La majorité continuait aujourd’hui d’attendre des excuses d’Edgar Ghazaryan, membre d’« Arménie forte ». Le député d’opposition affirmait qu’il n’était pas venu à l’Assemblée nationale pour se taire et satisfaire les souhaits du pouvoir, tandis que son groupe parlementaire invoquait la loi, laissant clairement entendre qu’il n’y aurait pas d’excuses.
Depuis hier, Edgar Ghazaryan est devenu le principal protagoniste au Parlement, où les échanges entre majorité et opposition tournent depuis deux jours autour de ses déclarations.
À la suite de son intervention d’hier, la situation avait failli dégénérer en altercation physique.
Hier, Narek Karapetyan, chef du groupe d’opposition « Arménie forte », avait lui-même qualifié les propos de son collègue de manquement aux règles de bonne conduite. Il avait promis que le groupe examinerait les déclarations de Ghazaryan et informerait ensuite des suites qu’il entendait leur donner.
« Les interventions peuvent être virulentes, elles peuvent être offensantes, inacceptables, etc. Que faut-il faire dans ce cas ? Nous sommes tenus par la loi constitutionnelle portant règlement de l’Assemblée nationale : avertissement, coupure du micro, privation du droit de prendre la parole au micro pendant une séance », a déclaré aujourd’hui Aram Vardevanyan, d’« Arménie forte ».
Vice-président du Parlement et membre d’« Arménie forte », Aram Vardevanyan est également revenu, quoique indirectement, sur la réaction qu’avait eue hier Hayk Konjoryan, membre de « Contrat civil », qui présidait la séance. Hier, les députés d’opposition s’étaient contentés de juger problématiques les formulations employées par leur propre collègue.
« Lorsqu’on préside une séance, il est extrêmement important de ne pas aggraver davantage la situation. Quelles expressions le président de séance a-t-il lui-même employées après les propos que notre groupe avait qualifiés d’inacceptables ? », a demandé Vardevanyan.
Alors que l’opposition appelait à « ne pas répondre à une faute par une autre faute », les députés de la majorité qui s’étaient dits offensés par les propos d’Edgar Ghazaryan et exigeaient ses excuses — parmi lesquels le président de l’Assemblée nationale — employaient aujourd’hui à son égard des expressions similaires. Et celui qui présidait la séance ne rappelait pas ses collègues à l’ordre.
Les députés de la majorité affirment qu’ils ne fermeront pas les yeux et qu’il y aura une réponse, voire une réponse disproportionnée : « Si le terme “scélératesse” est une insulte, qu’il vienne donc présenter ses excuses. Si vous considérez que ce n’est pas une insulte, très bien : œil pour œil, dent pour dent. »
Depuis le matin, le président de l’Assemblée nationale, Ruben Rubinyan, réclamait des excuses de Ghazaryan.
Pourquoi « Arménie forte » a-t-elle changé de position ? Est-ce en raison des critiques formulées depuis hier, lui reprochant d’avoir laissé Ghazaryan seul ? Après la dispute d’hier, seul Levon Kocharyan, du groupe « Arménie », avait pris sa défense.
« Il n’y a absolument aucune contradiction. M. Vardevanyan s’est référé à la loi portant règlement de l’Assemblée nationale, que nous sommes tous tenus de respecter. Il ne s’agit pas de savoir si nous souhaitons ou non nous y conformer : nous avons l’obligation de nous laisser guider par elle », a déclaré Marianna Ghahramanyan, d’« Arménie forte ».
Après l’incident d’hier, Edgar Ghazaryan a changé de place dans l’hémicycle. Depuis le début des travaux du nouveau Parlement, il siégeait à proximité des députés de « Contrat civil ». Aujourd’hui, il s’est installé au dernier rang, dans une tout autre partie de l’hémicycle, plus près du groupe d’opposition « Arménie ».
Il a assuré ne pas en vouloir à son groupe parlementaire, ne pas se sentir abandonné à son sort et n’avoir aucune intention de devenir député indépendant, encore moins de renoncer à son mandat.
« Contrat civil » affirme de son côté qu’il ne dépassera pas les limites, mais qu’il répondra de manière proportionnée, « et même un peu plus ». La proposition de la majorité de travailler sans insultes finira-t-elle, à la prochaine montée des tensions, par se transformer en affrontement ?
