Le secteur de la construction arménien, en plein essor, est confronté à une pénurie de ciment, dont une grande partie est importée d’Iran, pays voisin.
Le ciment n’était disponible que dans deux des nombreux magasins de matériaux de construction d’Erevan visités mercredi par un correspondant de RFE/RL. L’un d’entre eux s’approvisionne auprès de la seule grande cimenterie du pays, située dans la ville d’Ararat, dans le sud. Les livraisons ont partiellement repris mardi après avoir été suspendues il y a plus de deux semaines.
L’usine d’Ararat appartient à Gagik Tsarukian, un homme d’affaires et chef de file de l’opposition arrêté à la suite des élections législatives du 7 juin. Le gouvernement arménien s’en est emparé en juillet, dans le cadre d’une campagne de répression visant Tsarukian et ses nombreuses entreprises, une décision qui a suscité la polémique.
Le ministre de l’Économie, Gevorg Papoyan, a déclaré au début du mois que la production de l’usine avait augmenté depuis la saisie dénoncée comme illégale par les avocats de Tsarukian. M. Papoyan a évoqué des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement en ciment, sans toutefois donner plus de détails.
Le propriétaire d’un autre magasin d’Erevan importe du ciment d’Iran. Selon lui, ces livraisons posent problème depuis quelques semaines, des centaines de camions de ciment étant actuellement bloqués au seul poste-frontière entre l’Iran et l’Arménie.
Certains entrepreneurs locaux, qui ont préféré ne pas s’exprimer devant la caméra, ont eux aussi imputé cette pénurie aux fournisseurs iraniens. Ils ont déclaré au service arménien de RFE/RL que le ciment produit en Arménie était principalement destiné aux grands promoteurs immobiliers et aux entrepreneurs travaillant pour le gouvernement.
Dans ce qui semble être une évolution liée à cette affaire, l’ambassadeur d’Arménie en Iran a rencontré ce week-end le vice-président iranien Hamid Pourmohammadi afin de discuter de ce que sa mission a qualifié d’« obstacles » aux expéditions de marchandises entre les deux pays et des « moyens de les surmonter ». Aucun détail concernant cette discussion n’a été communiqué.
Des frappes aériennes américano-israéliennes ont touché au moins une cimenterie iranienne au début de cette année. Elles ont également perturbé la production iranienne de gaz naturel, largement utilisé par ce type d’installations.
Les importations arméniennes de ciment iranien ont considérablement augmenté ces dernières années, dans un contexte de boom de la construction dans ce pays du Caucase du Sud. L’Iran représentait plus de 40 % des 1,7 million de tonnes de ce matériau de construction essentiel utilisé par le secteur arménien du bâtiment l’année dernière.
Ces pénuries menacent donc la poursuite de l’expansion du secteur. Hovannes, un entrepreneur en bâtiment de Gyumri, a déclaré mercredi que les travaux de construction dans la deuxième plus grande ville d’Arménie étaient pratiquement au point mort à cause d’elles. Il a indiqué que son entreprise était, depuis plusieurs jours, dans l’impossibilité d’acheter du ciment à Gyumri et dans d’autres localités de la province voisine de Shirak.
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