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Les autorités arméniennes confirment qu’un deuxième citoyen azerbaïdjanais a bien fait une intrusion en Arménie où il a été arrêté le 19 octobre

La rumeur concernant l’intrusion d’un deuxième citoyen azerbaïdjanais en territoire arménien se faisait toujours plus insistante en Arménie, encore sous le choc de la cavale sanglante dans la province méridionale arménienne du Syounik d’un prétendu déserteur azerbaïdjanais fin septembre. Jeudi 22 octobre, les autorités arméniennes ont finalement confirmé qu’une deuxième intrusion azerbaïdjanaise avait bien eu lieu, et qu’elles avaient procédé il y a trois jours à l’arrestation de l’intrus.

Le Service national de sécurité (SNS) d’Arménie a précisé que l’individu, présenté sous le nom de Yashar Qasimov serait entré quant à lui en Arménie lundi 19 octobre par sa frontière nord, dans la province du Tavoush, “après s’être perdu”. Soucieux de minimiser la portée d’une affaire que l’on pourrait être tenté de lier à la première, que le pouvoir arménien s’était d’ailleurs employé d’en minorer l’importance, il a souligné que Qasimov était quant à lui un civil, habitant d’un village du district azerbaïdjanais de Tovuz frontalier et quasi homonyme de celui du Tavoush.

“Des mesures appropriées sont prises en vue de rapatrier le citoyen d’Azerbaïdjan”, a indiqué le SNS dans un communiqué.

Les media azerbaïdjanais ont fait savoir un peu plus tard le même jour que Qasimov avait bien été libéré et renvoyé en Azerbaïdjan.

La 5e chaine de la télévision arménienne a été le premier media à rapporter cet incident mercredi. Elle indiquait qu’un ressortissant azerbaïdjanais avait été appréhendé après avoir été repéré par des bergers arméniens aux abords du village d’Aygedzor de la province du Tavoush.

Certains habitants d’Aygedzor et du village Voisin de Chinari avaient confirmé l’information aux journalistes du Service arménien de RFE/RL. Mais les maires des deux communes concernées, pour leur part, prétendaient ne pas être informés d’une telle intrusion. Le ministère de la défense d’Arménie, le SNS et d’autres instances détentrices de l’autorité s’étaient de la même manière refusé à commenter l’information mercredi, s’attirant les critiques de certains députés de l’opposition à Erevan.

Même si les deux incidents semblent de nature bien différente, eu égard aux statuts de leurs protagonistes, un militaire et un civil, il n’en reste pas moins que Qasimov est le deuxième Azerbaïdjanais en moins d’un mois à avoir franchi la frontière éminemment sensible et théoriquement bien gardée séparant l’Arménie de l’Azerbaïdjan. Un soldat azerbaïdjanais, Nasimi Musayev, avait été capturé dans le village de Chaki, de la province méridionale du Syounik le 1er octobre dernier après avoir occupé la maison d’une habitante du village qu’il blessera de son arme automatique alors qu’elle cherchait à le désarmer pour protéger ses enfants qu’il tenait en joue.

Hospitalisée pour ses graves blessures à la main et à la jambe, l’habitante du village, Ani Avetisian, a indiqué que Musayev avait tenté de la tuer ainsi que deux de ses enfants dans la maison du village de Chaki où il s’était retranché après avoir franchi arméno-azérie, distante de quelques kilomètres. Alors qu’elle passe pour une héroïne aux yeux de l’opinion publique arménienne, pour avoir défendu ses enfants sans attendre la police qu’elle avait prévenue de cette intrusion et tardait à venir, le premier ministre arménien Nikol Pachinian a quant à lui ouvertement imputé la fusillade à Avetisian, en lui reprochant de ne pas avoir laissé agir les forces de police ; ces reproches adressés à une femme encore traumatisée et dont les blessures devraient laisser de graves séquelles, doublés d’une volonté manifeste de minimiser un incident qu’il ne faudrait surtout pas mettre sur le compte d’un acte hostile de l’Azerbaïdjan, ont suscité l’indignation des leaders de l’opposition et d’autres détracteurs du gouvernement arméniens qui ont mis en avant la bravoure et le comportement exemplaire de la villageoise.

Les critiques n’ont pas manqué de souligner le fait que le soldat azéri était parvenu à franchir une frontière fortement militarisée et décrite comme inviolable par les autorités d’Erevan pour s’avancer en profondeur arménien sans être repéré et encore moins inquiété. Les autorités d’Azerbaïdjan avaient affirmé pourtant de leur côté que Musayev aurait déserté le 26 septembre de son unité militaire stationnée sur une section de la frontière arméno-azérie et que les autorités arméniennes en auraient été informées. Si elles ne se sont guère étendues sur ce dernier point, les autorités arméniennes ont été promptes à reprendre à son compte la version azérie pour désigner le soldat azéri comme un déserteur, qui aurait cherché refuge en Arménie ou s’y serait éventuellement « égaré » ; des hypothèses d’autant moins vraisemblables que l’intrus, loin de chercher à se rendre aux autorités arméniennes, était prêt à en découdre avec les villageois arméniens et à faire feu sur une mère de famille et ses enfants. Mais pour le gouvernement de Pachinian, il s’agissait avant tout de désamorcer les soupçons relatifs à une tentative de sabotage ou d’espionnage de Bakou ; selon certaines rumeurs circulant en Arménie, Musayev n’aurait pas été seul dans cette intrusion en territoire arménien, mais son comparse serait parvenu à retourner en Azerbaïdjan. En voie d’aboutissement selon les parties concernées, les efforts de paix entre Erevan et Bakou ne sauraient donc être contrariés par cet incident, qui ne traduit en rien quelque hostilité de l’Azerbaïdjan, même si son président Ilham Aliev, dans son discours prononcé au congrès de son parti Yeni Azerbaïdjan le 2 octobre, soit le lendemain même de l’arrestation de Musayev, lançait des menaces à peine voilées à l’Arménie.

S’il n’implique pas un militaire, à ce que l’on sache, l’incident survenu trois semaines après, le 19 octobre, à l’extrémité nord de la même frontière a de quoi embarrasser les autorités arméniennes, qui doivent répondre des failles évidentes dans la sécurité du territoire national. Cela ne les a pour autant pas empêchés de renvoyer au plus vite en Azerbaïdjan ce deuxième intrus, dont on veut bien croire qu’il s’agit d’un villageois azéri égaré en terre arménienne, même si les agents de Bakou ont montré en maintes occasions leurs capacités à passer pour des civils, comme ces ‘militants écologistes’ qui avaient organisé le blocus du Nagorno-Karabakh à partir du 12 décembre 2022 et qui appartenaient en fait aux services de renseignements azéris. Le gouvernement a donc voulu, une fois, encore, faire un geste de bonne volonté, mais l’Arménie ne semble guère en attendre en retour de Bakou, qui a traité toujours avec une extrême dureté les bergers arméniens parfois très âgés égarés en territoire azéri, pour ne pas parler des anciens dirigeants du Karabakh arménien, détenus dans le plus grand isolement dans une prison de Bakou.

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