Un nouveau coup de filet policier vient de mettre en lumière l’ampleur prise en France par une filière d’armes en provenance de Turquie. Sept ressortissants turcs ont été mis en examen à Versailles, soupçonnés d’avoir alimenté le grand banditisme et le narcotrafic franciliens en pistolets contrefaits, notamment des copies de Glock.
L’opération, menée par la Brigade de répression du banditisme (BRB) de Versailles après plusieurs mois d’enquête, a permis la saisie de 47 armes de poing neuves et de plus de 120 000 euros en espèces. Six des sept suspects ont été placés en détention provisoire. Les armes, fabriquées en Turquie, étaient revendues plusieurs milliers d’euros pièce sur le marché clandestin.
L’affaire est d’autant plus préoccupante qu’elle ne semble pas isolée. Quelques jours auparavant, une autre enquête avait conduit à la saisie de quelque 150 pistolets contrefaits et à l’interpellation de membres présumés du réseau criminel turc « Daltonlar », organisation désormais implantée dans plusieurs pays européens. Fin août, un homme avait par ailleurs été intercepté gare de Lyon, à Paris, avec 35 armes similaires dans ses bagages.
Ces saisies successives dessinent les contours d’une véritable filière d’approvisionnement du crime organisé français. Les enquêteurs s’inquiètent notamment de la facilité avec laquelle certaines de ces armes peuvent être transformées ou équipées de dispositifs augmentant considérablement leur puissance de feu.
Le phénomène est suffisamment sérieux pour avoir été identifié par les autorités françaises avant même ces dernières opérations. Dans son bilan 2025, la Douane française soulignait que « la Turquie reste un pays sensible » concernant la provenance des pistolets d’alarme transformés et des armes contrefaites. La Gendarmerie nationale a également alerté cette année sur le développement des armes factices modifiées pour tirer des munitions réelles, en relevant le rôle croissant des filières turques.
Au-delà du spectaculaire bilan des dernières saisies, c’est donc une évolution plus profonde qui inquiète : l’installation d’une nouvelle route d’approvisionnement capable de fournir en quantité des armes relativement bon marché aux réseaux criminels français. Une filière turque que les services spécialisés semblent désormais considérer comme une menace durable.
