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À Paris, un mémorial pour les victimes du génocide des Tutsi : la mémoire comme rempart universel face aux crimes contre l’humanité

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©armenews.com

Le président français Emmanuel Macron et son homologue rwandais Paul Kagame ont inauguré mardi 2 juin à Paris un mémorial national dédié aux victimes du génocide des Tutsi du Rwanda de 1994. Érigé sur l’esplanade Habib-Bourguiba, au bord de la Seine, ce monument constitue à la fois un hommage aux quelque 800 000 victimes exterminées en l’espace de cent jours et une nouvelle étape dans le travail de mémoire engagé par la France sur son rôle durant cette tragédie.

Conçu par l’artiste Grada Kilomba sous le titre « L’Archive », le mémorial se présente sous la forme de deux stèles de laiton noir dressées sur une dalle de pierre volcanique. Son dépouillement volontaire invite au recueillement et à la réflexion plutôt qu’à la démonstration monumentale.

Dans son discours, Emmanuel Macron, citant Vincent Duclert, président de la commission Rwanda mais aussi historien du génocide arménien,  a souligné que ce monument inscrivait désormais « le génocide des Tutsi au cœur de notre capitale et de notre histoire ». Le chef de l’État a également salué « l’aboutissement d’un long et patient travail de vérité », faisant référence au processus engagé ces dernières années pour éclairer les responsabilités françaises dans les événements qui ont précédé et accompagné le génocide.

Cette inauguration s’inscrit en effet dans la continuité du discours prononcé par Emmanuel Macron à Kigali en 2021, lorsqu’il avait reconnu les « responsabilités » de la France dans un engrenage ayant conduit au génocide, sans toutefois parler de complicité. Depuis lors, les relations entre Paris et Kigali ont connu un rapprochement spectaculaire, dont ce mémorial constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus visibles.

Aux côtés du président français, Paul Kagame a salué l’importance de ce geste mémoriel qui consacre la place du génocide des Tutsi dans la mémoire nationale française. Au-delà des relations franco-rwandaises, la cérémonie a porté un message plus universel : celui du refus de l’oubli face aux crimes de masse et de la nécessité de combattre toutes les formes de négationnisme.

Cette dimension universelle a trouvé un écho particulier auprès des représentants d’autres peuples marqués par l’expérience génocidaire. Parmi les personnalités invitées figuraient notamment Séta Papazian, présidente du Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme), ainsi qu’Ara Toranian, présent au nom du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF). Leur présence, au côté de celle de Vincent Duclert,  rappelait que la lutte contre les phénomènes génocidaires ne saurait être fragmentée selon les époques ou les appartenances nationales. Qu’il s’agisse du génocide des Arméniens de 1915, de la Shoah, du génocide des Tutsi ou d’autres crimes de masse, le devoir de mémoire constitue un combat commun contre la banalisation de la haine, l’effacement des victimes et la falsification de l’histoire.

Le choix de l’emplacement du monument n’est d’ailleurs pas anodin. Situé sur les quais de Seine, il fait face à un espace parisien déjà marqué par plusieurs lieux de mémoire consacrés aux grandes tragédies du XXe siècle, dont la statue de Komitas située en vis-à-vis, sur l’autre rive de la Seine. Paris affirme ainsi sa vocation à porter une mémoire universelle des génocides et des crimes contre l’humanité, comme l’a rappelé dans son discours Emmanuel Grégoire, maire de la capitale.

À l’heure où les discours de haine, les révisionnismes et les violences identitaires connaissent de nouvelles résurgences à travers le monde, l’inauguration de ce mémorial rappelle que la mémoire n’est pas seulement un hommage rendu aux morts, elle constitue aussi une vigilance adressée aux vivants.

 

A.T.

 

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