Le parquet a fait appel de la récente décision d’un tribunal arménien d’annuler la peine de prison prononcée à l’encontre d’un archevêque connu pour ses prises de position, qui avait été arrêté l’année dernière dans le cadre de la campagne controversée menée par le Premier ministre Nikol Pashinian pour évincer le catholicos Garegin II.
L’archevêque Mikael Ajapahian, basé à Gyumri, a été placé en détention en juin 2025, au lendemain de la menace proférée par Pashinian de déloger de force le chef suprême de l’Église apostolique arménienne de son siège d’Echmiadzin. Il a été inculpé pour avoir appelé au renversement violent du gouvernement arménien.
M. Ajapahian, qui dirige le diocèse de la province arménienne de Shirak, a rejeté cette accusation, la qualifiant de motivée par des considérations politiques, lors de son procès à Erevan, qui s’est déroulé avec une rapidité inhabituelle et s’est conclu en octobre par une condamnation à deux ans de prison. En juin de cette année, la Cour d’appel a infirmé le verdict, libéré M. Ajapahian de son assignation à résidence, mais s’est abstenue de l’acquitter formellement. Elle a donné raison aux avocats de la défense, qui faisaient valoir qu’en vertu de la loi arménienne, il aurait dû être jugé par un tribunal de Gyumri.
La procureure générale Anna Vardapetian a formé cette semaine un pourvoi devant la Cour de cassation pour faire annuler cette décision. Ajapahian, qui a été placé en résidence surveillée en février, sera rejugé à Gyumri si la Cour rejette le pourvoi.
L’avocat d’Ajapahian, Roman Aharonian, a insisté vendredi sur le fait que ce religieux de 63 ans aurait dû être jugé dans sa ville natale, car c’est là qu’il aurait lancé son appel présumé en faveur d’un changement de régime par la violence. M. Aharonian a déclaré que les autorités chargées de l’application de la loi avaient délibérément transféré le procès à Erevan, car elles avaient compris qu’Ajapahian était très respecté dans la région de Shirak et qu’un tribunal local n’oserait peut-être pas le condamner à une peine d’emprisonnement.
Un procureur chargé du dossier avait précédemment affirmé que les enquêteurs n’avaient pas pu déterminer où Ajapahian avait tenu ses propos, ceux-ci ayant été relayés par de nombreux médias nationaux. Les poursuites à l’encontre d’Ajapahian s’appuient sur une interview datant de juin 2025, dans laquelle il déplorait l’incapacité de l’armée arménienne à renverser Pashinian et, par là même, à « sauver » l’Arménie et le Haut-Karabakh à la suite de la guerre de 2020 avec l’Azerbaïdjan.
Deux autres archevêques et un évêque fidèles à Garegin ont également été arrêtés l’année dernière pour des chefs d’accusation différents, qu’ils ont fermement niés. À l’instar d’Ajapahian, ils ont ensuite été placés en résidence surveillée.
En janvier, les autorités ont également mis en examen six autres évêques ainsi que Garegin lui-même, mais se sont abstenues de les arrêter. Leur procès s’est ouvert la semaine dernière. Le président du tribunal s’est récusé lors de la première audience.
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