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L’Arménie a-t-elle encore le droit de se défendre ? Le réarmement d’Erevan irrite Bakou

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©armenews.com

L’Arménie aurait-elle perdu jusqu’au droit de se défendre ? À lire le journaliste azerbaïdjanais Faig Mahmudov, dont une tribune publiée par le 8 octobre sur le site azerbaïdjanais News.Az ( 1 ) s’inquiète de la coopération militaire grandissante entre Erevan et Varsovie, on pourrait presque le croire. Car dans le Caucase du Sud, il semble exister une étrange règle : l’Azerbaïdjan peut consacrer des milliards à son armée, moderniser ses équipements et entretenir sa supériorité militaire, mais lorsque l’Arménie tente de reconstruire ses capacités de défense, voilà que la paix régionale serait menacée.

Le contraste est saisissant. Selon les prévisions budgétaires pour 2026, Bakou consacre environ 8,7 milliards de manats, soit plus de 5 milliards de dollars, à la défense et à la sécurité nationale. Une enveloppe représentant près de 21 % des dépenses publiques. Et ce n’est pas un phénomène nouveau : selon les données publiées en septembre 2026, les dépenses azerbaïdjanaises dans ce domaine ont progressé de près de 80 % depuis 2020.

C’est pourtant le rapprochement militaire entre la Pologne et l’Arménie qui préoccupe Faig Mahmudov. L’ éditorialiste pointe les discussions concernant les chars, les drones, les systèmes de défense antiaérienne, les communications sécurisées ou encore la modernisation des équipements soviétiques toujours utilisés par l’armée arménienne.

Il s’inquiète également de la formation de militaires arméniens en Pologne, des perspectives de transferts technologiques et d’une éventuelle coopération industrielle à long terme. Autant de développements qui pourraient, selon lui, modifier progressivement l’équilibre stratégique régional.

L’accord de coopération technico-militaire signé le 26 février 2026 à Varsovie entre les ministères de la Défense arménien et polonais, dont le gouvernement arménien a approuvé le projet de ratification le 11 septembre, s’inscrit pourtant dans une politique de diversification des partenariats engagée par Erevan après ses défaites militaires de 2020 et de 2023.

Mais pour Faig Mahmudov, le danger serait aussi psychologique. Il estime que l’acquisition de nouvelles armes pourrait encourager certains responsables arméniens à croire qu’ils peuvent rééquilibrer le rapport de force et adopter une attitude plus ferme envers Bakou. Il évoque ainsi le risque d’une résurgence des ambitions « revanchistes » arméniennes.

Une accusation qui mérite pourtant d’être retournée. Car si l’Arménie cherche à moderniser son armée, c’est précisément parce que les guerres de 2020 et de 2023 ont démontré sa vulnérabilité face à la puissance militaire azerbaïdjanaise. La conquête du Haut-Karabakh en septembre 2023, suivie de l’exode de plus de 100 000 Arméniens, reste au cœur des inquiétudes sécuritaires d’Erevan.

Les chiffres de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) rappellent d’ailleurs l’ampleur de la militarisation régionale : en 2025, les dépenses militaires représentaient 6,5 % du PIB azerbaïdjanais contre 6,1 % de celui de l’Arménie. Des proportions proches, mais appliquées à des économies de tailles très différentes, qui ne se traduisent donc pas par des moyens comparables.

La tribune de News.Az reproche également à la Pologne une forme de duplicité : comment un État membre de l’Union européenne peut-il défendre officiellement la paix tout en participant au renforcement militaire de l’Arménie ? L’argument pourrait être recevable s’il était appliqué avec la même rigueur à tous les protagonistes du conflit.

Or le journaliste reconnaît lui-même que l’Azerbaïdjan dispose de capacités militaires, technologiques et économiques supérieures à celles de son voisin. Il admet même que le partenariat polono-arménien ne constitue pas une menace stratégique immédiate pour Bakou.

Dès lors, que redoute véritablement l’Azerbaïdjan ? Une nouvelle guerre ou la possibilité que l’Arménie dispose un jour de moyens suffisants pour dissuader toute nouvelle offensive ?

À travers cette polémique, c’est toute l’ambiguïté du discours sécuritaire azerbaïdjanais qui apparaît. Bakou réclame une paix durable tout en maintenant un effort militaire considérable. Dans le même temps, une partie de ses commentateurs présente la reconstruction des capacités défensives arméniennes comme une provocation.

Derrière les mises en garde de Faig Mahmudov se pose une question beaucoup plus fondamentale : l’Azerbaïdjan souhaite-t-il réellement une paix entre deux États souverains, ou une paix dans laquelle l’Arménie resterait durablement incapable de se défendre ?

Et à force de dénoncer chaque tentative d’Erevan pour restaurer sa sécurité, Bakou risque surtout de conforter les Arméniens dans une conviction : face à un voisin aussi puissamment armé, la paix ne saurait reposer uniquement sur des promesses.

(1) https://news.az/news/what-does-poland-seek-by-deepening-military-cooperation-with-armenia

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