24 avril 1915 – 24 avril 2026, 111 ans après le déclenchement du génocide des Arméniens perpétré par les turcs sous l’empire Ottoman, à l’ombre d’un siècle de mémoire, les plaies restent ouvertes et plus que jamais, le devoir de mémoire se transmet de génération en génération malgré les efforts d’effacement du peuple arménien par les génocidaires et leurs frères azéris.
LE GRAND RASSEMBLEMENT AU MÉMORIAL DU GÉNOCIDE
Comme le veut la tradition, après la messe d’intercession à l’église arménienne apostolique St Grégoire l’Illuminateur de Beaumont, un cortège s’est dirigé vers le Mémorial du génocide où prés de 1 500 personnes étaient réunies pour la cérémonie de commémoration du premier génocide du XXe siècle.
Rappelons que par décret du 10 avril 2019, le Président de la République Emmanuel MACRON a inscrit le 24 avril au calendrier républicain comme journée de commémoration du génocide arménien ayant emporté les vies de plus de 1,5 million de victimes.
SÉBASTIEN LECORNU, BENOÎT PAYAN, MARTINE VASSAL…

Un parterre important de personnalités politiques de tous bords et fervents défenseurs de la cause arménienne avait pris place au premier rang de la cérémonie.

Fidèle soutien et ami de l’Arménie, le Premier ministre Sébastien LECORNU présent dans la cité phocéenne pour une visite officielle de 2 jours, avait tenu de marquer sa présence pour l’événement avec une prise de parole forte et un discours mémorable.

Étaient également présents aux côtés du Maire de Marseille (DVG) Benoît Payan, la Présidente du département des Bouches-du-Rhône (DVD) Martine Vassal, le vice-président de la Région Sud Ludovic PERNEY représentant le président Renaud Muselier, le consul général de la République d’Arménie à Marseille Ara MKRTCHIAN, les coprésidents du CCAF Sud Aurore BRUNA et Azad BALALAS-KAZANDJIAN et les représentants des autorités préfectorales et militaires.
Les sénateurs (ex RN) Stéphane Ravier, (PCF) Jérémy BACCHI et les députés (LFI) Sébastien Delogu, (RN) Monique Griseti et Franck Alisio entre autres avaient pris place parmi les nombreux autres élus.

« IL Y’A DES VÉRITÉS QUI NE S’EFFACENT PAS, MÊME QUAND CERTAINS VEULENT LES RECOUVRIR DE SILENCE » A. B. K.
Les deux coprésidents du CCAF Sud, Aurore BRUNA et Azad Balalas -Kazandjian ont pris la parole en début de cérémonie après les prières des religieux présents.
BALALAS-KAZANDJIAN a rappelé l’histoire tragique de l’exode des rescapés arméniens qui ont refusé de disparaître et qui ont trouvé refuge à Marseille, ville monde. Il a salué l’intégration exemplaire de la communauté arménienne dans la société française.

Dans son allocution, la coprésidente du CCAF Sud, Aurore BRUNA a lancer un cri contre l’oubli et l’impunité devant le mémorial du génocide de Beaumont en forme de réplique du Fort des hirondelles Tsitsernakaberd à Erevan.
Elle a remercié le Premier ministre Sébastien LECORNU pour sa présence et ses nombreux engagements auprès de l’Arménie, le qualifiant « d’Ami sincère de la cause arménienne ».
Aurore BRUNA a salué la France comme une terre d’espérance en rappelant que Sébastien LECORNU alors ministre des Armées avait œuvré au renforcement des capacités militaires de défense et organisé la formation de militaires arméniens.Elle c’est félicité du partenariat stratégique dont ce soutien militaire est vital pour la défense arménienne.
Avec force et émotion, Aurore BRUNA a lier dans un même souffle, la douleur historique de 1915 et le drame récent de l’Artsakh, qualifié sans détour de première épuration ethnique du XXIe siècle décrivant sans détour les mois de blocus et de famine, l’effacement culturel systématique et le sort des prisonniers politiques détenus arbitrairement dans les geôles azerbaïdjanaises.
Son constat est sans appel : comme en 1915, leur seul crime est d’être Arméniens. Professeur d’Histoire, elle a rapidement recentré son propos sur la nature profonde du crime, un génocide long et méthodique qui refuse de s’éteindre.
Pour l’oratrice, ce processus génocidaire s’appuie sur trois réalités persistantes : l’impunité, le négationnisme et la continuité. Elle a souligné que depuis les massacres de 1894 jusqu’à la récente guerre des 44 jours, l’histoire semble se répéter dans une logique de destruction ininterrompue. « Le vocabulaire change, la haine, non », a-t-elle martelé, dénonçant une déshumanisation qui perdure et qui, hier comme aujourd’hui, traite les victimes comme des êtres à exterminer.
Refusant le silence face à la banalisation de la violence, elle a conclu son discours par une exigence de vérité protégée par le droit. Malgré la noirceur de l’époque, elle a porté un message de résistance mémorielle : « Tant que nous portons la mémoire, tant que nous défendons la justice, alors déjà, la lumière revient ».
« LA DIPLOMATIE DE LA MEMOIRE FACE AU DROIT INTERNATIONAL » A. M.

