Le mouvement « Arménie forte » remet au premier plan la question de l’installation de 300 000 Azerbaïdjanais en Arménie.
« Cette question est présentée au Milli Mejlis (le Parlement azerbaïdjanais), elle est coordonnée et financée personnellement par le chef de l’administration présidentielle d’Azerbaïdjan », a déclaré Narek Karapetian, tête de liste de l’alliance.
Il a présenté aujourd’hui ce qu’il appelle le « concept de retour », publié par Bakou il y a plusieurs années sous le titre : « Retour pacifique, sûr et digne des Azerbaïdjanais expulsés d’Arménie ». « Arménie forte » a imprimé ce document en neuf langues et invite les citoyens à prendre connaissance des menaces qu’il contient.
« Les personnes que l’on veut simplement envoyer en Arménie devront disposer de forces de sécurité. C’est la réalité », a affirmé le candidat.
Selon Narek Karapetian, il s’agit de l’une des principales priorités de l’agenda politique azerbaïdjanais. Différentes initiatives seraient menées dans ce sens : des chercheurs étudient les bases d’un éventuel retour, le cheikh-ul-islam Allahchukur Pachazadé évoque la restauration de mosquées, tandis que forums et conférences sont organisés sous l’intitulé d’« Azerbaïdjan occidental ».
« L’Université d’économie de Bakou a même ouvert une chaire chargée d’étudier nos mines. Que dire de plus ? », a-t-il ajouté.
Le candidat d’« Arménie forte » ne pense pas que ces initiatives soient destinées uniquement à l’opinion publique azerbaïdjanaise :
« Ce n’est pas pour un usage interne. Organiser à dix kilomètres de Meghri un forum international consacré au retour, ce n’est pas destiné au public intérieur. Organiser un forum à Bruxelles sur cette question non plus. Ces gens ont des visées sur cette terre. »
Le concept azerbaïdjanais précise que la question du « retour en Azerbaïdjan occidental » devrait être intégrée à un traité de paix arméno-azerbaïdjanais comme une obligation de la partie arménienne. Une telle disposition ne figure toutefois pas dans le texte du traité déjà paraphé. Pourquoi, dès lors, Narek Karapetian estime-t-il que 300 000 Azerbaïdjanais seraient sur le point d’arriver en Arménie ?
« Tout ce que l’Azerbaïdjan a demandé, le gouvernement actuel l’a accordé », a répondu un membre du conseil d’« Arménie forte ».
Entre-temps, le Premier ministre Nikol Pachinian s’en est violemment pris à Samvel Karapetian, homme d’affaires russo-arménien et dirigeant d’« Arménie forte », également oncle de Narek Karapetian :
« Toi, le gars de Kalouga, tu passeras des décennies en prison. Tu passeras des décennies en prison comme espion agissant contre l’État arménien », a déclaré Pachinian.
Pour le Premier ministre, remettre sur le devant de la scène la question des 300 000 Azerbaïdjanais revient à agir contre les intérêts de l’État arménien. Il a abordé le sujet tantôt avec véhémence, tantôt sur un ton plus posé.
« Ceux qui parlent du retour des Azerbaïdjanais sont les mêmes qui parlent activement du retour de la population du Karabagh. Ce sont les mêmes forces qui défendent ces deux idées, parce que l’une ne peut exister sans l’autre. C’est pourquoi je les qualifie de “parti tricéphale de la guerre” : ils cherchent à exacerber les tensions et à créer des situations conflictuelles », a déclaré le chef du gouvernement.
Bien avant la campagne électorale, Bakou posait déjà régulièrement des questions explicites : « Quand les Azerbaïdjanais pourront-ils revenir ? Comment garantirez-vous leur sécurité ? », en référence à ce qu’Aliyev appelle « l’Azerbaïdjan occidental ». Bakou désigne ainsi une partie du territoire souverain de l’Arménie.
À plusieurs reprises, Pachinian a affirmé que la conclusion de la paix mettait fin à la revendication liée au Karabagh et, par conséquent, à la question dite de « l’Azerbaïdjan occidental ».
« Oui, nous avons clos la question du retour de 500 000 Arméniens en Azerbaïdjan et, ce faisant, nous avons également clos celle du retour des Azerbaïdjanais », a assuré le Premier ministre.
L’équipe d’« Arménie forte » affirme pourtant quotidiennement que, si Pachinian est réélu, le plan de Bakou deviendra réalité et que 300 000 Azerbaïdjanais s’installeront en Arménie. Cette thèse est également relayée dans des vidéos de campagne montrant des Azerbaïdjanais « déjà arrivés ».
« Ils utiliseront tous leurs moyens de pression, comme ils l’ont fait pour imposer le changement de Constitution », a soutenu Narek Karapetian.
Interrogé sur les moyens de neutraliser ce supposé plan de retour, Karapetian a estimé qu’il fallait instaurer des restrictions. Selon lui, les Azerbaïdjanais ne devraient pas avoir le droit de séjourner plus de dix jours en Arménie.
« Nous serons des voisins normaux, mais nous ne serons pas des amis », a-t-il déclaré.
Certaines vidéos diffusées par « Arménie forte » ont particulièrement irrité Pachinian. Dans l’une d’elles, une directrice de maternelle déclare avec un demi-sourire :
« Vous savez, nous avons accepté les enfants de Safarov, mais nous ne pouvons pas prendre les vôtres. »
Le Premier ministre a vivement réagi :
« Celui qui a tourné cette vidéo est un malade mental. »
D’une manière générale, le spectre des « 300 000 Azerbaïdjanais » apparaît régulièrement dans la campagne du parti au pouvoir. Aujourd’hui encore, à Berdavan, un habitant a fait part de son inquiétude à Pachinian :
« On dit que 300 000 Turcs vont venir. »
« Celui qui dit cela se cogne la tête contre les murs », a répliqué le Premier ministre, répétant la formule à quatre reprises. Les personnes présentes ont ensuite éloigné le citoyen du rassemblement.
Reprinted with permission from RFE/RL Copyright(c)2007 Radio Free Europe / Radio Liberty, Inc.1201 Connecticut Ave, t N.W. Washington DC 200
