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Le gouvernement publie un rapport sur la « crise au sein de l’Église » : le Saint-Siège d’Etchmiadzine le juge anticonstitutionnel

Il existe une crise au sein de l’Église qui, selon le Centre des relations publiques et de l’information rattaché au cabinet du Premier ministre, devrait trouver son dénouement avec le départ du Catholicos et l’élection d’un nouveau Catholicos.

Dans ce rapport d’environ 80 pages, lorsqu’il évoque Garéguine II, le cabinet du Premier ministre Pachinian emploie soit l’expression « Catholicos de fait », soit, beaucoup plus fréquemment, celle de « chef de fait de l’Église », cette dernière apparaissant à 215 reprises.

Selon le gouvernement, la crise au sein de l’Église tient d’abord au fait que le Catholicos de tous les Arméniens aurait violé son vœu de célibat et aurait un enfant, ce qui serait incompatible avec les exigences canoniques imposées au chef de l’Église.

« Les actions visant à provoquer des divisions au sein de l’Église n’ont aucune justification et n’aboutiront à aucun résultat bénéfique », a déclaré Garéguine II.

Le Catholicos, qui résiste depuis plus d’un an aux appels du Premier ministre réclamant son départ, s’est également exprimé sur la question de l’enfant qui lui est attribué :

« Si un crime ou un péché est reproché à un ecclésiastique, il doit être porté devant les instances compétentes. C’est là que la question doit être examinée et qu’une décision appropriée doit être prise. Je ne considère pas qu’il soit juste que les ecclésiastiques répondent individuellement à chacune des accusations portées contre eux. Il existe une instance compétente : l’instance ecclésiastique. »

Le rapport reprend également les accusations de Pachinian selon lesquelles Garéguine II et des membres de sa famille mettraient l’Église au service des intérêts de pays étrangers. À en juger par les arguments développés par la suite, c’est la Russie qui est visée.

Les auteurs réitèrent notamment l’affirmation selon laquelle le frère du Catholicos aurait été un agent du KGB, accusation que le primat du diocèse de Russie et du Nouveau-Nakhitchevan a démentie.

Le Catholicos et plusieurs hauts dignitaires religieux sont également accusés de persécuter leurs détracteurs et de mener des activités politiques d’opposition. Selon le rapport, cette confrontation a culminé avec le mouvement « Lutte sacrée » de 2024, qui réclamait la démission du Premier ministre et était dirigé par l’archevêque Bagrat, primat du diocèse de Tavush.

La confrontation entre le pouvoir et les hauts responsables de l’Église s’est intensifiée à partir du milieu de l’année dernière. Si, dans un premier temps, Nikol Pachinian invoquait la violation du vœu de célibat pour justifier la nécessité du départ du Catholicos, il y ajoute désormais la question de l’Artsakh :

« Plusieurs ecclésiastiques obéissant directement aux instructions de Ktrich Nersissian [nom civil de Garéguine II], et je parle de ce que j’ai moi-même constaté, lancent depuis l’autel, pendant les saintes et immortelles liturgies, des appels à Dieu pour qu’il protège la République d’Artsakh, transformant ainsi l’Église en une institution de propagande en faveur de la guerre. C’est l’une des raisons pour lesquelles le chef de fait de l’Église apostolique arménienne doit être invité à prendre sa retraite, mais ce n’est pas la seule. »

Le rapport insiste également sur le manque de transparence financière de l’Église, notamment en ce qui concerne les dons.

Bien qu’il affirme s’appuyer sur des sources ouvertes, le document publie également des allégations concernant la vie sexuelle et l’orientation sexuelle d’ecclésiastiques proches du Catholicos, présentées comme des preuves d’une application sélective des règles de bonne conduite au sein de l’Église.

Le Saint-Siège dénonce un processus « anticonstitutionnel »

Dans la soirée, le Saint-Siège d’Etchmiadzine a réagi au rapport préparé par le gouvernement, le qualifiant d’« anticonstitutionnel, anticanonique et illégal ». Il a également jugé inacceptable « tout mouvement de réforme dicté par des approches politiques arbitraires, des manœuvres et des contraintes ».

« Cette politique condamnable visant à affaiblir l’Église et à discréditer le clergé ne pourra jamais servir le bien de la patrie et de notre peuple dispersé à travers le monde, ni renforcer son unité et, encore moins, permettre de faire face aux épreuves actuelles dans un contexte de menaces extérieures pesant sur notre sécurité », indique le communiqué diffusé par le Saint-Siège.

Le pouvoir évoque des mesures concrètes, l’opposition dénonce un processus illégal

Bien que la Constitution dispose que les organisations religieuses sont séparées de l’État et que la liberté de leurs activités doit être garantie par celui-ci, l’exécutif a également présenté, étape par étape, sa vision du processus allant du départ du Catholicos jusqu’à l’élection de son successeur.

Depuis New York, Nikol Pachinian a commenté le rapport préparé par ses services. Il n’avait auparavant pas exclu que celui-ci puisse également servir de base à la création d’une commission d’enquête parlementaire et faire l’objet de débats.

L’opposition qualifiait déjà le processus d’illégal avant même la publication du rapport.

« Tous les processus auxquels nous avons assisté au cours de cette dernière année sont, dans leur essence, anticonstitutionnels et constituent une ingérence directe dans les affaires internes de l’Église. Cette campagne systématique contre l’Église poursuit un seul objectif : ébranler ce qui est peut-être l’institution la plus importante parmi les piliers de notre identité, l’Église apostolique arménienne. Nous avons également des raisons sérieuses de soupçonner qu’il s’agit en réalité de servir un agenda extérieur : je parle de l’agenda azerbaïdjanais », a déclaré Marianna Ghahramanyan, députée d’« Arménie forte ».

Alors que les opposants se disent convaincus que Pachinian échouera, les représentants du pouvoir évoquent déjà les mesures concrètes susceptibles de suivre la publication du rapport.

Hasmik Hakobyan, députée du parti « Contrat civil », n’a pas exclu de nouvelles initiatives législatives.

« Il y a notamment la question de la fiscalité de l’Église. Certains secteurs ne sont pas imposés. Nous avons indiqué que cette imposition pourrait également prévoir une restitution des impôts à l’Église. Il ne s’agit donc pas pour le budget de l’État de s’enrichir grâce aux impôts de l’Église, mais d’une question de transparence, afin que les fidèles puissent voir à quoi servent leurs dons », a déclaré la députée de la majorité.

Malgré la campagne menée sur ce sujet, le Premier ministre et ses alliés n’ont pas développé davantage leur projet visant au départ du Catholicos. La question a néanmoins été intégrée au programme quinquennal du gouvernement.

On ignore encore quelles formulations et quelles dispositions concernant l’Église figureront dans le projet de nouvelle Constitution élaboré par le gouvernement Pachinian, et si la disposition actuellement en vigueur sera modifiée.

« Je ne suis pas habilitée à faire des déclarations concernant un projet qui n’a pas encore été rendu public, mais vous n’y trouverez aucun bouleversement majeur sur cette question », a indiqué Hasmik Hakobyan.

La confrontation entre le pouvoir et les hauts dignitaires de l’Église s’est intensifiée à partir du milieu de l’année 2025. Alors que les autorités accusent l’Église de réprimer les voix dissidentes, l’opposition qualifie de persécutions politiques les poursuites engagées contre le Catholicos et plusieurs hauts responsables religieux.

Cette année, pour la première fois dans l’histoire de l’Arménie indépendante, le chef de l’Église apostolique arménienne a comparu devant un tribunal. Avant lui, plusieurs évêques et archevêques de haut rang avaient également été traduits en justice.

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