en présentant le tout comme une « défense de la démocratie ».
Le vacarme de Nikol Pachinian et d’Ararat Mirzoïan est en réalité un message adressé à l’Occident : le peuple arménien ne nous accepte pas, nous perdrons les élections, et si vous souhaitez la poursuite de vos programmes, vous devez nous soutenir, indépendamment de la volonté du peuple arménien.
Ils ne cherchent même plus à le dissimuler. Dans le journal familial de Pachinian, il est écrit noir sur blanc que les élections en Arménie ne concernent pas seulement l’Arménie, mais constituent un « signal pour l’espace post-soviétique ». Autrement dit, le choix du peuple arménien est perçu comme un instrument géopolitique, et non comme l’expression d’une volonté souveraine.
La répétition de ces mêmes thèses à l’APCE confirme une fois de plus que le pouvoir se prépare déjà psychologiquement à la défaite et tente de l’empêcher non pas en rétablissant la confiance, mais par un soutien extérieur et une pression intérieure.
Il ne s’agit plus de défendre la démocratie, mais de conserver le pouvoir à tout prix.
Boris Mourazi