En tant que représentant officiel de la République d’Arménie, Ara Mkrtchian a ouvert son allocution en citant l’académicien Pierre Nora : « L’oubli est l’ennemi de la mémoire ». Rappelant le martyre d’un million et demi d’êtres humains et l’arrestation humiliante de 650 intellectuels en 1915, il a souligné que commémorer n’est pas seulement un acte de souvenir, mais un engagement pour éviter les erreurs du passé.
Le Consul a exprimé une gratitude solennelle envers la France, saluant sa fidélité et sa fraternité constante, rappelant que l’on reconnaît ses véritables amis dans les moments difficiles. Il a particulièrement remercié le Premier ministre pour son engagement personnel, tout en soulignant le rôle pionnier de l’Arménie sur la scène mondiale. Depuis 2015, le pays parraine des résolutions à l’ONU pour la prévention des génocides et la lutte contre l’impunité.
Invoquant la figure de Raphaël Lemkin, le juriste qui a forgé le concept de génocide après avoir été marqué par le sort des Arméniens, Ara Mkrtchian a affirmé que la justice ne doit pas être rendue par les victimes, mais par des tribunaux internationaux. Malgré l’adversité, il a conclu sur un message de détermination, convaincu que la force de l’identité et de la culture arméniennes permettra à la nation de se tenir debout, forte et fière.
« ENTRE LE DEUIL DE L’ARAXE ET LE BOUCLIER DE LA REPUBLIQUE » B.P.

Devant une assistance recueillie pour le 111ème anniversaire du génocide, le Maire de Marseille, Benoît Payan, a prononcé un discours d’une intensité dramatique rare, plaçant la commémoration sous le signe d’un devoir sacré qui transcende les époques. Affirmant que là où la mémoire s’éteint, l’avenir s’assombrit, il a rappelé avec gravité que la folie génocidaire de 1915 ne s’est pas seulement attaquée aux corps, mais a cherché à anéantir l’âme même d’un peuple en visant ses poètes, ses médecins et son alphabet.
LE STYX DE L’ANATOLIE
L’image la plus frappante de son intervention restera la métaphore fluviale : le Maire a décrit l’Araxe, fleuve nourricier de l’Arménie, se colorant du sang des victimes pour devenir un Styx sorti des enfers. Évoquant le million et demi de noms consumés dans le silence du monde, il a retracé les routes de l’exil jonchées de larmes, tout en rendant hommage à la résilience d’un peuple qui, au pied du mont Ararat, a survécu aux velléités de conquête des empires les plus puissants.
« MARSEILLE, LA NOUVELLE RIVE DE L’ARMÉNIE » B. P.
Benoît Payan a ensuite lié l’identité marseillaise à celle des rescapés, décrivant la ville comme une terre d’accueil où l’Arménie a trouvé refuge sans jamais s’y diluer. Il a dépeint avec émotion ces exilés arrivés sur les quais avec un bagage léger et le cœur lourd, mais qui ont su reconstruire leur vie les poings serrés et la conscience tranquille. « Ici à Marseille, les Arméniens sont et seront toujours chez eux », a-t-il affirmé, érigeant la ville en sanctuaire de l’arménité.
DE LA POÉSIE DE MANOUCHIAN AUX CANONS CAESAR
Le discours a pris une tournure résolument politique et contemporaine lorsque le Maire a évoqué son récent voyage à Erevan et son choc au panthéon de Yerablour devant les tombes de jeunes soldats de 18 ans tombés récemment.
Dans son vibrant discours, Benoît PAYAN fait un parallèle historique audacieux en liant le sacrifice de ces jeunes appelés à celui de Missak MANOUCHIAN et des résistants de l’Affiche Rouge.
Rebel et cocardier, il s’est félicité de l’aide militaire française, saluant la décision du gouvernement de livrer des canons CAESAR à l’Arménie. Benoît PAYAN a opéré un glissement sémantique pour définir ces armes non comme des outils de mort, mais comme des instruments de paix destinés à prévenir toute attaque et à protéger la souveraineté arménienne face au joug panturquiste. Il a conclu en appelant les Marseillais d’origine arménienne à porter haut leur double culture, symboles d’une justice qui ne plie jamais le genou.
« NOS VALEURS NE SONT PAS À VENDRE » L. P.

S’exprimant au nom de la Région Sud et représentant son président Renaud MUSELIER, Ludovic PERNEY a ouvert son allocution par un rappel brutal de la réalité du premier génocide du XXe siècle, décrivant le calvaire des victimes, hommes, femmes et enfants pendus, écartelés, brûlés vifs entre 1915 et 1916.
Pour l’élu, l’essence même de ce crime réside dans le fait d’être coupable d’être soi-même. Il a souligné que la France fut non seulement une terre de refuge, mais que ses nouveaux enfants d’origine arménienne sont devenus ses plus fiers défenseurs, à l’image de Missak MANOUCHIAN.
Le vice-président a cité un passage de la lettre d’adieu du résistant à sa femme Mélinée en rappelant que l’histoire n’était pas une fatalité : « Il y a des heures où la volonté de quelques hommes brise le déterminisme ».
Le ton s’est durci lorsque l’élu a abordé la situation contemporaine. Il a dénoncé un monde qui se polarise, où la brutalité revient comme mode de régulation des États.
LA DIPLOMATIE PAR LES ACTES : LE BOYCOTT D’ISOLA 2000
Le point d’orgue politique de son discours a été l’affirmation d’une solidarité régionale concrète. Ludovic Perney a rappelé la décision radicale prise par Renaud MUSELIER a renoncer à l’accueil d’une étape de la Coupe du monde de snowboard cross à Isola 2000 car l’un des sponsors principaux était l’office du tourisme de l’Azerbaïdjan.
« Nos valeurs ne sont pas à vendre et nous le disons clairement », a-t-il affirmé avec fermeté.
Enfin, l’élu a conclu sur la fragilité des systèmes politiques, rappelant que les démocraties sont mortelles. Il a appelé à une exigence de transmission envers la jeunesse, non seulement des faits, mais d’une morale de résistance face aux réécritures opportunistes de l’histoire et aux théories du complot.
« ROMPRE LE SILENCE, ARMER LA LIBERTÉ » M. V.

C’est par une évocation sensorielle et presque cinématographique que la Présidente du département des Bouches-du-Rhône a ouvert son discours, rappelant ce silence étrange, presque irréel qui régnait dans les maisons arméniennes en avril 1915. Pour l’élue, ce silence n’était pas une pause, mais le début de l’effacement. Face à cette tentative d’annihiler un peuple, elle a martelé que la mémoire est un acte de résistance. Le silence est le dernier acte du génocide. En conséquence, elle a invité l’assistance à faire le choix inverse, parler, transmettre et rendre visible l’invisible.
« POUR MOI, L’ARMÉNIE N’EST PAS UNE CAUSE LOINTAINE. ELE EST UNE PART DE MOI » M. V.
Au-delà de la commémoration historique, le discours a pris une tournure très personnelle évoquant le sang de ses ancêtres qui coule dans ses veines. Ce lien intime a servi de pivot pour aborder les tragédies actuelles. Déclarant que l’histoire semble se répéter, elle a dénoncé le sort des prisonniers de l’Artsakh détenus par le régime azéri, dont les visages sont désormais exposés sur l’Esplanade Charles AZNAVOUR, sur le parvis même de l’Hôtel du département, afin de leur rendre leur humanité.
« Leur seul tort étant d ‘avoir défendu leur terre et leur identité », dit-elle.
La Présidente a toutefois voulu dépasser le stade de l’émotion pour proposer une vision stratégique. Elle a affirmé que la fraternité devait se transformer en une alliance concrète, notamment par le biais de la souveraineté économique. Selon elle, une économie forte est une armure pour la liberté.
En encourageant les investissements et les partenariats durables entre la Provence et la terre arménienne, elle entend offrir au peuple arménien les moyens de son autonomie et de sa sécurité. Elle a conclu sur une promesse de transmission, assurant à la jeunesse d’Arménie : « la Provence est votre alliée, la France est votre sœur. Ensemble, nous bâtirons un avenir où l’Arménie ne sera plus une victime de l’Histoire, mais une actrice forte, libre et respectée du monde de demain ».
LE PLAIDOYER MÉMORIEL DE SÉBASTIEN LECORNU À MARSEILLE

Dans le cadre solennel de cette journée nationale, le discours du Premier ministre Sébastien LECORNU, le plus célèbre moine soldat de France, comme il s’est lui-même défini, a marqué les esprits par une évocation sans détour de la barbarie de 1915.
À travers la France et son Premier ministre, c’est la voix d’un homme d’État, humaniste et républicain attaché à ses valeurs qui a retentit au cœur de Marseille ce vendredi 24 avril 2026.
Le regard sombre et la voix chargée d’émotions, refusant les euphémismes, il a dépeint l’horreur d’un peuple pris au piège dans ses propres vallées, au pied des neiges éternelles du mont Ararat, à l’ombre des clochers séculaires qui jalonnent le Caucase, au cœur d’un pays de Cocagne où les histoires millénaires se chantent et se dansent au son du Kochari.
Sébastien LECORNU a évoqué avec une précision glaçante les villages raflés, les familles brûlées vives dans leurs foyers et les exécutions sommaires au bord des rivières. Le ministre a particulièrement insisté sur la cruauté d’un système s’en prenant aux plus vulnérables, évoquant des enfants traqués jusqu’au ventre de leurs mères.
Pour étayer la thèse d’un crime d’État « pensé, organisé, ordonné », Sébastien LECORNU a cité un télégramme officiel de l’époque, pièce à conviction d’une volonté d’exterminer sans écouter les sentiments de la conscience. Ce grand crime, qui a coûté la vie à plus d’un million et demi d’êtres humains, ne saurait toutefois effacer, selon lui, la grandeur d’une culture millénaire qui survit aujourd’hui dans le regard des descendants de l’exil.
Le chef du gouvernement a également tenu à inscrire cet hommage dans la longue durée des relations franco-arméniennes. Il a rappelé que l’union sacrée entre les deux nations remonte au roi Léon V de Lusignan et a été portée par les plus grandes voix de la République, de Jean Jaurès à Georges Clemenceau, qui qualifiait déjà l’Arménie de vaillante petite alliée.
« L’ARMÉNIE VIT AU CŒUR ET AU CREUX DE NOS CŒURS » S. L.
Dans son allocution le Premier ministre a marqué avec détermination son soutien et celui de la France à son amie, l’Arménie. il a réaffirmé que la France fait vivre la mémoire des ancêtres comme une part intégrante de sa propre identité nationale. L’Arménie a survécu, elle vivra. La France est toujours à ses côtés. Et je le dis devant vous aujourd’hui, la souveraineté d’un pays ami ne se négocie pas. C’est pourquoi la France soutient l’Arménie, diplomatiquement, mais aussi, depuis maintenant quelque temps, militairement », dit-il.
« DES ARMES FRANÇAISES SONT ENVOYÉES RÉGULIÈREMENT EN ARMÉNIE POUR QU’ELLE PUISSE SE DÉFENDRE ET SE PROTÉGER »
« Des militaires français forment des militaires arméniens sur leur sol.
Parce que l’histoire entre nos deux peuples est vieille d’un millénaire. Parce que l’amitié entre nos deux nations s’est renforcée dans les plus dures épreuves. Et tout simplement parce que c’est l’Arménie et parce que nous sommes la France.
Hommage aux victimes du génocide arménien. Vive l’amitié entre la France et l’Arménie », a-t-il déclaré.

Une fois les hymnes éteints, le protocole a laissé place à la proximité : le Premier ministre et les élus ont longuement salué les porte-drapeaux avant de s’immerger dans une déambulation au cœur de la foule, scellant par ces échanges et ces photos l’union entre le sommet de l’État et la mémoire vive du peuple marseillais, dont l’identité est aujourd’hui indissociable de l’héritage arménien.
Texte et photos : Alain Alexan SARKISSIAN
